Trop de ruches en ville nuit à la biodiversité des abeilles

La Nature a besoin d’équilibre ou, du moins, elle trouve son équilibre à partir du moment où faune et flore cohabitent ensemble depuis assez longtemps. Les ruches, qui abritent des abeilles domestiques, ne s’intègrent pas toujours aussi facilement qu’on le croit à l’équation.

Rédigé par Julien Hoffmann, le 28 Nov 2019, à 8 h 15 min

Les ruches abritent nos biens connues abeilles domestiques (Apis mellifera) qui se nourrissent des fleurs et participent ainsi à la pollinisation nous rendant bien des services. Mais rendent-elles vraiment service à la biodiversité quoi qu’il arrive ?

Abeilles domestiques VS abeilles sauvages

Une ruche compte de 50 à 60.000 individus qui travaillent inlassablement, toute l’année ou presque, à butiner les fleurs qu’ils rencontrent dans un périmètre de plus ou moins trois kilomètres.

ruches en ville

Apiculteur entretenant ses ruches sur un toit © Xiao Zhou

La quantité de fleurs explorées est donc vraiment importante même lorsqu’on parle d’une seule ruche alors quand il y en a des dizaines…

Les abeilles sauvages quant à elles, sont solitaires. Cela ne veut pas dire que leur nombre est quantité négligeable, loin, très loin s’en faut puisqu’elles auraient une incidence plus importante sur la pollinisation que les abeilles domestiques. Par contre elles n’ont de fait pas la force de frappe de ruches complètes.

Une récente étude parue en septembre 2019 dans la revue scientifique anglo-saxonne Plos One et menée par Isabelle Dajoz, professeur à l’université Paris-Diderot, a démontré le phénomène à Paris : Là où il y a trop de ruches, il n’y a plus d’abeilles sauvages(1) !

Les ruches en ville – Un effet de mode ?

Nos campagnes ne cessent d’être sous pression en matière d’utilisation produits phytosanitaires en tous genres qui ont un impact négatif direct sur les populations d’abeilles qu’elles soient d’ailleurs domestiques ou non.

De fait il a été constaté que les populations d’abeilles domestiques se portaient bien mieux en milieu urbain qu’en milieu rural ce qui laisse à penser qu’il en va de même pour les abeilles sauvages.

ruches en ville

Les règles à la campagne ne sont pas les mêmes qu’à la ville © kosolovskyy

Avec cette nouvelle donnée est alors arrivée l’installation, parfois massive, souvent non réfléchie en matière de maillage à l’échelle de toute une agglomération, de ruches d’abeilles domestiques. Mais quand on ne se projette pas en matière d’élevage, puisque l’apiculture est une forme d’élevage, on arrive rapidement au bout du raisonnement et on se retrouve sans ressources.

À vouloir bien faire en favorisant les abeilles en ne mobilisant que peu de budgets (une ruche ne coûte pas très cher et n’est pas aussi lourde à gérer que d’autres dispositifs pour favoriser la biodiversité), nous sommes arrivés à devenir contre-productif.

Lire aussi : Sans les abeilles : les aliments voués à disparaître

Que faire ?

Certaines villes ont d’ores et déjà pris des mesures, c’est le cas de Strasbourg qui déconseille par exemple toute nouvelle installation. La ville s’y prend trop tard et n’a pas encore de vrai plan de bataille car il faut reprendre les choses à zéro pour bien identifier les capacités d’accueils, mais au moins la chose est prise en compte.

Il s’agit en effet de réguler le nombre de ruches en ville pour éviter qu’elles impactent sur la biodiversité en créant une trop grosse concurrence alimentaire.

En règle générale, c’est-à-dire en milieu rural ou naturel, il faut compter environ trois ruches au kilomètre carré ce qui permet un équilibre qui n’a jamais été démenti jusque-là. En ville nous sommes désormais aux alentours de 10 à 15 ruches au kilomètre carré

Bourdons terrestre en pleine recherche de nourriture © SanderMeertinsPhotography

Pour que tous les pollinisateurs sauvages comme les abeilles, mais aussi les papillons, les chrysopes, les mouches, les bourdons et tant d’autres puissent trouver leur place aux côtés de nos animaux domestiques, il est désormais temps d’agir sur le sujet !

Illustration bannière : Les ruches se portent bien sur les toits © dies-irae
Références :
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