Perspectives de l’énergie pour le prochain président de la République

Quels dossiers attendent le prochain Président de la République français en matière d’énergie ? Et que proposent les différents candidats ? Tour d’horizon des programmes et discussion avec Julien Chardon, fondateur d’Ilek, fournisseur d’électricité renouvelable locale.

Rédigé par Stephen Boucher, le 21 Feb 2017, à 14 h 20 min

L’énergie est, plus que jamais, un enjeu économique, social et environnemental décisif pour l’avenir de notre pays. Les propositions des différents candidats sont donc essentielles. Or, « aujourd’hui le sujet énergie est largement mis de côté dans la campagne », estime Julien Chardon, président fondateur d’Ilek et initiateur du mouvement Ferme ta Centrale. Nous passons en revue les propositions connues sur les principaux thèmes de campagne en matière d’énergie.

L’avenir du nucléaire en France avec le prochain président de la République

Yannick Jadot (EELV) – souhaite adopter une loi de sortie progressive et définitive du nucléaire d’ici 2035, et arrêter les premiers réacteurs dès 2017.

Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) – ambitionne de sortir du nucléaire, de fermer dans un premier temps Fessenheim, et d’abandonner l’EPR, le projet de Hinckley Point, et le projet d’enfouissement à Bure.

Benoît Hamon (Parti Socialiste) – est favorable à une sortie progressive du nucléaire pour privilégier la transition vers les énergies vertes et renouvelables. À l’instar des solutions portées par NegaWatt, Benoît Hamon souhaite la fermeture des centrales nucléaires les plus à risque et arrivant en fin de vie. Faire évoluer le mix énergétique et diminuer la part du nucléaire à 50 %.

Emmanuel Macron (En Marche !) – estime que le nucléaire reste central pour la production d’électricité mais veut favoriser la complémentarité avec les énergies renouvelables dans la lignée de la loi de transition énergétique adoptée par le gouvernement sortant ; il confirme la fermeture de Fessenheim.

François Fillon (Les Républicains) – s’engage à revenir sur la fermeture de la centrale, décidée par François Hollande, et à prolonger la durée d’exploitation des centrales de 40 à 60 années (sous réserve de l’accord de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, au cas par cas) ; il souhaite renforcer les études sur les réacteurs de 4e génération ; il propose aussi de développer une gamme de petits et moyens réacteurs nucléaires.

Marine Le Pen (Front National) – veut la modernisation et sécurisation de la filière nucléaire française, le maintien du contrôle de l’État sur EDF, et refuse la fermeture de la centrale de Fessenheim.

président de la république, retrait centrales nucléaires

La promotion des énergies renouvelables

Yannick Jadot – veut le respect des objectifs en matière d’ENR pour 2020 (23 % du mix énergétique) et rehaussés à 40 % pour 2030 ; souhaite « un projet de production d’énergies renouvelables par quartier ou commune rurale » ; souhaite que 25 % des parts sociales des projets d’énergies renouvelables soient proposées aux citoyens locaux.

Jean-Luc Mélenchon – Souhaite le développement des énergies renouvelables, notamment marines, pour atteindre 100 % de l’énergie consommée en 2050, ainsi qu’un plan de développement d’énergies renouvelables permettant de soutenir les industriels français grâce à la commande publique.

Benoit Hamon – vise un objectif de 50 % des énergies renouvelables dès 2025 ; propose une aide pour permettre aux citoyens de s’équiper en matériel de production d’énergie renouvelable domestique ; propose un plan d’investissement européen de 1.000 milliards d’euros centrés sur la transition énergétique.

Emmanuel Macron – vise 32 % de part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique d’ici 2030 (40 % pour l’électricité). Veut une procédure simplifiée pour le développement des énergies renouvelables sur le terrain.

François Fillonautoriser l’autoconsommation de l’énergie produite de manière autonome.

Marine Le Pen – veut le développement des filières françaises du bois, du solaire, du biogaz et de l’hydrogène et un moratoire sur l’éolien.

Fermetacentrale est un mouvement qui veut interpeller la classe politique et les candidats à l’élection présidentielle pour revendiquer l’indépendance et l’autonomie énergétique sur l’ensemble du territoire français. Ferme ta centrale, c’est :

  • 8 propositions portées dans un manifeste et sur fermetacentrale.org pour 8 actions rapides à mettre en place dès l’arrivée du prochain Président de la République.
  • 8 pétitions dans les 8 régions de France qui sont concernées directement par la fermeture des centrales nucléaires sur fermetacentrale.org

Pour participer à la pétition, cliquer sur la bannière ci-dessous.

président de la république, ferme ta centrale

La sortie des énergies fossiles

À part le Front National, les principaux candidats s’accordent sur la nécessité de fixer un vrai prix au CO2 en France et au niveau européen.

Jean-Luc Mélenchon – veut la sortie du diesel et introduire une contribution carbone sur le transport de marchandises.

Benoit Hamon – opposé à l’exploitation des gaz de schiste ; également en faveur d’une taxe carbone aux frontières.

Emmanuel Macron – interdire l’exploitation mais ne pas interdire la recherche en matière de gaz de schiste.

François Fillon – favorable à une évaluation des ressources, estimant qu’il serait « criminel d’interdire les recherches sur les gaz de schiste » ; fixer un objectif de 0 % d’électricité d’origine fossile dès que possible après avoir arrêté toutes les centrales à charbon ; fixer le prix du CO2 à 30 euros la tonne.

Marine Le Pen – interdiction de l’exploitation des gaz de schiste ; priorité budgétaire à l’isolation des bâtiments.

Mise en oeuvre de l’accord de Paris sur le climat

Yannick Jadot – objectif de réduction des gaz à effet de serre portés à 30 % pour 2020 et au moins 50 % pour 2030 par rapport à 1990.

Jean-Luc Mélenchon – son site de campagne affirme : « Le changement climatique a commencé. Il ne faut plus céder aux lobbys productivistes pour changer notre façon de produire et de consommer. »

Benoît Hamon – son programme ne le mentionne pas explicitement, mais propose quelques mesures incitatives pour mettre en place « un grand plan d’investissements pour la rénovation énergétique des bâtiments » et pour « atteindre 50 % d’énergies renouvelables en 2025 ».

Emmanuel Macron – aborde la question dans son livre, Révolution  : « Si rien n’était fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, la température moyenne du globe pourrait donc s’accroître de plus de quatre degrés d’ici 2100 (…). Les conséquences environnementales seraient terribles. Les conséquences sociales ne le seraient pas moins, puisque le nombre de réfugiés climatiques pourrait atteindre plusieurs centaines de millions, avec des conséquences (…) sur la paix dans le monde. »

François Fillon, Marine Le Penpas de proposition répertoriée.

président de la république, centrale électrique

La sortie du diesel

Yannick Jadot – souhaite la sortie rapide du diesel.

Jean-Luc Mélenchon – est aussi  favorable à la fin du diesel.

Benoit Hamon – s’engage à promouvoir la sortie du diesel d’ici 2025 (fin de l’avantage fiscal accordé au diesel) et à accroître les financements de la recherche en matière d’autonomie des batteries pour véhicules électriques.

Emmanuel Macron – convergence des fiscalités sur le diesel et l’essence en 5 ans ; création d’un bonus de 1.000 euros pour les ménages achetant des véhicules non diesel, neufs ou d’occasion ; mais il affirme qu’il ne faut pas « faire la chasse au diesel ».

François Fillon et Marine Le Pen – pas de proposition connue.

Selon Julien Chardon, les priorités du prochain quinquennat doivent être la sortie du nucléaire et le développement des renouvelables : « le précédent quinquennat a été marqué par l’engagement de la baisse du niveau du nucléaire à 2025, objectif qui a été retranscrit à l’inverse dans la loi, avec une puissance maximum prévue au niveau du parc actuel (63,5GW), interprété par EDF comme un palier qu’il faudrait atteindre. Ceci ne requiert d’EDF que de fermer Fessenheim au moment de la mise en service de l’EPR », analyse l’entrepreneur, « donc l’engagement prioritaire doit être de prendre de réels engagements en matière nucléaire », demande-t-il.

Deuxième priorité selon l’initiateur de la campagne Ferme ta Centrale, et thématique qui n’est abordée par aucun des actuels candidats : faire en sorte que le budget dégagé par le non-investissement dans les centrales nucléaires soit réorienté en faveur des investissements dans la production d’électricité renouvelable, incitée par une meilleure tarification. « On défend, explique-t-il, une tarification d’utilisation du réseau électrique qui ne soit pas uniquement sur un péage. Aujourd’hui on paie pour l’utilisation comme pour un particulier paie pour un timbre poste : qu’on envoie une lettre à son voisin ou à l’aube bout de la France, on paie le même prix. C’est la même chose pour les producteurs d’électricité. Nous on souhaite de permettre de ne pas payer l’intégralité du réseau, mais proportionnellement à ce qu’on va utiliser. L’ancien système convenait quand on avait un système centralisé, mais avec l’augmentation des sources d’électricité renouvelable décentralisée, la production et l’utilisation sont locales. On sort du système de péréquation paritaire, le prix ne serait pas le même pour tous. Mais au global on ferait des économies sur le système dans son ensemble. »

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Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

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