Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons les Osmies

Si les abeilles domestiques sont de bonnes pollinisatrices du fait des colonies de 40 à 60.000 individus qu’elles forment, il s’avère en réalité que les abeilles sauvages sont bien plus efficaces… On estime d’ailleurs qu’elles assurent la pollinisation de 75% des cultures en Europe ! Et dans cette grande famille de pollinisateurs, il y a l’osmie dont on gagnerait tous à mieux comprendre le fonctionnement…

Rédigé par Julien Hoffmann, le 11 Dec 2020, à 19 h 00 min
Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons les Osmies
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Les abeilles solitaires ont un rôle incroyable dans nos écosystèmes et sont bien plus présentes qu’on ne peut l’imaginer autant en nombre d’espèces qu’en quantité. Ces « abeilles solitaires » sont ainsi constituées de sept grandes familles qui méritent largement d’être citées ici : Apidés, Collétidés, Halictides, , Mélittides, Anthophorides, Andrénides et Mégachiles.
C’est dans cette dernière famille, les mégachiles, que l’on trouve les osmies, très courantes dans nos jardins !

Généralités sur les osmies

Dans la famille biodiversité ordinaire, les osmies sont donc, pour résumer, des abeilles solitaires avec des comportements divers et variés notamment pour ce qui concerne leurs lieux de nidification. Certaines vont appréciés des tubes creux, d’autres vont adorer un peu de terre, certaines des cavités en torchis, d’autres encore (plus rares) les coquilles d’escargots.

osmies

Les osmies bicolores n’utilisent que des coquilles d’escargots © Bildagentur Zoonar GmbH

Mais toutes ont le même mode de fonctionnement à savoir celui de déposer, une fois un lieu adéquat trouvé, un oeuf à laquelle elles vont amener de la nourriture sous forme de pollen et de nectar.

Une fois le premier oeuf pondu, elles vont « l’enfermer » avec un bon stock de nourriture, en créant une cloison pour le protéger et lui laisser le temps de se développer ou passer l’hiver. Devant cette cloison, l’osmie va alors déposer un nouvel oeuf et recommencer l’opération jusqu’à une dizaine de fois en fonction de la qualité du lieu, qu’elle a trouvé pour effectuer l’opération.

Ce qui est assez incroyable c’est que ce n’est pas le premier oeuf déposé qui va voir sa larve se réveiller en premier… Ben non, sinon elle serait bloquée par toutes les autres. Logique, mais fascinant de voir de tels mécanismes non ?

Cellules d’osmies remplies de pollen © lcrms

Lire aussi : Un expert des pollinisateurs nous parle des ‘derniers de cordée’

Particularités des osmies

Étant donné le fonctionnement même de ces osmies, il est difficile de ne ressortir qu’une seule particularité. Nous allons donc jouer la carte de l’anthropomorphisme et aborder le seul angle de la pollinisation.

Les osmies sont parmi les pollinisateurs qui s’activent le plus tôt dans l’année… à savoir parfois aussi tôt que début mars. Cela les place en pivot de la pollinisation ce qui est déjà une particularité de taille.

Mais là où l’on peut réellement tirer notre chapeau aux osmies de tous bords, c’est qu’elles sont efficaces… rudement efficaces même. On estime ainsi qu’une osmie est 120 fois plus efficace qu’une ouvrière d’abeille domestique !

Comment cela se fait-il ? Les abeilles domestiques ont été sélectionnées, re-sélectionnées et encore sélectionnées de telle manière qu’elles sont très efficaces pour récolter le pollen et surtout ne pas le perdre (« produisez que diable ! »). Cela fait autant de pollen en moins pour la reproduction des plantes

Statut de protection des osmies

Il en existe plus d’une trentaine d’espèces rien qu’en France et chacune a ses propres problématiques et donc ses propres dynamiques de population.
Les statuts de protection sont donc divers et variés allant du plus grave au moins inquiétant selon l’UICN (Union Internationale de la Conservation de la Nature).

Les menaces qui planent sur les osmies

La disparition de leurs milieux

Chaque espèce d’osmie a ses petites spécificités et du même coup ses besoins. Les milieux et leur diversité en particulier sont alors pourvoyeurs autant de lieux de repos, d’alimentation et de nidification.

Les parcelles agricoles trop grandes et dépourvues d’éléments de paysage (arbres, haies, talus, mares, etc.) ou les zones artificialisées sont autant de désert biologique aux yeux des osmies.

Les produits chimiques

Il est presque inutile de parler de l’impact des produits chimiques sur les osmies qui y sont particulièrement sensible… la chose est à présent bien connue. Mais si c’est là un problème de notoriété publique, on voit bien avec la marche arrière sur les néonicotinoïdes (produit phytosanitaire néfaste aux abeilles et remis sur le marché) que la prise en compte du problème va encore prendre du temps.

Osmies – Bon à savoir

Ces insectes ne piquent pas ou alors de manière rarissime. En effet, une osmie possède effectivement un dard mais elle ne l’utilise jamais.
Pourquoi ? Car pour une abeille solitaire, utiliser son dard revient à mourir… Avec sa mort, son patrimoine biologique et génétique disparait, ce qui va à l’encontre même de la recherche perpétuelle de reproduction.
De nombreux entomologistes considèrent cet organe piqueur comme vestigial : un héritage de l’évolution qui ne leur sert plus à rien et est voué à disparaitre.

La concurrence avec les abeilles domestiques

Pensant souvent bien faire, de nombreuses structures et villes installent des ruches pour abeilles domestiques sans forcément penser à la concurrence alimentaire qu’ils installent avec les abeilles sauvages comme les osmies.

De plus une abeille domestique parcourt jusqu’à 3 km là où les pollinisateurs sauvages ne parcourent qu’environ 300 mètres.

Espèces invasives

Plusieurs espèces invasives telle que la renouée du Japon remplacent les espèces indigènes et du même coup rendent la nourriture et les refuges moins disponibles voir inexistants pour les osmies.

Réchauffement climatique

Les osmies sont très sensibles aux températures même si, dans la catégorie abeilles sauvages, elles sont comparativement très résistantes. Les grandes variations de climat induites par le réchauffement climatique peuvent être fatales avec des gels tardifs, des sécheresses exceptionnelles, etc.

Comment aider les osmies ?

Tout le monde peut aider les osmies… C’est d’autant plus important de les aider qu’en essayant des les aider, vous allez probablement aider aussi d’autres espèces d’abeilles solitaires. Pour ce faire vous pouvez bien sûr fabriquer ou acheter un hôtel à insectes muni de tubes creux (ronce, sureau noir, bambou, jonc, etc.) car chaque dispositif a du sens que ce soit chez vous ou dans l’espace public.

Mais il est aussi essentiel de leur fournir à manger et pour cela d’avoir des fleurs… Des fleurs mellifères partout et surtout tout au long de l’année !

Les osmies ont besoin de manger ! © thatmacroguy

Enfin, et la chose est tout aussi importante, n’hésitez pas à vous tenir informé des pratiques et des projets qui peuvent impacter les osmies près de chez vous. Car c’est sur tout le territoire qu’il faut désormais se battre pour leur assurer une place… À long terme.

Illustration bannière : Osmie cornue (Osmia cornuta) en train de garder son lieu de nidification © FCerez
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