Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons le Castor

Et si on commençait par regarder autour de nous pour protéger ces espèces qui nous sont proches, celle de notre biodiversité ordinaire… car il ne faudrait pas attendre qu’elles soient en danger pour commencer agir. À nous de jouer aujourd’hui pour le Castor !

Rédigé par Julien Hoffmann, le 19 May 2020, à 18 h 00 min

L’effondrement de la biodiversité est un phénomène désormais largement connu même s’il est encore difficile d’en comprendre les conséquences autant écologiques, économiques que sociales. Une chose est cependant certaine, il est plus que temps de mettre la main à la pâte pour limiter le phénomène et inverser la vapeur, avec une espèce de nos campagnes à protéger avant qu’il ne soit trop tard : le castor.

Mieux comprendre et connaître la biodiversité c’est se donner les moyens de mieux la protéger. La chose est vraie pour toutes les espèces, même pour la biodiversité ordinaire, pour laquelle on ne peut plus attendre qu’elle soit en danger pour agir.

Le Castor, l’ingénieur de nos cours d’eau

Le Castor (Castor fiber) est un des plus gros rongeurs du monde et, mine de rien, ça se respecte. Animal amphibie à défaut d’être totalement aquatique, le Castor s’adapte relativement bien à l’eau légèrement salée voire saumâtre, mais a tout de même une prédilection pour l’eau douce.

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Pour observer le castor, certaines précautions sont nécessaires pour ne pas le perturber. Animal discret et extrêmement méfiant, il n’accorde pas une grande confiance à l’homme qui la chassé au point de le faire presque disparaître © Podolnaya Elena

Mesurant jusqu’à 1 m de long et 30 cm au garrot, le Castor pèse en moyenne une vingtaine de kilogrammes et possède une fourrure dense qui lui permet de se protéger du froid même quand il est mouillé. Il a ainsi environ 23.000 poils par cm2 sur le ventre alors que, à titre de comparaison, l’humain a environ 300 cheveux par cm2 !

L’organisation sociale du Castor est tout simplement familiale et intergénérationnelle. Un couple va ainsi occuper un territoire avec leurs enfants de l’année mais aussi ceux de l’année d’avant s’il y en a eu.

Le saviez-vous – À quoi sert la queue du castor ?

La queue du Castor lui est essentielle à bien des niveaux. Elle lui sert bien sûr de gouvernail, de propulseur et de frein quand il nage, mais aussi à s’appuyer dessus pour se redresser.
Plus étonnant, la queue du Castor lui permet aussi de stocker des graisses pour les périodes difficiles et de réguler sa température grâce à des vaisseaux sanguins qu’il dilate plus ou moins selon la situation.

Particularités du Castor : Un architecte hors pair

Le Castor est un herbivore strict, c’est-à-dire qu’il ne mange rien d’autre que des plantes et plus particulièrement des peupliers et des saules même s’il consomme également des espèces herbacées.

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À table ! © Podolnaya Elena

La chose est importante à la fois parce que la disponibilité en ressources de ce type va induire l’intérêt de son installation à proximité, mais aussi la capacité à avoir du matériel pour « construire ».

Car non, les Castors ne font pas obligatoirement de barrages surtout quand le terrain ne s’y prête pas comme c’est bien souvent le cas en Europe à contrario des milieux canadiens. Chez nous donc, le Castor a plutôt tendance à utiliser les berges pour creuser des terriers, fabriquer des huttes ou les deux en même temps.

Le Castor européen construit un barrage quand le niveau de l’eau est trop bas, comme par exemple sur une rivière qui n’a pas plus de 60 cm de profondeur ou alors quand il a besoin de… produire plus. Car il semblerait qu’agrandir les zones inondées permette le développement d’une flore aquatique dont est friand le Castor !

Plus à l’aise dans l’eau que sur terre, réaliser un barrage permet à ce rongeur d’accéder par l’eau aux sites de nourrissage, ce qui limite les risques de faire face à des prédateurs. L’entrée du terrier étant au coeur du barrage et sous l’eau, il en va de même pour ce qui est de se protéger.

Voila un beau logement à Castors © Robert Mertl

Enfin, une retenue d’eau est aussi un très bon moyen de se prémunir des chaleurs. Qui ne serait pas heureux de faire un tour dans l’eau alors que les températures estivales battent des records ?

Statut actuel de l’espèce

Le Castor est classé en Annexe III de la convention de Berne sur la protection des espèces et n’est pas considéré comme menacé au niveau national.
Il n’en reste pas moins que dans plusieurs régions de France, il est déjà localement en position délicate comme en Alsace, en région Centre, en Bretagne ou encore en Picardie.

Les menaces qui planent sur le Castor

Les menaces naturelles qui pèsent sur le Castor sont peu nombreuses et sont surtout constituées d’attaques de prédateurs sur les jeunes spécimens. Pour le reste, les cause de mortalité sont dues à l’Homme.

La destruction de son habitat

C’est certainement une des menaces la plus lourde et la plus largement partagée entre les espèces : la disparition ou la destruction de leur habitat. Pour le Castor, c’est la disparition des bois longeant les berges ou l’aménagement irréfléchi des berges qui a des conséquences terribles pour la présence de l’espèce.

La fragmentation des populations

C’est en réalité une des conséquences de la destruction de l’habitat du Castor. Quand il n’y a plus de continuité d’un milieu favorable à un autre, les populations de Castors sont coupées les unes des autres, ce qui induit un appauvrissement du patrimoine génétique et donc de la capacité de l’espèce à faire face à différents problèmes tels que les maladies.

Des risques de concurrence avec le Castor canadien

26 opérations de réintroduction de castors ou de renforcement se sont succédé en France depuis une cinquantaine d’années, et ce dans 15 départements différents avec un total d’environ 273 Castors.
Toutes ces réintroductions ont été parfaitement maîtrisées et suivies, mais il n’est pas à exclure que des spécimens canadiens arrivent sur le territoire concurrençant ainsi notre Castor européen…

Bel ouvrage de Castor canadien © Viktor Loki

À surveiller dans la mesure ou la présence du Castor canadien a déjà été révélée dans plusieurs pays limitrophes comme la Belgique ou l’Allemagne.

Le piégeage

Dans la lutte contre certaines espèces qui occasionnent bien des dégâts et se multiplient bien plus rapidement que le Castor d’Europe comme le ragondin, de nombreux pièges sont installés le long des berges.

Ces pièges sont difficilement sélectifs, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de technique particulière pour qu’ils puissent capturer uniquement les ragondins et non les castors.

Comment aider et protéger le Castor

Comme pour toute la biodiversité ordinaire, son observation, la transmission aux jeunes publics et le soutien aux associations de protection de la faune sauvage sont essentiels.

Dans le cas du Castor vous pouvez ainsi vous rapprocher de structures comme la Société Française Étude et de Protection des Mammifères (SFEPM), mais c’est surtout au niveau local que les choses risques de se jouer.

Illustration bannière : Castor d’Europe © Podolnaya Elena
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