Le saviez-vous ? : pourquoi naît-on gaucher ou droitier ?
Pourquoi nait-on gaucher ou droitier ? Une nouvelle étude lève encore un peu plus le voile sur les raisons de notre latéralisation.

Distributeurs bancaires, portiques de transport, boutons d’ouverture de porte, montres, cahiers à spirales, ciseaux… Les gauchers le savent bien : le quotidien est souvent pensé pour les droitiers. Dès l’enfance, ils doivent parfois s’adapter pour écrire, découper, faire leurs lacets ou utiliser certains objets courants.
Mais pourquoi devient-on gaucher ou droitier ? Cette préférence manuelle n’est pas un simple choix. Elle dépend d’un mélange complexe de génétique, de développement embryonnaire et de hasard biologique. Une étude publiée dans Nature Communications en 2024 apporte une piste nouvelle, sans pour autant lever tout le mystère.
Pourquoi naît-on gaucher ou droitier ?
Les gauchers sont minoritaires, mais loin d’être rares. Une vaste méta-analyse publiée en 2020 estime la proportion de gauchers à environ 10,6 %. Ce chiffre varie selon les méthodes utilisées pour mesurer la préférence manuelle.
La latéralisation désigne le fait que certaines fonctions sont davantage prises en charge par un côté du corps ou du cerveau. Elle concerne la main dominante, mais aussi l’oeil, le pied ou certaines fonctions cérébrales.
Dans la vie quotidienne, cette préférence semble évidente. Pourtant, son origine reste difficile à expliquer. La science montre aujourd’hui qu’elle se construit très tôt, probablement dès les premières semaines de la grossesse.
Les mystères de la latéralisation
Pendant longtemps, on a pensé que la préférence pour la main droite dominait presque par défaut. La réalité est plus nuancée. La majorité des humains est droitière, mais la présence constante de gauchers dans toutes les populations intrigue les chercheurs.
La latéralisation dépend en partie de nos gènes. Cependant, aucun « gène du gaucher » ne permet d’expliquer à lui seul pourquoi une personne écrit de la main gauche. Il s’agit plutôt d’un ensemble de mécanismes très fins.
Une étude publiée en 2024 dans Nature Communications a permis d’explorer cette piste avec davantage de précision. Les chercheurs ont analysé les données génétiques de plus de 351.000 personnes issues de la UK Biobank.
Une mutation rare plus fréquente chez les gauchers
Les scientifiques ne se sont pas concentrés sur les variations génétiques les plus courantes. Ils ont étudié des variants rares capables de modifier directement la structure de certaines protéines.
Résultat : une variation rare du gène TUBB4B apparaît environ 2,7 fois plus souvent chez les gauchers que chez les droitiers. Ce gène intervient dans la fabrication des microtubules, des structures essentielles à l’architecture des cellules.
Ces microtubules jouent notamment un rôle dans l’organisation des cellules pendant le développement. Ils pourraient donc participer, indirectement, à la mise en place de l’asymétrie cérébrale.
Attention toutefois : cette découverte ne signifie pas que TUBB4B « fabrique » des gauchers. Les chercheurs parlent plutôt d’un indice supplémentaire. Il éclaire une petite partie d’un mécanisme beaucoup plus vaste.
Une large part de hasard biologique
La génétique ne suffit donc pas à tout expliquer. Selon les chercheurs, le hasard joue aussi un rôle important dans la latéralisation.
Durant le développement du cerveau embryonnaire, de très petites fluctuations peuvent influencer l’organisation des cellules. La concentration de certaines molécules, à un moment précis, pourrait faire pencher la balance.
Autrement dit, l’ADN ne déciderait pas seul de notre main dominante. Il pourrait surtout créer un biais biologique, plus ou moins fort, vers la droite ou vers la gauche.
Cela explique aussi pourquoi deux vrais jumeaux peuvent ne pas avoir la même main dominante. Même avec un patrimoine génétique identique, leur développement peut suivre des chemins légèrement différents.

Les gauchers ne sont pas « programmés » comme les autres ?
Gaucher : une différence, pas une anomalie
Longtemps, les gauchers ont été contrariés à l’école ou à la maison. Certains enfants étaient même forcés à écrire de la main droite. Cette pratique est désormais considérée comme inadaptée.
Être gaucher n’est pas un trouble. Cela ne signifie pas non plus être plus maladroit, plus créatif ou plus intelligent. Ces idées, positives ou négatives, relèvent souvent du cliché.
En revanche, les gauchers doivent encore composer avec des objets pensés pour la majorité droitière. Cela peut rendre certains gestes plus fatigants, moins fluides ou moins confortables.
Le vrai sujet n’est donc pas de « corriger » les gauchers. Il est plutôt d’adapter l’environnement pour éviter les tensions, les mauvaises postures et les frustrations.
Comment aider un enfant gaucher au quotidien ?
Chez l’enfant, la préférence manuelle peut mettre du temps à s’affirmer. Il est donc inutile de trancher trop tôt. Le mieux consiste à observer ses gestes spontanés, sans pression.
Pour l’écriture, plusieurs ajustements simples peuvent beaucoup aider :
- ne jamais imposer la main droite si l’enfant utilise naturellement la gauche ;
- placer l’enfant gaucher à gauche d’un droitier pour éviter les coups de coude ;
- décaler légèrement le cahier vers la gauche ;
- incliner la feuille pour garder la main dans l’axe de l’avant-bras ;
- choisir un stylo qui sèche vite, afin d’éviter les traces d’encre ;
- préférer des ciseaux adaptés aux gauchers si le découpage devient difficile ;
- éviter la posture du poignet « cassé » au-dessus de la ligne d’écriture.
Ces conseils semblent modestes. Pourtant, ils peuvent réduire la fatigue, améliorer le confort et éviter des crispations inutiles.
Petit test maison pour observer la latéralité
Sans transformer cela en examen, vous pouvez observer l’enfant dans plusieurs situations. Quelle main utilise-t-il pour se brosser les dents, lancer une balle, dessiner ou ouvrir un pot ?
Il est possible qu’il utilise une main pour écrire et l’autre pour certaines tâches. C’est fréquent, et cela ne pose généralement aucun problème.
En cas de douleur, de grande lenteur ou de difficulté persistante à écrire, mieux vaut demander conseil. Un enseignant, un ergothérapeute ou un psychomotricien pourra aider à ajuster la posture et le matériel.
Objets du quotidien : faut-il tout acheter en version gaucher ?
Pas forcément. Dans une logique plus sobre, mieux vaut éviter les achats systématiques. Certains objets sont vraiment utiles en version gaucher, comme les ciseaux ou certains ouvre-boîtes.
D’autres peuvent être simplement réglés autrement. C’est le cas de la souris d’ordinateur, de certaines montres connectées ou de l’organisation du bureau.
Avant d’acheter, posez-vous trois questions :
- l’objet actuel provoque-t-il une gêne réelle ?
- existe-t-il une solution réglable ou réversible ?
- peut-on trouver l’objet adapté en seconde main ?
Cette approche évite de surconsommer, tout en respectant le confort de l’enfant ou de l’adulte gaucher.
La Journée internationale des gauchers, un rappel utile
Chaque 13 août, la Journée internationale des gauchers rappelle une réalité simple. Une personne sur dix environ vit dans un monde conçu pour l’autre main.
Cette journée permet aussi de questionner nos automatismes. Un outil, un bureau, une salle de classe ou une cuisine peuvent être plus inclusifs sans grand effort.
Finalement, les gauchers ne sont ni une énigme à corriger, ni une curiosité à idéaliser. Ils rappellent surtout que la norme majoritaire n’est pas toujours la plus pratique pour tout le monde.
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