Les pros du gaz naturel parlent d’efficacité énergétique : sont-ils sérieux ?

Rédigé par Camille Peschet, le 19 Jun 2015, à 6 h 59 min

Le forum mondial du gaz a réuni du 2 au 5 juin 2015 tous les acteurs de la filière gaz naturel. Révolution : si, comme d’ordinaire, une grande majorité des stands étaient tenus par les exploitants de gaz et leurs prestataires spécialisés, plusieurs étaient tournés vers le stockage des énergies renouvelables par la technique du « Power to gas » et les conférences ont eu comme mot d’ordre l’efficacité énergétique. ConsoGlobe y était pour vous.

L’efficacité énergétique, nouveau mot d’ordre des producteurs de gaz naturel

Même si le gaz naturel se veut « l’énergie fossile la moins polluante », son extraction ainsi que sa combustion restent fortement émetteurs de CO2. Or, dans le contexte de réchauffement climatique actuel, la nécessité de gagner en efficacité énergétique n’est plus une option. C’est ce qui a été rappelé durant ces quatre jours.

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L’efficacité énergétique devient ainsi une priorité, autant lors de l’extraction que de la distribution et la transformation du gaz pour une réduction toujours plus importante des émissions de gaz à effet de serre. Des conférences tournées vers l’efficacité énergétique dans l’extraction et la distribution du gaz, ainsi que dans le secteur des énergies fossiles dans son ensemble.

Au niveau de l’extraction, l’enjeu majeur est de développer les techniques de captation de CO2. Mais aussi de rompre avec le torchage systématique du gaz sur les sites pétroliers. En effet, actuellement lorsque des poches de gaz sont trouvées dans des poches de pétrole, le gaz est brûlé sur place. Dégageant une quantité importante de CO2 sans aucune valorisation du gaz. Du côté du transport, il s’agit de s´assurer un transport fiable où les pertes sont réduites.

Enfin, le dernier enjeu est de gagner en efficacité énergétique lors de la transformation du gaz en chaleur ou électricité. C’est-à-dire de consommer moins d´énergie pour une même qualité de service énergétique. C’est tout particulièrement ce qu’a rappelé le représentant de Laurent Fabius, ministre français des affaires étrangères – en charge donc de la préparation des négociations climat -, lors de la conférence intitulée « Gaz naturel et COP21 ».

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Le changement climatique, un sujet en apparence saillant pour les gaziers

Un signe de ce nouveau regard est la place désormais prépondérante du réchauffement climatique dans les stratégies de long terme des compagnies. Et si pendant longtemps la stratégie adoptée était de ne pas intervenir dans les débats autour du réchauffement climatique, celle-ci a aujourd’hui changé avec l’implication directe des dirigeants des compagnies gazières et pétrolières.

Lettre commune des pétroliers et gaziers

Signe des temps : la rédaction d´une lettre commune de l’ensemble des chefs exécutifs de BG Group, BP, Eni, Royal Dutch Shell, Statoil et Total demandant aux gouvernements la mise en place d’un système de prix pour les émissions de gaz carbonique. Tandis qu’à la fin du mois de mai se tenait le premier meeting des initiatives pour le climat des acteurs du gaz et du pétrole qui incluait l’Arabie Saoudite, la Chine et le Mexique avec la publication d’un rapport durant le sommet pour le climat de Paris recensant les actions mises en place pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et aller vers une transition énergétique sobre en carbone dans l’industrie du gaz et du pétrole.

Gaz naturel

Si les groupes de défense du climat accueillent positivement ces différentes initiatives, les experts environnementaux restent sceptiques sur les intentions réelles des compagnies pétrolières et gazières. Restons attentifs.

Le « Power-to-gas » pour un stockage possible des énergies renouvelables

Malgré le nombre restreint de stands tournés vers cette technique, il est néanmoins important de se pencher sur elle, du fait de sa contribution au stockage des énergies renouvelables. Actuellement, l’un des freins au développement des énergies renouvelables est en effet la difficulté, et le coût de stocker l’énergie ainsi produite. En effet, s’agissant d’énergies de flux, l’énergie est produite quand la source énergétique – le soleil pour le photovoltaïque et le vent pour l’éolien – est présente. Or, la production de ces énergies ne coïncide pas nécessairement avec les moments où les besoins en énergie sont les plus importants.

C’est tout particulièrement le cas du solaire dont la production optimale se situe à midi et durant les mois d’été, alors que les besoins les plus forts sont dans les périodes froides de l’année. Le principe du « Power-to-gas » est d’utiliser le gaz en combinaison avec les énergies renouvelables pour permettre le stockage de celles-ci.

Pour cela, l’énergie produite en surplus par les énergies renouvelables raccordées au réseau gaz est transformée en méthane à l’aide d’un catalyseur où une transformation chimique se réalise par apport d’hydrogène. Elle est ensuite stockée puis réinjectée dans le réseau sous forme de gaz lorsque les besoins le nécessitent.

Ainsi, la possibilité de stocker la production issue des énergies renouvelables ouvre les portes à un mix énergétique plus sobre en carbone.

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L’idée du gaz naturel comme « pont » pour un avenir faible en carbone remise en question

Les sociétés gazières, ainsi que l’Union européenne et les Etats-Unis développent aujourd’hui l’argument suivant : « Le gaz naturel, énergie fossile, moins polluante que le charbon, peut permettre de faire un pont entre notre mix énergétique actuel fort émetteur de CO2 et un mix énergétique faible en carbone en maintenant une part importante dans le mix énergétique qui progressivement diminuera », pour synthétiser le propos.

gaz naturel pont pour les renouvelables ?

Cependant, ce choix induit plusieurs biais dans le débat. Tout d’abord, il amène les instances politiques, dont l’Union européenne, à surévaluer systématiquement les prévisions officielles sur la demande en gaz. Avec comme résultat un soutien économique important pour la création d’infrastructures et le maintien de prix bas.

Or, une analyse récente produite conjointement par la très sérieuse commission mondiale pour l’économie et le climat – présidée par l’ancien économiste en chef de la Banque Mondiale, Lord Stern – et le non moins sérieux Stockholm Environment Institute interroge sur le bien fondé de l’argumentaire visant a présent le gaz naturel comme un pont vers un avenir sobre en carbone.

Cette analyse montre en particulier que si l’avantage du gaz face au charbon est, en théorie, important, les mesures prises en faveur de ce marché et d’une réduction des prix du gaz ont abouti à une augmentation de la consommation du gaz naturel qui annule les avantages provenant de l’effet de substitution entre le gaz et le charbon.

Ainsi, une augmentation de la production de gaz naturel poussée par un faible coût d’achat apporte de façon peu probable un avantage au climat d’une part par les financements qu’elle soustrait aux énergies renouvelables, et, d’autre part, du fait de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre due à l’utilisation accrue de gaz naturel.

La réponse des groupes de travail et des instances politiques régionales et locales à la lettre commune des dirigeants du secteurs gazier : regardons à une décentralisation de l´énergie

Et si nous arrêtions un moment de nous focaliser sur la technologie et les marchés en les voyant comme seule solution pour une transition énergétique sobre en carbone pour réfléchir à un mode de gouvernance qui permettra de répondre au défi du réchauffement climatique ?

C’est en substance l’appel qu’ont lancé le 12 juin 2015 cinq structures regroupant des instances régionales et locales sur le climat : Climate Alliance, Local and Regional Europe, energycities, FEDARENE, et ICLEI.

Puits de gaz de schiste gaz naturel

Puits de gaz de schiste

Si elles approuvent la nécessité d’un marché du carbone efficace, elles soulignent l’importance d’une réponse décentralisée avec la mise en place d’un agenda de la décentralisation. Rappelant que, si les négociations climatiques à l´échelle mondiale ont eu du mal à progresser, les initiatives locales se sont multipliées et ont abouti à la mise en place de productions énergétiques renouvelables permettant à plusieurs régions ou villes – à ce jour 6000 en Europe – de ne quasiment plus dépendre des énergies fossiles pour la production électrique et le chauffage, tout en favorisant la création d’emploi, tandis que différentes initiatives ont vu le jour en faveur de l’isolation des bâtiments et de la mobilité douce.

Ainsi, pour ces structures, regarder ces initiatives et les favoriser par des nouveaux modes de gouvernance doit être au coeur des négociations climatiques de décembre prochain. Bien avant ce qu’elles considèrent comme un discours de façade des responsables du secteur gazier.

Illustration bannière : Le coût du gaz naturel est plus élevé – © adamico >Shutterstock
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Portée par un cadre familial m'ayant sensibilisée à une consommation responsable et en faveur d'une production énergétique renouvelable, je me suis...

2 commentaires Donnez votre avis
  1. On parle d’efficacité énergétique, d’accord, mais quand on voit les aberrations de nos défenseurs de l’environnement qui ne sont que des écolos au final, qui veulent détruire les barrages sur les ruisseaux et petites rivières parce-que par rapport à la commission européennes ne sont plus aux normes du fait qu’il ne comportent pas d’échelle à poissons, alors que ces retenues pourraient être affectées produire de l’électricité en les transformant en micro centrale, c’est encore une aberration de l’écologie et de la gestion de l’énergie. Par contre on ira installer des éoliennes de 150 mètres de haut pour produire de l’électricité 30% du temps.

  2. > Si elles approuvent la nécessité d’un marché du carbone efficace, elles soulignent l’importance d’une réponse décentralisée avec la mise en place d’un agenda de la décentralisation.

    La décentralisation de la « production » d’énergie 1) ne règle en rien le problème et 2) l’aggrave, en obligeant à redéployer le réseau, cf. opposition en Allemagne aux lignes HT entre les éoliennes dans le nord et les zones de consommation ouest/sud.

    Le « mix énergétique plus sobre en carbone », c’est notre mode de vie du 18ème siècle, comme (plus ou moins) les Amish aujourd’hui. Bonne chance pour vendre ça aux électeurs…

    Un peu de chiffres pour mettre les choses en perspective:
    « David MacKay, L’énergie durable – pas que du vent – Paris, December 2012 »
    https://www.youtube.com/watch?v=BhqQ8IGPEJE

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