Dans la famille Biodiversité ordinaire, protégeons la vipère aspic

Impopulaire et méconnue, la vipère aspic, comme beaucoup de serpents, alimente toutes sortes de phobies. Si bien que les Hommes ont bien souvent pensé plus à la détruire qu’à la sauvegarder… Pourtant, cette mauvaise réputation est bien injustifiée. Venez découvrir ici un serpent bien de chez nous et qui devrait y avoir toute sa place !

Rédigé par Julien Hoffmann, le 17 Jun 2020, à 18 h 10 min

L’effondrement de la biodiversité n’est pas inéluctable à partir du moment où l’on ne laisse aucun animal de côté. Chaque espèce, même commune et dite de « biodiversité ordinaire » a son rôle à jouer dans nos écosystèmes. La vipère aspic ne déroge pas à la règle et mérite de prendre un peu de temps pour mieux la comprendre et, de fait, mieux la faire protéger.

La vipère aspic, un serpent venimeux commun dans nos campagnes

La vipère aspic (Vipera aspis) qui n’est autre que la vipère la plus connue et répandue en France, est un serpent d’environ 85 cm de long que l’on peut aisément différencier des couleuvres grâce à sa pupille verticale qui lui est propre.

Consommant principalement des rongeurs comme les mulots, les campagnols ou les musaraignes et plus rarement des lézards ou des amphibiens, elle est elle-même dévoré par les buses variables, faucons crécerelles et autres rapaces mais aussi par les blaireaux, les putois, les fouines, les renards et tous les petits carnivores.

Les yeux de la vipère aspic sont caractéristiques de l’espèce © Federico.Crovetto

Ce serpent dont les mâchoires sont liées par des ligaments très élastiques, peut avaler des proies d’une taille pouvant aller jusqu’à quatre fois celle de sa propre tête ! La vipère aspic peut tout digérer sauf les griffes et les poils de ses proies.

La vipère aspic est crainte du fait de sa morsure venimeuse alors même que l’animal ne mord qu’en ultime recours, préférant systématiquement la fuite à la morsure.
Son venin lui sert avant tout à la chasse sans quoi elle ne peut tuer ses proies et donc se nourrir.

En France on compte moins d’un décès par an dû à une morsure de vipère aspic contre plus d’une quinzaine de morts par an suite à des piqûres d’abeilles, de guêpes et de frelons.

Mais si la morsure d’une vipère n’est pas forcément grave, il faut consulter un médecin dans les plus brefs délais, car le venin peut entraîner un choc anaphylactique qui lui peut engager le pronostic vital.

Particularité de la vipère aspic

La vipère aspic est un animal à sang froid qui, arrivée au printemps, a besoin de se réchauffer. Ce sont les mâles qui se réveillent les premiers (environ deux semaines avant les femelles) pour emmagasiner de la chaleur en vue de la reproduction.

Pour ce faire ils cherchent des endroits chauds et ensoleillés dans le but d’atteindre les 30°C de température corporelle et peuvent même se mettre les uns sur les autres pour accélérer l’accumulation de chaleur.

Une fois suffisamment réchauffés ils se mettent en quête de femelles sur lesquelles les mâles peuvent s’agglutiner à plusieurs et commencer tous ensemble les préliminaires de reproduction formant ainsi de vraies « boules de serpents » !

Statut actuel de l’espèce

La vipère aspic est classé parmi les espèces de « préoccupation mineure » par l’UICN (l’Union internationale pour la conservation de la nature) du fait de sa large répartition ce qui n’empêche pas l’espèce de régresser localement.

Elle est également citée en annexe III de la Convention de Berne (protection européenne) et fait l’objet d’une protection stricte en France à travers l’Arrêté du 19 novembre 2007.

Les menaces qui planent sur la vipère aspic

La destruction de son habitat

Pierriers, pelouses sèches ou rases, végétation buissonnante, landes et autres lieux mi-ombragés qui lui permettent de réguler plus facilement sa température sont autant de milieux qui ont tendance à disparaître du fait de l’artificialisation et de l’agriculture intensive.

Ses milieux de prédilections se sont ainsi extrêmement raréfiés durant les dernières décennies ce qui porte préjudice à l’espèce qui, peu mobile de surcroît, peine à coloniser de nouveaux milieux pour maintenir son niveau de population.

Vipère aspic dans un de ses habitat de prédilection © LABETAA Andre

La destruction directe

Les croyances ayant la vie dure, la vipère aspic a été massivement détruite durant le siècle dernier avec certainement plusieurs millions d’animaux tués sur la période.

De nos jours, le capital sympathie de la vipère aspic a un peu évolué comme pour beaucoup de ces animaux « mal-aimés », mais la destruction intempestive par crainte de l’animal est toujours une réalité de terrain malgré les interdictions réglementaires.

La pollution

La vipère aspic fait partie intégrante de la chaîne alimentaire et ingère de fait des animaux comme les rongeurs pour lesquels les moyens de luttes chimiques courent encore. Une fois un animal empoisonné ingéré, c’est la vipère qui succombe à son tour aux produits chimiques qui ne lui étaient pas destinés.

Il en va de même pour tous les animaux exposés aux produits phytosanitaires dans nos champs qui, une fois consommés par les vipères ne vont pas les tuer tout de suite, mais à force d’accumuler ces mêmes produits chimiques au fil du temps dans leur corps. S’ils ne les tuent pas, ces produits phytosanitaires vont affaiblir l’animal, diminuer sa capacité à chasser ou à se reproduire ce qui a également de lourdes conséquences pour l’espèce.

Comment aider la vipère aspic qui disparait sans faire de bruit ?

Comme pour toute la biodiversité ordinaire, son observation, la transmission aux jeunes publics et le soutien aux associations de protection de la faune sauvage est essentiel.

La vipère aspic ne bénéficie pas d’une association nationale entièrement tournée vers sa protection. Il existe cependant un bon nombre d’associations, notamment les différentes antennes LPO en région ou les associations spécialisées en herpétologie (amphibien et reptiles) qui volent à son secours.

Elles sont souvent joignables à la fois pour que vous puissiez leur indiquer la présence de vipères aspic en un lieu donné afin d’accumuler les données et connaissance sur l’espèce, mais aussi pour vous conseiller voire même venir sur place en cas d’intrusion d’un animal dans votre jardin.

De près elle est magnifique, de loin vous en la verrez même pas © Marco Maggesi

La vipère a bien besoin de mieux se faire connaître et comprendre, alors n’hésitez pas à garder les yeux ouverts pour ne pas la rater le jour où vous la croiserez !

Illustration bannière : Vipère aspic en plein déplacement © Alexandre Boudet
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