Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons le putois !

Agir pour la biodiversité, c’est possible… en devenant par exemple les porte-drapeaux de ces espèces que l’on observe au quotidien sans trop y prêter attention : à nous de jouer pour protéger les putois !

Rédigé par Julien Hoffmann, le 13 Apr 2020, à 16 h 40 min

L’effondrement de la biodiversité est un phénomène désormais largement connu même s’il est encore difficile d’en comprendre les conséquences autant écologiques, économiques que sociale. Une chose est cependant certaine, il est plus que temps de mettre la main à la pâte pour limiter le phénomène et inverser la vapeur, avec une espèce à protéger : le putois.

Mieux comprendre et connaître la biodiversité c’est avoir les moyens de mieux la protéger. La chose est vraie pour toutes les espèces, même pour la biodiversité ordinaire, pour laquelle on ne peut plus attendre qu’elle soit en danger pour agir.

Connaitre l’espèce pour mieux protéger les putois

Le putois d’Europe (Mustela putorius) est une espèce de mustélidé bien de chez nous qui se nourrit quasi exclusivement de micromammifères de tous poils mais qui peut, de temps à autre, rajouter toutes sortes de petits animaux à son menu, comme par exemple des batraciens.

putois

On peut aisément confondre le putois avec un furet domestique retourné à l’état sauvage, qui présente un pelage plus clair, voire blanc © Rudmer Zwerver

Loin d’être haut sur pattes, il pèse de 0,4 à 1,5 kg et jusqu’à 60 cm de long et possède un pelage qui va de noir à jaunâtre, et un masque blanc caractéristique.

Présent sur l’intégralité du territoire français, le putois apprécie les forêts aérées, les zones humides, les lisières de bois ou les paysages agricoles extensifs où il évolue seul, n’étant pas tellement une espèce sociable.

La célèbre particularité du Putois

Le nom « putois » vient du vieux français « put » qui veut bien dire « puant » comme on s’y attendait. Mais cette réputation du putois grossit tout de même le trait dans la mesure où, si ses glandes anales peuvent effectivement sécréter un liquide tout simplement infâme pour les narines, il ne le fait qu’en cas de fort stress.

En résumé, si on ne le taquine pas directement, peu de chance d’avoir un jour la blague de ne plus pouvoir se débarrasser de son odeur.

Le saviez-vous ?
Le furet est une forme domestiquée du putois. Il sent cette odeur un peu musquée, étrange au départ et qu’on apprécie avec le temps, un peu comme la bouse de vache… Il en va de même pour le putois.

Notons que le putois utilise plus ses glandes anales pour marquer son territoire que pour se défendre d’un éventuel gêneur.

Statut actuel de l’espèce

La directive Habitats-Faune-Flore de 1992 considère le putois comme une espèce sauvage d’intérêt communautaire et la convention de Bernes l’a classé annexe III, c’est-à-dire que « son exploitation est réglementée de manière à maintenir l’existence des populations hors de danger ».

Les menaces qui planent sur le putois

Durant tout le siècle passé, le putois a été chassé sans relâche et accusé de bien des maux qui n’avaient et n’ont toujours pas de réels fondements. Une histoire de concurrence entre chasseurs et putois ne pouvant même pas être étayée à ce jour.

La chasse

Les effectifs n’étant pas au beau fixe, laisser des milliers d’animaux être chassés chaque année semble assez aberrant surtout quand on sait que les spécimens abattus le sont pour « saisir l’opportunité ». C’est à dire qu’ils sont principalement tués lors d’une chasse visant un autre espèce, simplement parce qu’ils passaient par là et qu’il est légalement possible de les tuer.

pp

Quelqu’un se voit appuyer sur la gâchette ? © Igor Boldyrev

Le piégeage

Si actuellement, seuls trois départements autorisent le piégeage de cet animal, il n’est pas rare que des spécimens soient tués ainsi dans d’autres régions de France également.

Un déficit d’image

En France, la liste des animaux nuisibles s’est transformée en liste des « susceptible d’occasionner des dégâts ». Malheureusement, le putois souffre encore beaucoup d’y apparaître, alors même que cette inscription est injustifiée, comme pour beaucoup d’autres espèces.

Il est temps de faire avancer les mentalités et de sensibiliser tout le monde sur ce que les écologues, naturalistes et autres passionnés de Nature ont compris depuis belle lurette : la notion de nuisible n’a aucun sens.

La perte d’habitat

S’ils ne sont pas les seuls à souffrir de la disparition des centaines de milliers de kilomètres de haies de nos paysages ou encore des zones humides qui ont été noyées sous des projets agricoles ou de construction, les putois ont plus de mal en s’en remettre.

La raréfaction de sa nourriture

Les putois ont besoin de se nourrir, comme on s’en doute bien. Mais pour cela encore faut-il qu’il y ait quelque chose à se mettre sous les quenottes. C’est un problème qui tend à prendre de plus en plus d’ampleur pour les putois qui ne trouvent plus ni amphibiens ni lapins de garenne en suffisance pour se nourrir.

Pour tenter de sauver le lynx ibérique de la disparition a été fait le choix de réintroduire des lapins de garenne pour qu’il puisse se nourrir. Doit-on attendre d’en arriver là pour commencer à agir ?

Appauvrissement génétique

Ce n’est pas parce que le putois se retrouve dans toutes les régions de France métropolitaine que tout va bien dans le meilleur des mondes. Si on commence à gratter le vernis sur le territoire, on se rend compte que la présence de l’espèce est en diminution.

Une chose en entraînant une autre, moins il y a de putois, moins ils ont de chance de se croiser pour se reproduire et moins ils se reproduisent, plus leur patrimoine génétique s’appauvrit. Cet appauvrissement est catastrophique pour n’importe quelle espèce car elle voit le putois être de moins en moins armé face à tous les défis qu’il va devoir encore relever.

Collisions routières

Les collisions routières sont souvent fatales pour les putois qui gèrent mal les véhicules, surtout de nuit.

Et le reste…

La pollution, qu’elle soit agricole ou industrielle, a un impact direct sur l’état de santé des populations de putois qui, par leur simple mode d’alimentation, se retrouvent rapidement en première ligne quand des pesticides se répandent sur le territoire.

Certaines pathologies comme la maladie de Carré a aussi une incidence sur la dynamique de population des putois sans que l’on sache encore exactement dans quelle proportion. Cela démontre néanmoins avec certitude que l’espèce à besoin d’un regain de suivi pour pouvoir lui éviter d’arriver au pied du mur.

protéger putois

Les animaux sauvages affrontent déjà bien des difficultés naturellement, laissons-les tranquilles © Igor Boldyrev

Comment aider et protéger le putois

Comme pour toute la biodiversité ordinaire, son observation, la transmission aux jeunes publics et le soutien aux associations de protection de la faune sauvage sont essentiels.

Du fait de sa mauvaise réputation qui lui colle au poil, tout un chacun peut surtout prendre fait et cause pour le putois et le débarrasser de cette image négative qui n’a pas de sens.

Et si vous souhaitez aller plus loin, des structures telles que la Société d’Étude et de Protection des Mammifères (SFEPM) ou encore l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) trouveront un réel intérêt à ce que vous leur offriez de l’aide sur le sujet.

Dans cette série « Protégeons notre biodiversité ordinaire », nous vous donnerons au fil des prochaines semaines, des pistes concrètes pour comprendre, observer et aider à la protection des animaux sauvages qui peuplent nos campagnes, forêts, littoraux, montagnes…
Après le Putois, viendront le Blaireau, le Castor ou encore la belle Hermine ! Et bien d’autres à suivre…

Illustration bannière : Mais qui regarde qui ? © Bildagentur Zoonar GmbH
Pour vous c'est un clic, pour nous c'est beaucoup !
consoGlobe vous recommande aussi...




Aucun commentaire, soyez le premier à réagir ! Donnez votre avis

Moi aussi je donne mon avis