Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons l’hermine

Comprendre et connaître la biodiversité c’est avoir des moyens pour mieux la protéger. Il en va ainsi pour toutes les espèces, même celle de notre biodiversité ordinaire, pour laquelle il ne faut pas attendre qu’elle soit menacée pour agir. Comment devenir les porte-drapeaux des espèces de nos campagnes, comme par exemple l’hermine (blanche ou pas) !

Rédigé par Julien Hoffmann, le 5 May 2020, à 18 h 00 min

L’effondrement de la biodiversité est un phénomène désormais largement connu même s’il est encore difficile d’en comprendre les conséquences autant écologiques, économiques que sociales. Une chose est cependant certaine, il est plus que temps de mettre la main à la pâte pour limiter le phénomène et inverser la vapeur,  avec une espèce de nos campagnes à protéger : la blanche hermine !

Mieux comprendre et connaître la biodiversité c’est se donner les moyens de mieux la protéger. La chose est vraie pour toutes les espèces, même pour la biodiversité ordinaire, pour laquelle on ne peut plus attendre qu’elle soit en danger pour agir.

Hermine blanche ou pas, un symbole de la biodiversité ordinaire en danger

Si le XXIe siècle semble l’avoir oublié, l’Hermine (Mustela erminea) a pourtant été porteuse de symboles tel que l’innocence et la pureté dans la justice, la conduite ou l’enseignement. Elle a également eu sa place dans les blasons bretons dès le XIIIe siècle !

Le Blason avec ses « Hermines » ne peut que faire penser qu’à la Bretagne ! © Svetocheck

Pourquoi l’Hermine est le symbole de la Bretagne ?

La légende raconte qu’en 1327,  Jean  III vit un groupe de paysans qui encerclaient une hermine blanche. L’animal tenait  audacieusement tête à ses agresseurs, préférant  « mourir plutôt que de souiller sa fourrure immaculée ». Il demanda grâce pour l’hermine et associa à l’emblème de la Bretagne la noble devise : Kentoc’h mervel eget bezan saotret (« Plutôt la mort que la souillure » en langue française).

Connaitre l’espèce pour mieux protéger les hermines

En matière de reproduction, puisque tout commence par là, les femelles cherchent un abri pour faire leur nid (tas de bois, vieux pierrier, berges, tas de foin, etc.) dans lequel elles mettront bas en février ou mars alors qu’elles ont été fécondées en avril ou mai de l’année d’avant. Ce phénomène de reprise différée de développement est dû au fait que les femelles bloquent le développement de l’oeuf durant 9 mois à cause de la mauvaise période.

Chez l’hermine, ce sont les mâles qui sont plus grands (jusqu’à 30 % plus lourds, larges et longs) que les femelles, mais les deux sexes commencent leur vie de la même façon : en jouant.

C’est, généralement, ce qui est le plus frappant quand on découvre cette espèce sur le terrain. Vive, agile et particulièrement dynamique, la jeune Hermine joue sans cesse que ce soit seule, avec ses parents ou avec ses frères et soeurs.

Mais ces jeux ne sont pas anodins, ils préparent l’Hermine à combler son besoin le plus important et impérieux : se nourrir. Courir, sauter ou se dissimuler lui serviront énormément à l’âge adulte.

L’hermine, une charmante boule d’énergie © Martin Prochazkacz

Pister l’Hermine – Le saviez vous ?

Les fèces se décomposent en poils, os et plumes et peuvent mesurer jusqu’à 8 cm de long. On les trouvera surtout aux intersections des déplacements de l’hermine et c’est elles qui seront votre meilleures alliées pour pister l’Hermine !

Particularités de l’Hermine : Une boule d’énergie

L’Hermine est petite… Pesant de 180 à 330 grammes, ce mustélidé a un rythme cardiaque de 6 battements par seconde ! Avec un tel rythme et un poids si léger, elle a des besoins alimentaires proportionnellement énormes pour maintenir sa température corporelle entre 38 et 39°C, surtout en hiver.

Elle doit donc beaucoup chasser pour se nourrir en suffisance ce qui l’amène parfois à s’attaquer à des proies bien plus grandes qu’elle, comme le lapin de garenne ou le canard.
Si elle est plutôt diurne, elle peut parcourir jusqu’à 15 km en une seule nuit pour trouver sa pitance, alors qu’elle ne mesure qu’entre 17 et 33 cm.

Pour chasser, elle utilise en partie ses vibrisses (« moustaches ») pour les petites proies, mais surtout son odorat, très développé et son ouïe, toujours aux aguets.

Pourquoi l’Hermine change de couleur ?

Autre particularité de l’espèce, l’Hermine change de couleur de pelage (du brun à la belle saison elle passe au blanc en hiver). Les températures influent grandement sur ce changement de couleur avec une perte de la mélanine, et donc de la coloration, qui intervient quand les -1°C sont atteints.
Mais toutes les Hermines du monde ne changent pas de couleur quand il y a de la neige car il semblerait que l’altitude, le gel ou encore l’hérédité participeraient de ce drôle de mécanisme.

En hiver, l’Hermine blanche doit déployer des trésors d’énergie pour se nourrir © Richard Seeley

Statut actuel de l’espèce

L’hermine est classée en préoccupation mineure par l’UICN (Union Internationale de la Conservation de la Nature), et en Annexe 3 de la convention de Berne.
Son aire de répartition mondiale étant très large, ce statut est globalement justifié ce qui n’empêche pas des chutes de populations dans certains endroits du globe comme en Normandie où elle est classée « En danger » sur la liste rouge des mammifères.

Les menaces qui planent sur l’Hermine

Collisions routières

Les collisions routières sont souvent fatales pour les Hermines qui gèrent mal les véhicules, surtout de nuit.

Mauvaise gestion agricole

L’hermine a besoin de haies pour se déplacer ou pour chasser, or il n’y en a plus beaucoup en France, avec plusieurs millions de kilomètres linéaires d’arrachés depuis 30 ans.
Le moment des fauches peut aussi lui être fatal ou néfaste dans sa capacité à trouver des proies à des moments précis de l’année.

Plus généralement sur le sujet, le changement de paysage global a poussé l’Hermine à passer d’un fonctionnement plutôt de plaine à un fonctionnement principalement en montagne ce qui réduit grandement ses choix d’implantation.

Produits chimiques

À l’image de bien d’autres espèces comme le renard, la lutte chimique contre les rats et autre rongeurs tel que le campagnol a eu un fort impact négatif sur l’espèce qui ingère ainsi ces produits à travers les rongeurs.

Les dérangements en tous genres

L’hermine, si elle a une réelle capacité d’adaptation, est tout de même sensible au dérangement lors de sa période d’élevage des jeunes et peut paniquer si quelque chose la dérange dans un périmètre de 300 mètres. On imagine facilement alors que certaines activités, comme les sports de montagne, peuvent largement nuire à la bonne marche de la reproduction.

L’Hermine a vraiment besoin de tranquillité © Stephan Morris

Comment aider et protéger l’Hermine

Comme pour toute la biodiversité ordinaire, son observation, la transmission aux jeunes publics et le soutien aux associations de protection de la faune sauvage est essentiel.

Du fait de son statut globalement relativement stable, l’Hermine voit peut de structures se pencher sur son cas, c’est d’ailleurs un peu pour cela que cet article à tout son sens : arrêter de ne parler des espèces que quand elles vont mal.

Des structures telles que la Société d’Étude et de Protection des Mammifères (SFEPM) sont néanmoins toujours preneuses d’informations de présence et plusieurs antennes locales comme le GEPMA (Groupe d’Étude et de Protection des Mammifères d’Alsace) ou des relais LPO peuvent avoir un réel intérêt à ce que vous leur filiez un coup de patte sur le sujet.

Dans cette série « Protégeons notre biodiversité ordinaire », nous vous donnerons au fil des prochaines semaines, des pistes concrètes pour comprendre, observer et aider à la protection des animaux sauvages qui peuplent nos campagnes, forêts, littoraux, montagnes…
Après le Putois et le Blaireau, viendront le Castor et bien d’autres encore…

Illustration bannière : Il ne faut pas espérer rencontrer l’Hermine blanche « museau à museau », mais elle peut être curieuse de vous ! © Frank Fichtmueller
Pour vous c'est un clic, pour nous c'est beaucoup !
consoGlobe vous recommande aussi...




Aucun commentaire, soyez le premier à réagir ! Donnez votre avis

Moi aussi je donne mon avis