Ecorésistants, ces consommateurs qui refusent de consommer durable

Tout le monde semble faire plus attention à consommer « durable », « responsable », à avoir un comportement plus respectueux de la planète. Tout le monde deviendrait ce « nouveau consommateur », plus soucieux de valeurs, qui choisit et maîtrise sa consommation. Tout le monde ? Et bien pas vraiment

Rédigé par Jean-Marie, le 2 Feb 2012, à 18 h 04 min

Les consommateurs se sont laissés gagner progressivement par des comportements  nouveaux qui montrent leur souci éthique : leurs préoccupations environnementales, sanitaires et sociales influent de plus en plus sur leurs décisions d’achat. Et dans leur comportement quotidien en tant que citoyen.

Nous le voyons autour de nous, la consommation durable gagne du terrain (1).  Mais pas partout.

Le consommact’eur responsable s’impose doucement

consommationVous connaissez des consommateurs écolos, attirés par la consommation durable. A contrario, il y a sans aucun doute dans votre entourage des personnes qui ne font rien pour changer leurs habitudes, et qui pour tout dire, « s’en foutent ».  Ce consommateur qui n’a rien changé à ses habitudes afin de moins consommer et gaspiller les ressources limitées de notre environnement est un résistant au changement, un écorésistant.

Au contact quotidien des internautes et des clients, consoGlobe qui scrute et essaie d’encourager la nouvelle consommation depuis 5 ans bénéficie d’un point de vue privilégié sur l’évolution du marché et sur ses différentes tendances.

D’où la modeste tentative de partir à la rencontre des consommateurs qui sont à la périphérie du coeur de notre audience, de nos fidèles habituels

Qu’est-ce qu’un éco-résistant ?

A force d’interroger autour de nous, nous avons trouvé nombre de témoins : ils confirment que si l’espèce de l’écorésistant éco-sceptique existe bel et bien, on ne peut la réduire à un unique spécimen ; loin de là. Parmi les personnes qui refusent de changer pour des motifs écologiques, on trouve une large gamme de convictions sur l’échelle de la croyance verte : du sceptique absolu à l’écologiste convaincu en passant par l’athée ou l’agnostique.

Petite tentative de typologie des consommateurs rebelles :

Qui sont les consommateurs qui résistent au changement
L’éco-résistant est-il un mauvais citoyen ?

Portrait robot du consommateur anti-écolo
Un profond renversement de perspectives
L’écorésistant des 30 Glorieuses
L’écorésistant traditionnaliste

L’écorésistant économique
L’écorésistant parano
L’écorésistant intello

L’écorésistant extrêmiste
L’écorésistant agnostique

L’écorésistant satisfait ou “l’effet rebond”

*

Qui sont ces consommateurs qui résistent au changement ?

Les éco-sceptiques ont un certain nombre de points communs.

consommateur résistant
Définition de éco-résistant ?

Les écorésistants sont les consommateurs “non engagés” qui résistent au changement de comportement induit par l‘urgence environnementale et la solidarité éco-citoyenne.

  • Un écorésistant n’adopte pas les comportements d’économies de ressources (consommation de produits bio, écogestes, écomobilité, …) désirés par la vulgate de la croissance soutenable : les arguments “bons pour la planète” le laisse indifférent, mieux ils les trouvent futiles voire il est contre.

consommateur responsableEn bref, on peut dire que l’écorésistant est l’anti nouveau consommateur, le consommateur qui ne joue pas le jeu de la solidarité citoyenne dans ses comportements de consommateur.

L’écorésistant est souvent un technophobe qui est peu avancé dans l’adoption des nouveaux outils proposés par l’internet. C’est l’opposé d’un pionnier.

L’écorésistant est-il un mauvais citoyen ?

Il y a dix ans les instituts d’étude et les sociologues, quand ils parlaient de consommateurs rebelles, faisaient allusion au consommateur qui refusait la consommation (2). Le mauvais consommateur était un mauvais citoyen. On se souvient de ce livre (3) qui soulignait que le  consommateur qui consommait moins échappait à son devoir patriotique de faire tourner l’économie.

La dimension morale de la consommation

En parlant de mauvais on bon, on se situe sur un terrain qu’occupe volontiers le consommateur engagé : la portée morale de l’acte de consommation.  L’éco-résistant, lui, est totalement absent de ce terrain moral, il ne s’agit pas de faire le bien ou le mal mais simplement de “se faire plaisir, d’acheter moins cher, de faire une bonne affaire” etc.

consommateur egoisteC’est en ce sens, en refusant de faire tourner la machine économique, productive, fiscale, consumériste, … que l’écorésistant ne jouait pas le jeu. Aujourd‘hui, après Al Gore, l’évidence du réchauffement, l’ouverture du passage arctique, Copenhague, Deep Water Horizon, etc.,  le citoyen a une conscience bien plus développée des enjeux éthiques et environnementaux.  Et malgré (ou grâce à) la crise, le consommateur de base s’efforce de consommer plus « responsable », plus « soutenable » pour faire allusion au terme anglais.  Pas l’éco-résistant, lui ne veut pas se priver ni faire d’efforts d’adaptation.

Résumons :

Le consommateur égoïste

On considérait hier que l’écorésistant  était un égoïste économique ou un “égocentrique consommatoire” pour reprendre l’expression de Robert Rocherort.  Aujourd’hui, on considère que l’écorésistant est un égoïste environnemental et éthique.  Le mot est lâché : notre consommateur qui refuse d’abandonner son 4X4, d’éteindre la lumière, de moins prendre l’avion, … bref de changer son style de vie, serait un égoïste, qui n’a aucune conscience morale de sa consommation.

*

(1) Les comportements opposés à ceux évoqués ici sont résumés dans La Nouvelle Consommation. ou La consommation collaborative.  Voir toutes les données dans les Français et le développement durable

(2) Par exemple le CCA avait établi une cartographie des consommateurs peu enclins à consommer.

(3) Le bon consommateur et le mauvais citoyen, de Robert Rochefort – éd. Odile Jacob, 2007

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Jean-Marie Boucher est le fondateur de consoGlobe en 2005 avec le service de troc entre particuliers digitroc. Rapidement, il convertit ses proches et sa...

11 commentaires Donnez votre avis
  1. En y réfléchissant la génération des 30 Glorieuses est née au mieux après, au pire pendant la guerre. Trop jeune pour connaître vraiment ou se rappeler les périodes de disette. C’est la génération précédente, c’est-à-dire leurs parents, qui savent économiser les ressources. Mes parents en font partie, même si je ne suis né qu’en 71. Et ils m’ont transmis ce souci de ne pas gaspiller et je les en remercie.
    Pour ce qui est de financer l’achat d’un équipement coûteux, la solution serait de faire comme les Asiatiques. Ils se prêtent entre eux, dans leur communauté, sans intérêt, et ils n’achètent que quand ils ont réussi à rassembler la totalité de la somme nécessaire. Ca évite de s’endetter chez les banquiers. La vérité, c’est que depuis 40 ans, l’Etat nous a conditionné au consumérisme, nous a rendus addicts car tel est son intérêt. Et nul personnage politique ne pourra nous en sortir. Seule une révolution, un “printemps français” le pourra.

    • «Je suis éco-résistante, et aussi une vrai écologiste. Je préfère les centrales nucléaires aux centrales au charbon ou au gaz, je refuse d’adopter les toilettes sèches, mais je suis une vraie écologiste. Je me chauffe très peu et fais attention à toute consommation d’énergie (maison et voiture), achète de préférence des produits locaux, ne suis pas hyper consommatrice(mode, produits de beauté, livres…) mais achète de qualité et qui dure.

      Je jardine beaucoup sans utiliser d’engrais et sans insecticide . Autrement dit j’essaie d’avoir une consommation raisonnée et de faire attention à l’environnement, mais sans jeter le bébé avec l’eau du bain (bébé ne prend pas de douche!)»

  2. “La génération des trente glorieuses est imperméable au changement! Elle s’est goinfrée et mal comportée et en plus elle refuse de changer maintenant !” Je suis toujours agacée par cette forme d’agression envers ma génération car on a l’impression que l’écologie vient d’être inventée !!!!! de mon temps …. ( oui je suis une mémé ! ) il n’y avait pas de télévision à la maison ( et surtout pas une dans chaque pièce … )et pas de lecteurs DVD ou CD ni de jeux électroniques. La cuisinière réchauffait les pièces du rez de chaussée …. mais nos chambres étaient à l’étage, nous partions y dormir avec une “brique” enveloppée dans un torchon parce que chauffée dans le four … l’eau était chaude était dans la bouilloire sur la cuisinière ….pas de douche 2 fois par jour ! on connaissait l’usage du gant de toilette et de la cuvette en émail posée sur le coin de la cuisinière ! quelle économie d’électricité !! et nous n’avions que des légumes bio et de saison …. papa cultivait le jardin ….. et nous ne connaissions pas les sacs en plastique mais les cabas, le lait se vendait au détail dans nos pots à lait et les cahiers d’école duraient ….sur 2 années s’il restait des pages de même pour les crayons et ne parlons pas du cartable qui faisait presque toute la scolarité et les vêtements qui “passaient” d’un enfant à l’autre etc ….( je précise que je ne suis pas “très vielle” je viens de prendre ma retraire ! )Ayant appris l’économie, en arrivant ensuite sur le marché du travail ma génération ne s’est pas endettée pour avoir tout et tout de suite !!!! je pense que cette débauche de surconsommation est relativement récente et que c’est la génération actuelle ( et sans doute aussi la précedente ) qui a voulu donner à ses enfants tout ce que les nouvelles technologies permettaient et c’est “la courses aux dernières fabrications ” toujours plus de nouveautés ! ! mais pas les personnes qui ont la soixantaine même si, maintenant à la retraite, elles se permettent plus de dépenses
    une mamie irritée

  3. Je vois plein de gens autour de moi qui tirent le diable par la queue, et qui ont des réactions limite hostiles envers le bio, parce qu’ils prétendent que c’est scandaleusement cher. A ceux-ci je voudrais répondre 2 choses :
    1) Le bio n’est pas toujours plus cher que le conventionnel, moi par exemple je vais souvent à la biocoop et dans les rayons bio des hypers, et j’achète quand c’est possible des produits bio à -20, -30, -50% car proches des dates limites. Dans ces cas-là le bio est carrément moins cher. De plus regardez bien le prix de la viande et du fromage bio : j’en trouve souvent moins cher que leur équivalent conventionnel ! (incroyable mais vrai)
    2) ceux qui prétendent que le bio est hors de prix mettent parfois des fortunes dans les cigarettes, les apéros, l’achat d’un écran plat dernier modèle, l’abonnement à Canal +, la grosse bagnole, sans oublier des forfaits téléphoniques ruineux comme s’ils étaient des Ministres devant passer 5H par jour au téléphone et envoyer 100 SMS/jour à leur entourage…
    En fait tout dépend où l’on souhaite mettre la priorité de ses dépenses : moi je ne fume pas, je bois très rarement, j’ai pris un forfait mobile à 2 euros, je n’ai ni Canal+ ni écran plat, par contre mes enfants mangent bio presqu’à tous les repas. La santé de mes enfants passe avant un consumérisme vain pour mon nombril.

    • le mot bio me sort par les trous de nez. C’est un phénomème inventé par des espèces d’écolos qui ne font que découvrir ce que faisaient nos parents et grands parents et c’est ce que vous appeler du conventionnel. Pourquoi ne parle t-on pas plutôt de produits alimentaires INDUSTRIELS et de produits naturels. On utiliserait les terres en jachères ( imposées ) pour compenser la perte de rendement.
      D’autre part, quand l’état vous pique l’équivalent d’un mois de salaire ( je vis seul ) entre un paquet de pâtes à 1 euros et le même à 2 euros, le choix est vite fait. Le problème est bien là.

  4. “L’écorésistant est souvent un technophobe qui est peu avancé dans l’adoption des nouveaux outils proposés par l’internet. C’est l’opposé d’un pionnier.”

    Bonjour, j’ai trouvé l’article intéressant, même si mettre les personnes et les comportements dans des cases me pose souci…mais bon…

    MAIS j’avoue que le passage que j’ai copié collé plus haut me laisse perplexe…

    De ce que je peux constater autour de moi, les personnes qui sont CONTRE la conso durable, avec leurs motifs divers et variés, (et tout autant ” compréhensibles” les uns que les autres (dans leurs modes de raisonnements…)sont plutôt pour les nouvelles technos.

    Je dirais plutôt que pour ceux qui ne sont pas dans les nouvelles technologies et pas dans la conso durable , ce n’est pas par véritable choix d’être “CONTRE” mais par manque de moyens matériels , manque d’infos aussi peut-être, saturation d’infos au contraire et ils s’y perdent. Au final c’est leur porte monnaie qui parle.

  5. Article intéressant. La génération des trente glorieuses n’est pas plus uniformément anti-écolo que les autres (Fondé une asso de défense de l’environnement en 72!!!!!)
    Il suffit d’aller dans un super marché X et d’observer, la quantité de produits bio ne dépasse pas 2 ou 3% de l’offre, si vous regardez comment les gens achètent, le pourcentage de ceux qui regardent les étiquettes, l’origine, etc…là aussi on doit frôler les 2%, les reste rempli rempli rempli… regardant le prix ou pas selon ses moyens,les enfants des le plus jeune age apprennent à fonctionner de cette façon le plus souvent sans restriction et sans contrôle.
    Je crains fort que l’écologie ne concerne encore qu’une minorité, même s’il y a eu un progrès notoire, (en 72 on passait pour des fous et on suscitait des haines violentes et ce n’est pas fini, même si c’est plus sournois) Empêcheurs de gagner du fric, de se regarder le nombril “qu’il est le centre du monde”.
    Nous devons lutter contre les avalanches de pub, la “décérébration” des masses par des infos futiles et permanentes, des musiques au kilomètre dans tous les temples de la conso. Mais Bon… Faut quand même se battre
    pour essayer de sauver notre belle bleue de l’invasion des bipèdes avides. Tatata!!!!!!!

  6. Et bien article intéressant. Quand on touche le rsa, même en devenant végétarienne, en cuisinant tout soit même, en éliminant plat cuisiné et autre, On ne peut pas acheter tout bio, car le rsa permet juste de survivre.
    Sinon pour les ampoules basses consommation: je n’ai que ça à la maison et bien il y en a 2 sur 10 qui ont grillées en un an.Donc je pense que c’est ce qui accentue le septicisme de certain vu que certains vendeurs vendent de la mauvaise qualité! Je fais tout ce que je peux à mon niveau pour la planète, mais effectivement si les gouvernements,entreprises…agissaient vraiment se serait plus simple! tient pourquoi le bio ne deviendrait -il pas obligatoire?par exemple.ça ferait baisser les prix du coup!
    Et puis pourquoi au lieu de faire tous ses petits arrangements pour essayer de sauver notre planète; il n’y a pas une Vrai décision de changement total, où on pense à la planète et aussi au bonheur des humains, des animaux, des plantes…tant qu’il n’y a pas ça, on ne fait que prolonger la vie pour quelque temps, mais on ne règle rien! et un jour ça ne suffira plus!

    • Complètement d’accord avec vous, en tant que rsa’ste aussi ^^…

  7. Article très intéressant. En travaillant sur le sujet depuis quelques temps nous avons identifié également 2 grands types d’éco-resistants. D’un coté, ceux qui resistent par réaction à la communication souvent culpabilisante. C’est le fameux “ras le bol de l’environnement”. De l’autre, sans doute une majorité, la population qui a autre chose à penser. On peut sans doute prendre l’hypothèse que cette dernière population va croitre, alimentée par le contexte de crise du pouvoir d’achat.

  8. La génération des trente glorieuses est imperméable au changement! Elle s’est goinfrée et mal comportée et en plus elle refuse de changer maintenant ! Un comble!

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