Le présentéisme au travail, une très mauvaise idée en ce moment…

C’est un mal français, mais devenu dangereux par ces temps de pandémie : présentéisme au bureau oblige, un jour de maladie sur quatre est passé au travail !

Rédigé par Paul Malo, le 6 Sep 2020, à 7 h 50 min

Qui imaginerait se rendre au bureau en se sachant malade, par les temps qui courent, entre retour de l’épidémie de Covid-19 et port du masque obligatoire dans la rue comme en entreprise ? Pourtant, loin d’être des amateurs d’absentéisme au bureau, et au-delà d’un goût récemment découvert pour un temps de télétravail dans leur vie professionnelle, les Français sont en fait des adeptes du présentéisme au bureau, même malades !

62 % des salariés français ont déjà pratiqué le présentéisme

Une étude de la  Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), intitulée « Quel lien entre les conditions de travail et le présentéisme des salariés en cas de maladie ? »(1), vient en pleine pandémie, de mettre en lumière cette habitude visiblement bien ancrée en France.

Le présentéisme, c’est quoi ?

C’est le le sentiment de devoir travailler à tout prix : quand un salarié se rend sur son lieu de travail alors que son état physique ou mental l’empêche d’être pleinement productif.

Il existe aussi un présentéisme stratégique qui consiste à faire des journées à rallonge, des heures supplémentaires, etc., à dessein de montrer qu’on est là, d’être vu.

Si dans nombre de pays, telle l’Allemagne voisine, le fait de rester tardivement au bureau est perçu comme un manque d’organisation voire de compétences, ce n’est pas le cas en France, loin s’en faut.

Selon la Dares, qui se base sur des chiffres Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) datant de 2016, au cours de l’année 2015, 62 % des salariés français sont déjà allés travailler comme si de rien n’était tout en se sachant malades, contre seulement 42 % des salariés à l’échelle de l’Union européenne.
Un écart de vingt points qui souligne bien la dimension du phénomène. Cette enquête a été réalisée auprès d’un échantillon plus que conséquent de 19.200 sondés entre octobre 2015 et juin 2016.

À présent, en pleine épidémie de Covid-19, le présentéisme au travail peut se révéler avoir des effets désastreux, inimaginables auparavant.

Un jour d’arrêt maladie sur quatre au bureau

Car non contents d’être bon gré mal gré exagérément présents au travail, entre réunions tardives, effets de cour, pression hiérarchique et volonté de faire bonne impression, les Français n’hésitent pas à se rendre au bureau lorsqu’ils sont malades.
Ainsi, ils ont été présents à leur travail en moyenne plus d’un jour d’arrêt maladie sur quatre
(27 % du temps) !
Qui plus est, « les salariés qui signalent de mauvaises relations avec leur hiérarchie, un travail intense ou un sentiment d’insécurité économique ont tendance à passer au travail une part plus importante de leurs jours de maladie ».

présentéisme

En 2016, les salariés signalent en moyenne onze jours de maladie qui ont donné lieu à huit jours d’absence au travail © LightField Studios

Rapporté au total de 11 jours d’arrêt maladie déclarés en moyenne par les salariés en 2017, cela revient pour les Français à être allés au travail malades pendant trois jours, et ce même malgré un arrêt de travail en bonne et due forme délivré par un médecin.
Plus encore, les employés n’ayant cumulé qu’un ou deux jours de maladie dans l’année en ont en réalité passé en moyenne 83 % au travail.
Quand ils cumulent trois à cinq jours de maladie dans l’année, ce chiffre baisse, mais demeure supérieur à 60 % en moyenne.

Ainsi, constate la Dares, cette tendance au présentéisme « varie d’abord en fonction de l’état de santé des salariés. Plus le nombre annuel de jours de maladie est élevé, plus la part des jours de présentéisme dans l’entreprise est faible ».

Lire aussi : Pour sauver la planète, travaillons moins… Vive la semaine de quatre jours !

Des salariés découragés de s’absenter

En effet, estiment les auteurs de cette étude, dans un contexte de pression au bureau, la pression hiérarchique incite, consciemment ou non, à venir tout de même travailler, même malade.
Toujours selon l’étude de la Dares, face à une demande de travail importante, que ce soit en intensité, en quantité ou en temps de travail, ou bien lorsqu’il manque de moyens pour effectuer correctement un travail, « un salarié pourrait être découragé de s’absenter par la perspective d’une quantité de travail encore plus importante à son retour de maladie, ou par la pression des collègues, sur qui retomberaient les tâches non réalisées ».

Présentéisme et covid-19

De quoi transformer à l’heure actuelle son bureau en nouveau foyer épidémique ? C’est bien possible, vu que le contexte de travail semble avoir une forte influence sur ce comportement de présentéisme.

Au final, désormais entre la peur d’être « mal vu », et le risque de contaminer ses collègues, le choix doit s’imposer de lui-même : le principe de précaution est désormais pleinement mis en application.

De même, en situation forcée de télétravail, on peut se sentir obligé·e de travailler, alors qu’on est malade… Mais aujourd’hui plus encore qu’avant, c’est sa propre santé et son bien-être qu’il faut mettre en tête de sa liste !

Illustration bannière : La Dares a fait le lien entre les conditions de travail et le présentéisme des salariés en cas de maladie ©  Estrada Anton
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