Biodiversité en Île-de-France : oiseaux et papillons en déclin

Natureparif, l’Agence pour la nature et la biodiversité en Île-de-France, dresse un nouveau bilan de l’état de santé de la biodiversité en Île-de-France, trois ans après la parution des derniers indicateurs régionaux. Les analyses ont porté sur 3 grands groupes d’espèces (les oiseaux, les papillons et les plantes) et s’appuient sur des données récoltées par près de 200 observateurs volontaires de 2002 à 2014.

Biodiversité en Île-de-France : oiseaux et papillons en déclin

Depuis plus de dix ans, près de 200 citoyens franciliens impliqués dans le programme Vigie-Nature ont permis d’analyser l’état de la biodiversité et son évolution sur la région Île-de-France, en passant au crible les plantes, oiseaux et papillons.

Les observatoires de sciences participatives Vigie-Nature du Muséum national d’Histoire naturelle font appel à des réseaux d’observateurs volontaires variés. Naturalistes, grand public, professionnels de l’environnement et scolaires peuvent ainsi suivre sur le long terme la biodiversité commune à l’échelle nationale. Ces observatoires ont aussi pour but de sensibiliser les participants à la nature, de produire des indicateurs pour mieux connaître la biodiversité et comprendre son fonctionnement et d’évaluer les effets des changements globaux sur la biodiversité.

Le constat est une diminution importante des espèces, en termes de variétés et de quantités de leurs populations sur la région, en particulier dans les milieux cultivés et urbains.

 L’île de France a perdu 1/5 de ses oiseaux en 13 ans

Ces observatoires de sciences participatives ont permis d’acquérir des connaissances sur 791 plantes, soit 50 % de la flore régionale ; 84 papillons de jour, soit 62 % de la diversité totale des papillons franciliens ; et 149 oiseaux nicheurs, soit 84 % de la diversité régionale.

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Les espèces les plus communément rencontrées sont :

  • Le Ray-grass (Lolium perenne) que l’on retrouve dans la plupart des gazons urbains. Cette plante cumule 3 % du total des observations Vigie-flore.
  • La Piéride de la Rave (Pieris rapae) cumule, quant à elle, 13 % des observations franciliennes. Ce papillon tolère assez bien le milieu urbain, où on l’observe dans les jardins et les friches. Sa chenille se développe sur les choux ou les moutardes, mais aussi sur des plantes comme le colza, abondamment cultivé dans la région.
  • Le Pigeon ramier (Columba palumbus) cumule 9 % des observations en Île-de-France. Cet oiseau se nourrit surtout dans les zones agricoles, parfois dans les parcs et les jardins. Il est de plus en plus fréquent dans les zones urbaines.

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L’état de santé de la biodiversité en Île-de-France se base sur le calcul de deux indicateurs de biodiversité :

  • la richesse en espèces, soit le nombre d’espèces différentes
  • l’abondance des individus, ou le nombre total d’individus observés au cours d’un relevé

Les données recueillies par les franciliens ont montré que la région a perdu un cinquième de ses oiseaux en 13 ans. À l’échelle régionale, leurs populations ont diminué de 21 % depuis 2002 tandis que la richesse des espèces de papillons a perdu 8 % depuis 2005, et que la diversité en plantes est restée stable depuis 2009.

La biodiversité dans les milieux agricoles, fortement en déclin

Alors que les milieux agricoles couvrent près de 50 % de la surface régionale, la richesse en espèces y est faible pour les papillons et celle des plantes est en nette diminution : de 20 % pour les plantes et de 18 % pour les papillons.

Le nombre d'espèces de plantes a chuté dans les milieux agricolés

Concernant les papillons, il est intéressant de noter que la richesse en espèces a connu un déclin de 45 % dans les grandes cultures dépourvues de bordures végétales, contre seulement 15 % dans celles avec bordures. Les résultats issus de ces observatoires permettent donc de mettre en évidence le rôle essentiel de ces éléments du paysage pour limiter le déclin de la biodiversité sur les surfaces agricoles.

La tendance est aussi marquée pour la progressive disparition des oiseaux en milieu agricole, notamment les oiseaux spécialistes de ces milieux, c’est-à-dire qui ne peuvent s’épanouir que dans une gamme étroite de conditions environnementales et d’alimentation : ils ont vu leurs effectifs chuter de 30 % en 11 ans en Île-de-France, et de 17 % au niveau national.

Ces résultats inquiétants sont la conséquence des pratiques agricoles intensives et des paysages agricoles simplifiés, en lien avec la modernisation de l’agriculture. Cette simplification se caractérise par la perte des haies, des bandes enherbées, des arbres isolés, des fossés et des talus, autant de niches écologiques favorables au maintien d’une diversité d’espèces. D’autre part, l’intensification des pratiques par drainage, la fertilisation azotée, la sélection variétale, l’extension des surfaces irriguées et le recours aux pesticides ont aussi fortement modifié la qualité des habitats en milieux agricoles pour les espèces.

Par exemple, l’usage de pesticides diminue de plus de 10 % en moyenne la richesse en oiseaux par rapport à des parcelles sans traitement.

Le défi majeur est, selon un rapport de Virgie-Nature, de diversifier les milieux agricoles, actuellement beaucoup trop simplifiés, par des aménagements écologiques offrant une diversité de ressources et de refuges pour le vivant.

Le retour des espèces agricoles doit être vu comme une condition nécessaire à l’évolution de l’agriculture vers des pratiques plus agroécologiques, c’est-à-dire, tirant partie des fonctions assurées par ces espèces et essentielles à l’agriculture.

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Références :