Une centrale électrique islandaise transforme le CO2 en pierre

Une centrale électrique en Islande est parvenue à transformer le CO2 qu’elle émet en pierre. Le réchauffement climatique sera-t-il bientôt un problème que l’on pourra, littéralement, enterrer ?

Rédigé par Stephen Boucher, le 25 Jun 2016, à 20 h 50 min

Le CO2, ou dioxyde de carbone, est un problème. Principalement émis par l’industrie énergétique, une solution longtemps envisagée mais difficile à mettre en oeuvre est de le « capturer » et l’enterrer pour réduire l’impact sur l’atmosphère de la combustion d’énergies fossiles. Mais l’extraction du gaz à effet de serre des émissions des centrales électriques – par des procédés chimiques – est généralement trop coûteux pour être mise en oeuvre.

De plus, on n’est jamais totalement sûr que le gaz ne puisse s’échapper des cavités dans lesquelles il serait enfoui. C’est là qu’intervient une annonce récente d’une centrale électrique islandaise. En pompant le gaz dans le basalte volcanique, sous le nom de code « projet CarbFix », cette centrale géothermique a converti 95 % des émissions de CO2 en minéraux solides.

La capture et stockage de CO2 : une solution coûteuse, limitée et risquée

Comment capture-t-on le CO2 s’échappant des cheminées d’une centrale électrique utilisant des carburants fossiles ? On équipe celles-ci de filtres avec des amines qui se lient aux molécules de dioxyde de carbone. À noter : seulement un quart d’entre elles.

CO2 islande

Une fois ainsi une partie du CO2 capturé, il faut libérer les amines en augmentant la température jusqu’à ce que le CO2 se transforme de nouveau en gaz. Ensuite, on refroidit de nouveau le gaz, jusqu’à ce qu’il se liquéfie, pour pouvoir enfin être pompé dans des cavités souterraines. En espérant que celle-ci ne fuit pas, parce qu’il faudra quelques centaines de milliers d’années au dioxyde de carbone pour se transformer en calcaire. Le processus complet est coûteux, car fortement consommateur d’énergie, ce qui explique qu’il y ait si peu de projets de ce type dans le monde.

La solution islandaise : injecter le CO2 dans le basalte

Le cas islandais est particulier : les émissions proviennent d’une centrale géothermique. Alors que l’on pourrait penser qu’une telle centrale n’émet aucune émission de CO2, elle en émet tout de même, environ 5 % d’une centrale au charbon de puissance équivalente. Soucieux que son pays réduise sa contribution au changement climatique, le président de l’Islande a visité l’Université de Columbia et est entré en contact avec un groupe de chercheurs, à l’origine du projet CarbFix.

Les émissions provenant de la centrale, soit un mélange de CO2, de sulfure d’hydrogène et d’autres gaz, sont injectés dans la roche souterraine, à environ 500 mètres de profondeur dans le substrat basaltique. Une fois dans le basalte, les gaz se mélangent avec de l’eau, créant un liquide pétillant. La pression y est si intense que ces bulles ne s’échappent pas. Ce liquide, avec la pression et la chaleur, réagit avec le basalte. Et en seulement deux années, se transforme en veines crayeuses dans le sous-sol.

Tandis que certains sites de stockage du CO2 enregistrent des fuites allant jusqu’à 75 % du gaz injecté, les chercheurs impliqués dans le projet CarbFix affirment que seulement 5 % du CO2 pompé s’échappait. sans avoir à recourir à une consommation d’énergie importante pour isoler le CO2.

Une solution au-delà de l’Islande ?

Cette solution ne pourrait-elle donc pas résoudre nos problèmes d’émissions de CO2 dans les processus industriels et de production d’électricité de grande taille ? Malheureusement, non. Comme on l’a dit, les centrales au charbon, par exemple, émettent environ 20 fois plus de gaz à effet de serre, et d’autres polluants. Il faudrait donc des lieux similaires pour injecter ces émissions en grande quantité, que l’Islande seule ne peut fournir. D’autre part, les émissions étant beaucoup moins pures, il n’est pas certain que la réaction avec le basalte serait aussi efficace.

Néanmoins, certains font observer que les fonds des océans sont souvent constitués de basalte et que de nombreuses centrales électriques sont situées près des côtes. Ce pourrait donc être une solution partielle pour réduire les émissions, aux côtés d’autres plus pérennes, notamment les économies d’énergie et les énergies renouvelables. Ce ne sera finalement pas si simple d’enterrer notre problème.

Photo de bannière : centrale électrique géothermique Nesjavellir à Þingvellir, en Islande, par Gretar Ívarsson – Edited by Fir0002 – Gretar Ívarsson, geologist at Nesjavellir, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2523755
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Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

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