Mode responsable : pourquoi la location de vêtements n’est pas la bonne solution ?

Fait-on du bien à la planète en louant plutôt qu’en achetant un vêtement ? Pas forcément, nous apprend une étude publiée dans la revue scientifique finlandaise « Environmental Research Letters ».

Rédigé par Anton Kunin, le 14 Jul 2021, à 7 h 57 min
Mode responsable : pourquoi la location de vêtements n’est pas la bonne solution ?
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Si posséder moins est souvent vu comme un moyen de réduire la consommation des ressources de la planète et que la location d’objets est présentée comme un choix raisonné, à y voir de plus près, ce n’est pas forcément le cas.

La location de vêtements, un modèle qui rime avec fortes émissions de CO2

La location de vêtements, permet-elle de consommer de manière plus vertueuse ? Après tout, elle permet d’économiser les différentes ressources liées à leur confection (coton et énergie nécessaire pour sa transformation en produit fini ainsi que pour le transport) !

Pas vraiment, répond une équipe de chercheurs finlandaise dans une récente étude(1). Pour arriver à cette conclusion, ils ont comparé différents scénarios :

  1. Le scénario de base (consommation habituelle)
  2. Le scénario « diminution » (en d’autres mots, diminution de la consommation de vêtements via l’allongement de leur durée d’utilisation
  3. Le scénario « réutilisation » (revente, entre particuliers et dans les magasins de vêtements d’occasion, de vêtements ayant déjà servi)
  4. Le scénario « partage » (location de vêtements)

Les scénarios dans lesquels l’impact en termes de réchauffement climatique apparaît le moindre sont les scénarios « diminution » et « réutilisation »… et pas du tout le scénario « partage » !

Acheter d’occasion, troquer ou emprunter les vêtements pour moins d’impact © seeshooteatrepeat

Selon les auteurs de cette étude, les perspectives de prime abord positives qu’offrent les scénarios « réutilisation » et « partage » se heurtent à la faible durabilité des vêtements, ce qui ne permet pas de les réutiliser et de les partager à l’infini.
Ces concepts ne seraient viables que dans l’hypothèse où l’ensemble de la filière se mette à produire des vêtements qui durent plus longtemps et soient plus faciles à réparer.

En plus, le modèle du « partage » (dont la location est la forme la plus répandue) requiert de nombreux déplacements : le client doit se rendre à la boutique pour récupérer le vêtement, puis revenir pour le déposer. Une fois déposé, il est pris en charge par le personnel de la boutique, qui se charge de le laver (ce qui requiert souvent là-aussi deux déplacements).
Pas sûr que les gaz à effet de serre produits lors de ces déplacements riment avec une économie durable…

Les dispositifs de location incitent à « surconsommer » les vêtements

Comme l’expliquent les auteurs de l’étude, la location de vêtements est une parfaite illustration du paradoxe de Jevons, également appelé dans la théorie économique « effet de rebond » : lorsque les améliorations technologiques augmentent l’efficacité avec laquelle une ressource est employée – en l’occurrence, l’utilisation d’un vêtement, « employé » plus efficacement grâce aux dispositifs de partage – la consommation totale de cette ressource peut augmenter au lieu de diminuer.

Dans notre cas, porter des tenues différentes à chaque occasion mondaine ne demandant plus d’investissements conséquents dans l’achat de ces tenues, les gens se mettent à multiplier les allées et venues entre leur domicile et la boutique de location de vêtements.
Pour l’environnement, cette pratique est bien sûr plus lourde en conséquences comparé à l’hypothèse où, avant de sortir, ces gens prendraient tout simplement ces vêtements dans leur propre penderie.

C’est peut-être le moment de faire du tri ? © mariakray

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Le recyclage de vêtements ne saurait pas non plus réduire leur empreinte carbone. En effet, si la récolte du coton a une très faible empreinte carbone, c’est lors de sa transformation en produit fini que se dégage l’essentiel des gaz à effet de serre. Et c’est justement cette seconde étape qui est remise en oeuvre lors du recyclage de vêtements.

En somme, en termes d’empreinte carbone, recycler un vêtement revient quasiment au même que d’en fabriquer un à partir de matières premières vierges.

Illustration bannière : On peut avoir tendance à louer des tenues pour les grandes occasions  – © Dean Drobot
Références :
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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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