Loi pour la reconquête de la biodiversité : adoption après 4 années d’hésitation

À l’issue de quatre années de tergiversations, de débats et d’avancées pour mieux reculer, et dans un contexte tendu entre l’état d’urgence et une loi du travail contestée, la Loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages a enfin été adoptée par l’Assemblée Nationale, ce mercredi 20 juillet dernier. Décryptage.

Rédigé par Séverine Bascot, le 21 Jul 2016, à 16 h 41 min

Les manqués et régressions de la loi sur la reconquête de la biodiversité

Si l’on ne peut que se réjouir des belles avancées promises par la loi sur la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, on regrette néanmoins que les pressions des lobbies et les dissensions politiques aient provoqué des régressions par rapport à la situation actuelle et bloqué des initiatives positives :

  • L’interdiction de la pêche au chalut en eaux profondes : si la France a laissé passer cette occasion, Bruxelles s’en est chargée, heureusement ! Parallèlement, l’interdiction du dragage des fonds marins en présence de récifs coralliens n’a pas non plus été instaurée.
  • Le statut d’être sensible refusé aux animaux sauvages : déjà reconnu à l’animal domestique, ce statut ne sera pas étendu au reste de la faune : il est toujours accepté de faire souffrir un animal s’il n’est pas retenu captif…

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  • L’abandon de la taxe sur l’huile de palme au même niveau que l’huile d’olive : la pression des pays producteurs a porté ses fruits. Il n’y aura pas de mesures fiscales pour favoriser les modes de production à moindres impacts.
  • Les variétés de colza et tournesols rendues tolérantes aux herbicides par mutagénèse ne sont pas réglementées malgré les nombreuses interrogations et inquiétudes que soulèvent les OGM.

Consultez le texte sur le site de l’Assemblée Nationale

« Élargissement du champ de la protection de la nature, principe de non régression du droit de l’environnement, solidarité écologique, vision dynamique d’une biodiversité interactive, évolutive et donc complexe, les enjeux sont actualisés et reconnus » observent les principales ONG environnementales, mais elles soulignent aussi que les « nombreuses propositions innovantes abandonnées en chemin ne permettent pas de parler aujourd’hui de loi visionnaire ».

Un résultat mitigé donc, pour ce texte qui a subi les pressions de la part des puissants lobbies des chasseurs, des agriculteurs, des pêcheurs et des industriels de l’agrochimie et de l’agroalimentaire, durant les 27 mois qu’a duré son examen. À chaque lecture, nous avons en effet assisté à des régressions notamment du fait du Sénat, dont les membres ont fait preuve de mauvaise foi, de déni des connaissances scientifiques, voire de mauvais esprit, ce qui prouve bien qu’au-delà des enjeux politiques, nos dirigeants sont loin d’avoir pris la mesure de la situation, ont une méconnaissance profonde des enjeux écologiques et ne se sentent pas responsables vis-à-vis des générations futures.

Le débat sur le rôle des associations de protection de la nature dans la connaissance de la biodiversité, lors des discussions sur les plans d’action en faveur des espèces menacées, a montré le mauvais esprit de quelques parlementaires, et surtout leur méconnaissance profonde des enjeux et acteurs dans ce domaine.
regrette l'ensemble des ONG qui ont pris part aux débats

D’autre part, malgré la grande consultation publique, le projet de loi n’a pas rassemblé les foules, ni les médias. Encore une fois, on ne peut que regretter la faible prise de conscience des Français concernant ces thématiques qui pourtant ont des impacts très directs sur leur vie quotidienne.

Maintenant que cette loi pour la reconquête de la biodiversité, accouchée dans la douleur est votée, il revient au gouvernement, aux communautés locales et aux citoyens de l’intégrer dans les différents secteurs d’activités pour qu’une reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages ait vraiment lieu. À chacun de se retrousser les manches.

Illustration bannière : L’Assemblée Nationale où a été adoptée la loi de reconquête de la biodiversité – © bensliman hassan Shutterstock
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Voyageuse insatiable, j'ai parcouru le monde autant pour des raisons personnelles que professionnelles : rien de mieux pour prendre la mesure de l'état de la...

1 commentaire Donnez votre avis
  1. Oh ! pauvres il ne savent plus sur quoi ce retourner après la soi-disant écologie Bio nous voila à une autre Au peucheure ! mais tout est mort et il faut vivre avec pendant des années il ont caguer la ou il mangent aprés on parle bio et autres Je me MARREEEEEEEEEE

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