En Tunisie, le henné menacé par le manque d’eau et la pollution

Entre manque d’eau et abandon des maquillages traditionnels, le tatouage au henné est en perte de vitesse en Tunisie.

Rédigé par Paul Malo, le 28 Jul 2018, à 13 h 00 min

Depuis des siècles en Tunisie, le henné constitue le principal ornement cosmétique. Mais pour combien de temps encore ? Entre pénurie d’eau, pollution et revirement de mode, il est en perte de vitesse.

En Tunisie, le tatouage traditionnel au henné devient démodé

Mariages, fêtes de familles, anniversaires… Depuis toujours, les tatouages au henné ont accompagné les grands moments de la vie. Les feuilles de henné séchées et réduites en une fine poudre étaient mélangées avec de l’eau tant pour teindre les cheveux que pour dessiner des motifs qui tiendraient des semaines.

Les mains de la mariée © Esat Photography Ltd

Mais voilà, aujourd’hui, mis à part aux yeux des touristes, le henné apparaît comme démodé, mèches, teintures, manucures et maquillages mondialisés remplaçant et ringardisant les méthodes traditionnelles. Et même sur le marché touristique, le henné express, importé du Yémen, du Soudan ou d’Inde et tenant moins longtemps, vient concurrencer les productions locales.

Un manque d’eau dramatique

À cette concurrence vient s’ajouter le manque d’eau, alors que la plante de henné en est très consommatrice. Dans un pays où l’irrigation est organisée par des groupements de développement agricole (GDA) qui vendent l’eau 2,8 dinars (0,93 euro) par heure, il n’est pas rare d’attendre 40 jours, l’été, avant de pouvoir irriguer !

Plante de henné © pisitpong2017

Résultat de cette pénurie : une production de henné en chute libre. Selon AFP, quand dans la région du Gabès reconnue pour ses variétés de henné de haute qualité et de longue tenue, la production de cette plante qui s’élevait à 810 tonnes sur 540 hectares en 2015-2016, n’était plus que de 645 tonnes sur 430 hectares en 2016-2017(1)

Plus de rempart face au désert qui avance

Pourquoi une telle baisse ? On l’explique également par l’abandon de certaines terres touchées par la pollution chimique. C’est d’ailleurs tout le littoral tunisien qui serait pollué par l’industrie chimique. De plus, dans les oasis, le pompage des eaux fossiles via de nouveaux forages est littéralement hors de contrôle.

Pâte de henné © bexx21

Le risque à moyen terme ? Une accélération de la désertification tandis que les eaux puisées, utilisées pour l’agriculture, sont de plus en plus salines. Certains sondages présentent même une eau sur-salée, impropre à toute utilisation.

Avec les oasis, c’est un écosystème, un espace tant de vie que de production, ayant permis la présence humaine durant des millénaires, qui est aujourd’hui en danger et qui laisse le champ libre à l’avancée du désert.

Illustration bannière : Femme avec un tatouage au henné – © Kryvenok Anastasiia
Références :
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