Huile de palme dans mes cosmétiques : comment empêcher la déforestation ?

Rédigé par Stephen Boucher, le 27 Feb 2015, à 12 h 41 min

On parle beaucoup des additifs présents dans les cosmétiques, en oubliant souvent que l’huile de palme, reine de la déforestation, est loin d’être réservée à la nourriture. Au contraire même, puisqu’elle se cache derrière bien des appellations dans la liste des ingrédients. Le point avec Anne-Marie Gabelica, fondatrice d’oOlution.

Réponses d’Anne-Marie Gabelica, fondatrice d’oOlution, première marque de cosmétiques 100 % sans huile de palme et dérivés

Le saviez-vous ? Comme une célèbre pâte à tartiner, nos produits de beauté sont remplis d’huile de palme : 24 % de la production mondiale d’huile de palme est utilisée par l’industrie cosmétique. Soit près d’un quart des forêts primaires d’Asie du Sud-Est, d’Amérique du Sud et d’Afrique qui, une fois détruites et transformées en palmeraies, se retrouvent dans nos crèmes ou shampooings.

Cette monoculture intensive de palmier à huile provoque bien-sûr de terribles conséquences[1], notamment la destruction de la biodiversité par exemple, avec des millions d’espèces végétales et animales en voie d’extinction, orangs-outans et tigres de Sumatra pour ne citer que les plus célèbres. Sans oublier les conséquences sur l’humain avec l’expropriation des paysans vivant sur les terres convoitées et accaparées par les industriels, les conditions de travail scandaleuses auxquelles sont soumis le personnel des palmeraies, l’usage massif de pesticides… la liste est longue !

Alors, comment éviter l’huile de palme dans nos cosmétiques ? Réponses d’Anne-Marie Gabelica, fondatrice d’oOlution, première gamme de cosmétiques garantis 100 % sans huile de palme [2].

Anne-Marie, pourquoi y a-t-il de l’huile de palme dans les produits cosmétiques ?

huile-de-palme-arbre-palmier-00-banÉmulsionnants, agents de texture, huiles estérifiées et hydrogénées, conservateurs… Autant d’ingrédients que l’on retrouve dans la majorité des produits cosmétiques et qui, très souvent, comportent des dérivés d’huile de palme. Ce n’est donc pas l’huile de palme elle-même qui est présente dans vos cosmétiques mais des molécules qui sont fabriquées à partir d’elle.

Pourquoi ? Parce qu’elle possède un avantage qui pèse fortement dans la balance chez les industriels : son rendement. Le palmier à huile est une plante oléagineuse qui permet d’obtenir l’un des plus grands rendements d’huile. Celle-ci est ainsi produite au prix le plus bas, ce qui en fait une huile de choix pour élaborer tous les ingrédients de remplissage des produits cosmétiques. Complètement inutiles à la peau, ces ingrédients ont pour avantage de réduire le coût de revient des produits. Voilà donc pourquoi les dérivés d’huiles de palme peuplent votre salle de bain.

Comment savoir si nos produits de beauté contiennent de l’huile de palme ?

C’est là tout le problème. Contrairement aux produits alimentaires dans lesquels il est facile de débusquer l’huile de palme cachée derrière les appellations « huile végétale » ou « matière grasse végétale », les ingrédients dérivés d’huile de palme ont des noms très variés et qui n’évoquent le plus souvent pas leur origine. Ce qui, forcément, limite la possibilité pour tout un chacun de savoir si ces ingrédients sont présents dans les produits cosmétiques qu’il utilise. A moins de fabriquer soi-même ces produits en s’assurant que les ingrédients fonctionnels (émulsionnants, conservateurs…) ne soient pas issus d’huile de palme, faire le choix de cosmétiques qui ne participent pas à la déforestation est donc quasi-impossible.

Dans ces conditions, comment s’y retrouver parmi tous les produits cosmétiques ?

huile-de-palme-palmier-cosmetique-01Très rarement utilisée sous sa forme brute, nous avons vu que l’huile de palme est présente sous forme de centaines de dérivés différents aux appellations plus compliquées les unes que les autres. Heureusement, il suffit de connaître 7 suffixes et préfixes pour repérer les dérivés d’huile de palme dans la liste d’ingrédients de vos cosmétiques. Ainsi, si un ingrédient est composé avec le suffixe « capryl » ou des préfixes « lauryl », « cetear », « stear », « palm », « myr(ist) », ou « dodec », vous pouvez avoir la quasi-certitude qu’il s’agit là de dérivés d’huile de palme.

Ces ingrédients peuvent aussi potentiellement être synthétisés à partir d’huile de coco, qui possède une composition en acide gras relativement proche de l’huile de palme. Cependant l’huile de coco étant plus chère, elle ne remplace qu’à de très rares exceptions l’huile de palme dans la fabrication des molécules dont les noms contiennent l’un des 7 radicaux cités plus haut.

Pour vous y retrouver, une infographie très pratique sur le site d’oOlution explique comment éviter l’huile de palme dans les cosmétiques.

Si un ingrédient est composé avec le suffixe « capryl » ou des préfixes « lauryl », « cetear », « stear », « palm », « myr(ist) », ou « dodec », vous pouvez avoir la quasi-certitude qu’il s’agit là de dérivés d’huile de palme.

Et l’huile de palme durable dans tout ça ?

L’huile de palme « durable » à proprement parler n’existe pas. Il s’agit en réalité d’une habile tentative de greenwashing orchestrée par les lobbies de l’industrie agro-alimentaire sous le label « RSPO » (Roundtable for Sustainable Palm Oil). Composée de géants industriels tels que Monsanto ou encore Syngenta – des fabricants de l’agro-chimie au coeur d’innombrables scandales – ce groupe décerne trois niveaux de certifications dont les normes et les contrôles laissent planer de sérieux doutes.

huile-de-palme-palmier-cosmetique-02L’huile de palme durable n’est en réalité qu’une pure et simple manipulation de la part de multinationales qui ne sont pas connues pour avoir à coeur de préserver la santé humaine et la biodiversité. Il ne s’agit là que de chercher un moyen de redorer son image pour ne pas avoir à se poser des questions de fond et surtout gagner toujours plus d’argent aux dépens du vivant. Un documentaire diffusé sur France 5 « L’huile de palme, une huile qui fait tache » en a fait une éclatante démonstration :

Voir le reportage vidéo EcoPlus TV :

Même problème concernant l’huile de palme « bio », essentiellement cultivée en Colombie, sur des terres appartenant au groupe Daabon qui ne recule jamais à faire appel à des forces armées à chaque fois qu’il lui semble bon de s’accaparer une parcelle de terre. Un groupe qui, d’après la réglementation locale, dispose du droit de cultiver des parcelles de terre non certifiées bio au milieu d’autres parcelles certifiées. Impossible, là encore, d’avoir confiance en cette prétendue alternative.

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Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

8 commentaires Donnez votre avis
  1. Bonjour,

    Je serais curieuse de savoir quelle huile végétale pourrait donc représenter une alternative écologique à l’huile de palme?

    En d’autres termes, si vous connaissez une huile représentant les mêmes qualités utiles en cosmétiques, et dont la production est moins néfaste pour l’environnement que celle de l’huile de palme, je suis preneuse.

    Sinon, on peut aussi admettre que le réel problème est la surconsommation de produits alimentaires transformés.

  2. Des chiffres fantaisistes, des données approximatives, des raccourcis stéréotypés et un point de vue partisan et partial : voila ce dont nous avons encore droit concernant l’huile de palme. Sans doute serait-il préférable de revenir au gras de baleine dans les cosmétiques ?!…

    • Stephen Boucher

      Monsieur, votre argument me rappelle ceux qui contestent les opportunités des énergies renouvelables en suggérant que les défendre serait appeler à retourner à l’âge de la bougie. Se passer de l’huile de palme dans les cosmétiques n’est ni fantaisiste, ni n’impose de revenir au gras de baleine, de nombreuses marques existantes le font. Amicalement et écologiquement vôtre !

  3. vous avez fait votre vie laisser les africains survivre. pouviez vous nourrir plus 600000000 d’africains pour soit disant contre la déforestation ?. vous êtes égoïste vous vous souciez des espèces végétales mais pas des êtres humains (africains)!

    • Stephen Boucher

      En anglais on dit “two wrongs don’t make a right”. Nuire à la biodiversité et à l’environnement des Africains, ça n’est bon ni pour l’Afrique, ni pour les Africains. Bien à vous.

  4. La culture des palmiers n’a aucun impact sur la déforestation en RD. Congo étant donné que les industries cosmétiques sont très minimes.
    Cependant, les palmiers se trouvant dans les champs des paysans donnent de l’huile pour la cuisine familiale,fabrication artisanale de savon et
    la vente pour avoir de l’argent; les feuilles sèches comme source d’énergie.
    Au contraire,actuellement c’est la culture du caféier et cacaoyer qui contribue à la déforestation dans la Province où je demeure.

  5. “24 % de la production mondiale d’huile de palme est utilisée par l’industrie cosmétique”

    Et vous vous demandez comment faire ??????

    Quand ces sauvages d’humains arreterons de se tartiner la,guelle de petrole et de palme pour une stupide et puerile histoire d’apparence ….

    5 milliards d’annees d’existance de la terre pour en,arriver la …

  6. La moindre des choses lorsqu’on écrit ce genre d’article c’est d’indiquer le pourcentage de déforestation due à l’huile de palme.

    Ainsi que la première cause de déforestation. Qui est l’élevage… 91% de la déforestation de l’Amazonie a une seule et même cause : l’élevage!

Moi aussi je donne mon avis