Mort et écologie : comment rester vert jusqu’au bout ?

À quoi sert d’être écolo toute sa vie si on se met à polluer la Planète après sa mort ? Car c’est une chose aussi inévitable que la mort en soi : que l’on choisisse l’inhumation ou la crémation, notre mort aura forcément un impact sur l’environnement. Toutefois, des alternatives existent pour allier mort et écologie.

Rédigé par Annabelle, le 30 Oct 2019, à 12 h 40 min

L’explosion démographique, la raréfaction des terrains et l’obligation de se débarrasser de plus en plus de corps a un impact sur l’environnement. Outre le cimetière bio et l’enterrement écologique, certain·e·s envisagent de nouvelles techniques comme l’humusation.

Inhumation ou crémation, deux procédés polluants

Au moment du décès, seuls deux choix s’offrent à nous : la crémation et l’inhumation. Si on passe outre les motivations économiques, religieuses ou les valeurs personnelles, et que l’on ne s’attache qu’à la dimension environnementale, quel procédé est avantageux car moins nocif pour la planète ?

La crémation, un procédé énergivore

Les Français sont de plus en plus nombreux à faire le choix de la crémation. Elle concerne aujourd’hui un tiers des décès, et est en constante augmentation.

La crémation ne consiste par à placer un corps dans les flammes. C’est un procédé par lequel on soumet la dépouille à une température très élevée de 850°C. À cette température, le corps finit par se réduire en cendres.

Comme on peut s’en douter, ce procédé fait intervenir beaucoup de ressources : la crémation nécessite l’utilisation de 27 litres d’essence pour une durée moyenne d’1h30.

humusation cimetière enterrement écologique écoresponsable

A l’heure actuelle, on doit choisir entre l’enterrement écologique et l’incinération. – © Ashley Whitworth

Les émissions de CO2 ne sont pas le seul problème environnemental : pendant qu’il est brûlé, le corps qui a été rempli de produits formolés dégage des dioxines. Parallèlement, il peut aussi dégager jusqu’à 6 g de mercure essentiellement dus à la présence de plombages dentaires.

À cela, il faut ajouter le recours à la ressource bois : en effet, même si le corps n’est pas inhumé, il doit tout de même être placé dans un cercueil.

L’inhumation et rejet de polluants

Si aujourd’hui on compte près de 600.000 décès par an, en 2020, la France devrait comptabiliser 800.000 morts par an et autant de cercueils.

Comme on considère qu’il faut en moyenne, 1m3 de bois pour construire six cercueils, on arrive à 100.000 stères de bois, qui sont, soit enterrées, soit consumées chaque année en France… De quoi raser toute une forêt.

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Tous les cimetières ne sont pas dans une forêt ; ici l’ancien cimetière de Highgate à Londres. Copyright : © Gary Perkin

Le recours au bois n’est pas le seul problème. Après la mort, les pompes funèbres procèdent à la thanatopraxie – ou formolisation – afin de conserver le corps avant la mise en bière. Il s’agit d’injecter dans la dépouille jusqu’à 10 litres d’un produit aseptique et stérilisant contenant en grande partie du formaldéhyde, mais aussi du méthanol, du glycol, du phynol et de l’éosine pour ralentir le processus de décomposition. Des composés qui, lors de la décomposition du corps, s’infiltrent dans la terre et polluent immanquablement le sol et les eaux.

Ainsi, malgré ses inconvénients, la crémation est considérée comme plus écologique que l’inhumation

Selon une étude australienne, son bilan carbone serait meilleur que celui de l’inhumation. Bien que la crémation rejette bien plus de CO2 dans l’atmosphère – 160 kg contre 39 kg pour l’inhumation – les cimetières ont un impact beaucoup plus pesant sur l’environnement à cause des stèles, de l’utilisation de pesticides et d’eau pour l’entretien du terrain, etc. En prenant tous ces paramètres en compte, les inhumations sont responsables de 10 % d’émissions en plus.

L’humusation, un procédé de compost humain à légiférer

L’humusation ou recomposition transforme le corps mort en compost humain, en utilisant des micro-organismes. On utilise pour cela « un compost composé de broyats de bois d’élagage, qui transforme, en douze mois, les dépouilles mortelles en humus sain et fertile »(1).

Le corps est placé sur un lit de copeaux de bois ou de sciure dans un lieu ventilé et arrosé d’une solution aqueuse sucrée pour que se produite la fermentation, base du compostage. La température du corps monte à 60°C : les bactéries du corps libèrent des enzymes qui désagrègent les tissus, ce qui fait que le corps s’enfonce dans les copeaux de bois sur lesquels ils repose. Après 4 à 6 semaines passée dans le bassin de recomposition, on obtient un produit similaire à du terreau… Les os aussi peuvent être décomposés de la sorte mais le processus sera beaucoup plus long. Le rendement est évalué à 1,5 m³ de « super-compost ».

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Certaines personnes aimeraient voir l’humusation s’implanter en France et en Belgique. – © Travel man

L’humusation, encore interdite en France

L’État de Washington, aux États-Unis, a confirmé via la signature du gouverneur, l’entrée en vigueur du compost humain(2). En France, le ministère de l’Intérieur a communiqué sur le sujet pour rappeler que :

L’humusation […] est actuellement interdite. Son introduction en droit interne soulèverait des questions importantes, tenant notamment à l’absence de statut juridique des particules issues de cette technique et de sa compatibilité avec l’article 16-1-1 du code civil.
Ministère de l'Intérieur français

Des expérimentations en Belgique

Francis Busigny, président de l’association Métamorphose pour mourir, se bat depuis des années pour la légalisation de la pratique. Le Code de la Démocratie locale en Wallonie ne comportait dans sa version de 2009 que deux pratiques funéraires. Depuis 2014, cette situation a changé, ouvrant la possibilité de méthodes différentes. Le décret du 23 Janvier 2014, entré en vigueur le 21 Février 2014, stipule que les pratiques funéraires autorisées « sont l’inhumation, la crémation, … ». Les défenseurs de l’humusation espèrent remplacer ces points de suspension par la mention d’une nouvelle méthode.

Une première avancée a eu lieu via la législation funéraire de la Région Bruxelles Capitale depuis le 9 Novembre 2018, dans laquelle l’humusation figure. Néanmoins il faut encore que des arrêtés d’applications soient adoptés. Une première pétition avait recueilli 27 000 signatures comme le précisait La Libre Belgique en 2018. Une nouvelle pétition francophone lancée par la même association vise les décideurs belges et français. Les communes belges en débattent actuellement. Le groupe Écolo du conseil communal de Mons a ainsi déposé en janvier 2018 une motion visant à faire reconnaître l’humusation comme mode légal de sépulture. Le Conseil communal de Liège a, lui, déjà approuvé à l’unanimité une motion équivalente. L’université catholique de Louvain a annoncé procéder à des tests dont les résultats seront connus en 2020.

Lire page suivante : exemples de funérailles écologiques

Illustration bannière. Un enterrement écologique est-il possible ? Entre cimetière bio et humusation. Copyright : © Dan Bridge

Références :
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37 commentaires Donnez votre avis
  1. Salut les amis j’ai une question vu qu’on brule les corps a plus de 1000 dégrès es ce écolo ?

  2. Bonjour – je remarque le cercueil en carton présenté page 2 mais où trouver ce joli modèle a fleurs rouge ? rien de ce genre n’a été trouvé sur les sites

  3. Et pour quoi appliquerait une autre méthode. Faire comme font Item entreprises pour recycler leurs déchets de boucherie dont c’est la seule usine au Havre d’Europe. Les déchets de viande sont transformés en carburant et représente 7% d’un litre de diesel.
    L’inhumation, c’est une arnaque ! Quelle que soit votre concession que vous avez  »acheté » ou que vos héritiers ont retenu, reste être une arnaque. Car dès que par manque d’entretien de la sépulture par vos descendants, après six mois que la  »petite affichette » posée devant la pierre, les cercueils seront relevés et emmenés au crématorium public le plus proche, puis les cendres seront déversées sur  »l’aire du souvenir » où vos cendres seront mélangées avec d’autres qui pouvaient être vos ennemis !!! En bref, être inhumé => par votre décomposition, les jus polluent pollues la nappe phréatique, puis au levée du corps, des virus peuvent reprendre vie, puis on vous crame !!! Alors qu’en dit le Hulot ??? et son successeur ??? Encore un enfumage de  »tapis roulé » … à suivre

  4. Article intéressant, mais dans le cas d’inhumation, la thanatopraxie n’est pas obligatoire. La conservation du corps peut se faire par le froid, ce qui évite le rejet de de formaldéhyde et autres dans le sol. Si on prend cela en compte, est-ce que l’enterrement n’est pas plus écologique ?

  5. Pas mal…. mais c’est scandaleux de faire (ou de laisser) croire aux gens que c’est en enterrant un défunt, même dans un œuf en plastique biodégradable, qu’on peut faire pousser un arbre …s’il grandit quand même, ce n’est pas grâce à la dépouille, mais malgré sa putréfaction !
    En réalité, ce n’est qu’une tentative de « green washing » d’une pratique funéraire extrêmement dommageable pour la salubrité publique et la protection de l’environnement car le véritable problème des cimetières ce sont les nappes phréatiques carrément in-dépolluables à cause de la cadavérine, de la putrèscine,
    de tous les produits chimiques accumulés dans nos corps : résidus de médicaments, pesticides, perturbateurs endocriniens, produits d’embaumement… ainsi que métaux lourds des amalgames dentaires, des prothèses, des pace-makers, … par suite de la putréfaction (mauvaise décomposition en l’absence d’air)!

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