Quand un pneumologue de renom s’engage dans la dépénalisation du cannabis

Ce vendredi 29 janvier, le professeur Bertrand Dautzenberg a décidé de jeter un pavé dans la mare en plaidant pour une dépénalisation encadrée du cannabis.

Quand un pneumologue de renom s'engage dans la dépénalisation du cannabis

A l’occasion du 20ème Congrès de pneumologie de langue française, qui se tiendra à Lille du 29 au 31 janvier, le professeur Bertrand Dautzenberg exposera ses propositions de lever l’interdiction sur le cannabis.

« Le cannabis en France, c’est l’alcool frelaté du temps de la prohibition »

Dans une interview donnée au Parisien-Aujourd’hui-en-France, le médecin qui officie à la Pitié-Salpêtrière justifie sa prise de position par l’inefficacité de l’interdiction complète de cette drogue, en vigueur dans le pays depuis 1970.

En France, le cannabis est majoritairement consommé sous forme de résine mélangée à du tabac, ce qui pour le Pr Dautzenberg correspond au choix le plus dangereux. Non seulement les fumeurs entretiennent leur dépendance à la nicotine, mais ils s’exposent aussi à des problèmes pulmonaires sérieux. Face à cela, le Pr Dautzenberg propose des solutions pragmatiques pour réduire les risques. Dans un premier temps, arrêter le tabac.

Deux produits de remplacement lui paraissent moins toxiques, le cannabis sous forme d’herbe ou les plantes à fumer. « En France, nous consommons la forme la plus toxique avec de la résine de cannabis et du tabac. Notre législation favorise le danger. Une dépénalisation entraîne des produits étiquetés, traçables et de meilleure qualité. Le cannabis en France, c’est l’alcool frelaté du temps de la prohibition », explique Bertrand Dautzenberg.

En France, 45 % des jeunes ont essayé le cannabis

Toujours dans l’objectif de réduire les risques, le pneumologue recommande aux consommateurs d’adopter les systèmes de vaporisation d’huile de cannabis, ce qui leur évite d’inhaler de la fumée. La vapeur est moins toxique pour les poumons que la fumée, et ces dispositifs ne comportent pas de nicotine.

cannabis-depenalisation

S’il se défend de minimiser la dangerosité de cette drogue et insiste sur la nécessité d’un marché contrôlé, il rappelle cependant qu’ « en France, la consommation chez les jeunes augmente. La France est numéro un en Europe avec 45 % des jeunes qui ont essayé alors qu’ils ne sont 29 % en Hollande où le cannabis est légal. Par ailleurs, depuis deux, trois ans, nous avons un retour d’expérience d’États américains qui ont assoupli la législation et on voit qu’il y a une diminution de la criminalité liée au trafic, qu’il n’y a pas plus d’accidents de la route, que la consommation n’explose pas et que, surtout, les consommateurs prennent des produits plus sains ».

Malgré une législation très sévère, la France reste la championne d’Europe dans la consommation de cannabis. « Si on sort de la loi 1970, tout en gardant des règles strictes, on va diminuer la consommation de cannabis et les formes de consommation les plus dangereuses. La dépénalisation du cannabis participe à l’ordre social », explique-t-il.