Le naturisme… c’est tout naturel ?

Tout nus et tout bronzés, le refrain redevient furieusement à la mode ! Sur les plages mais aussi en ville, au resto et même au musée, la « new nudité » s’affiche : pour des vacances nature tendance, cet été, il va falloir… tomber non seulement la chemise mais aussi le bas ! Le naturisme est de retour !

Rédigé par Brigitte Valotto, le 10 Jun 2018, à 18 h 30 min

« L’une des premières questions que mon conjoint m’a posée quand on s’est rencontrés, c’est si je me sentais capable de faire du naturisme ! C’était très important pour lui, il considère cela comme une philosophie, une façon de vivre… et pas seulement pour les vacances. Il vient ici depuis tout petit », explique Élodie, 27 ans, qui sort du cours de sport proposé chaque matin, dans le camp naturiste d’Arnaoutchot, à Vielle Saint-Girons – Arna, pour les intimes. Ici, en plein coeur des Landes, à deux pas d’une magnifique plage, on se baigne nu, on bronze nu, on bouillonne nu dans de petits jacuzzis sous les pins, dans l’enceinte du magnifique spa flambant neuf.

La fréquentation du camping a bondi de 32 % en 2018… dont 40 % , comme Élodie, ont moins de 40 ans, et apprécient les prestations haut-de-gamme du lieu. On est assez loin des hippies de la première heure, naturistes militants purs et durs des années 70, refusant la société de consommation et campant sur le sable dans une tente rudimentaire !

Le camp d’Arnaoutchot © Philippe Laplace

Ne chassez pas le naturel… Le naturisme revient au galop !

Bien loin aussi des ambiances un peu glauques à la Houllebecq : Montalivet ou le Cap d’Agde peuvent aller se rhabiller, ils ne sont plus les seuls hauts-lieux du naturisme en France. Longtemps ringardisé, le naturisme revient au galop, dans la mouvance « écolo bobo » plus que « sex and sun ». « Le Cap d’Agde, ça a donné pendant longtemps une image très dévoyée du naturisme, reconnaît Jean-Philippe Pavie, directeur du camping d’Arna et observateur de la tendance depuis 1982. Du coup, il nous a manqué une génération, entre les soixante-huitards et les trentenaires d’aujourd’hui. Mais le renouveau est là ».

La Fédération Française du Naturisme (FFN) confirme, avec un pic de 18 % d’adhérents spontanés supplémentaires enregistré en 2016. Le nu se porte bien... mais on ne prend plus le dénuement au sens intégral : désormais, la vie au plus près de la nature s’adoucit de ces petites compensations bien agréables qu’apporte la civilisation : grandes piscines, spa mais aussi restaurants, toilettes et douches dans les bungalows et cottages de bois…

À Arna, il y a même trois maisons au sommet des pins, pourvues de tout le confort. Le soir, au restaurant, beaucoup de clients viennent vêtus, un effort d’élégance apprécié par le personnel (vêtu, lui aussi). Et dans les salles de sport et de musculation, on demande aux naturistes, par souci d’hygiène, de bien vouloir… se rhabiller ! Cela fait râler les plus anciens adhérents, qui résistent parfois vigoureusement à ce qu’ils considèrent comme une restriction insupportable… Mais cela arrange bien Élodie, 27 ans, qui ne se voit pas faire du yoga dans le plus simple appareil et manie habilement le paréo lorsqu’elle se sent gênée par les regards des autres, ce qui lui arrive encore. « Cela ne fait que sept ans que j’en fais, et ce qui me plaît, c’est de vivre en harmonie avec la nature… J’ai été élevée sans tabous et je suis aide-soignante, cela m’a aidée à m’y mettre… mais j’ai encore du mal à être nue partout et tout le temps ! »

Le naturisme sort du camp

Comme Élodie, beaucoup de trentenaires qui redécouvrent actuellement cette pratique (née il y a déjà plus d’un siècle, en Allemagne) l’abordent de manière plus « soft » que leurs aînés, sans militantisme ni jusqu’au boutisme.

Certains s’y essaient même en ville, de manière occasionnelle et ludique, faisant sortir le naturisme de ses « camps » traditionnels : ainsi, le 5 mai dernier, le musée du palais de Tokyo à Paris a fait salle comble lors de la visite naturiste gratuite de son expo « Discorde, fille de la nuit », une première pour une institution culturelle française. Les 161 places ont trouvé preneur en l’espace d’une matinée, en majorité des 18-34 ans… et plus de 25.000 personnes se sont intéressées à l’évènement sur Facebook, à la surprise même de l’Association des naturistes de Paris (ANP), qui organisait l’événement.

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Dans une piscine à Arnaoutchot © celinehamelin

Très active dans la capitale, l’ANP a aussi obtenu de la mairie de Paris l’autorisation d’ouvrir, pour le deuxième été consécutif, une zone naturiste dans le bois de Vincennes : l’été dernier, un pique-nique géant y a rassemblé près de 400 personnes sur une seule journée.

Les Parisiens ont également pu, récemment, assister au « premier spectacle humoristique nu », un stand-up assuré par le comédien Fred Brulé – habituellement, habillé – ou aller danser dans le plus simple appareil dans une discothèque éphémère. Depuis un an, ils ont même le loisir de dîner nus (après déshabillage au vestiaire !) au restaurant Ô Naturel, qui ne désemplit pas…

Marotte de bobos parisiens ? Pas que : le yoga nu sur les plages, la rando nue en forêt, font des adeptes un peu partout… et on peut voir désormais dans certaines piscines municipales des créneaux horaires durant lesquels… seul le bonnet de bain est obligatoire !

Les oripeaux du « new nu« 

France4 Naturisme, l’association co-fondée il y a trente ans par Jean-Philippe Pavie, a mené une vaste enquête de deux ans sur les origines et motivations de ces nouveaux arrivants(1) : non seulement ils sont plus jeunes, mais souvent en couple (63 %) ou en famille avec de jeunes enfants (23 %), et leur niveau de vie est généralement aisé : 33 % sont des cadres ou chefs d’entreprise, 19 % sont des foyers gagnant plus de 5.000 euros par mois.

L’association, qui regroupait quatre campings à ses débuts, est devenue leader de l’offre naturiste en France avec six destinations haut-de-gamme, dont Arna : le naturisme « nouvelle vague » s’embourgeoiserait-il ? Il est en tout cas vécu différemment. Sur le mode zen et confort, écolo et collaboratif : un nouveau site de locations de vacances sur le modèle Airbnb, NaturistBnB, propose même, depuis peu, des hébergements « où l’habillement est optionnel »… et pas seulement dans les stations balnéaires !

« Avant, on devenait naturiste pour bronzer intégral sur la plage, aujourd’hui, c’est une démarche plus intellectuelle », estime Jean-Philippe Pavie. D’ailleurs, le soleil tant recherché dans les années 80 fait désormais peur, avoir le corps très bronzé n’est plus une obsession esthétique : on voit de moins en moins de monokinis sur les plages « textiles » (à peine 22 % des femmes ont montré leurs seins à la plage en 2017, contre 28 % en 2009 et 43 % en 1984(2)).

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Le naturisme en famille © SerignanPlage

Les naturistes ne viennent donc plus pour se libérer des marques du maillot… mais du stress et des normes contraignantes que leur impose la société actuelle. « C’est l’une des motivations qui est le plus souvent citée dans notre enquête. Quand nos adhérents arrivent ici et se dénudent, ils se sentent enfin eux-même, sans avoir l’impression d’être observés ou jugés. Ils veulent aussi prendre soin de leur corps, manger sain ». À l’épicerie du camping, les rayons bios et vegans en pleine expansion en témoignent, et Barbara organise avec succès des activités jardinage en permaculture dans le potager bio qu’elle a créé.

« On a beaucoup de jeunes parents qui espèrent donner d’autres valeurs à leurs enfants. Ils viennent chercher quelque chose ». Dans les allées d’Arnaoutchot, beaucoup affirment l’avoir trouvé.

Nus, tous les corps sont égaux…

« Si on vous dit qu’on est aussi bouddhistes… on aura tout dit », résume un couple de quadras venus de l’Isère. « Je venais déjà ici quand j’étais enfant, et j’avais envie que les miens grandissent dans ces valeurs, pas seulement le nez sur un écran, dans un monde obsédé par les marques et la consommation », explique Maya, maman divorcée et quinquagénaire.

« Ici, on vit au plus près des éléments, on se fond avec eux, on ressent plus de tolérance. Qu’ils soient obèses, maigres, handicapés, tous les corps se valent dans la nudité ; on ne les observe pas, on ne les juge pas. On voit souvent des personnes en fauteuil roulant ou avec de lourds handicaps, qui viennent chaque année, en habitués. Pour leur avoir parlé, je peux vous dire qu’ils ne se sentent jamais aussi bien qu’ici, où ils ne sont pas montrés du doigt ».

Quid des enfants de naturistes ?

Et même si ses enfants, comme beaucoup, ont soudain refusé de se dévêtir à l’adolescence, ils commencent à revenir aujourd’hui qu’ils sont en couple.

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© celinehamelin

« Quand j’étais petite, tout le monde était nu tout le temps au camping, ados compris, remarque-t-elle. Aujourd’hui, il est vrai que c’est plus difficile pour eux, d’autant que les médias leur inculquent des normes esthétiques contraignantes… Ils ont la hantise de ne pas y correspondre. Et ils craignent plus que tout de se trouver exposé nus sur Instagram… C’est une énorme peur de tous les jeunes, ici, des ados aux trentenaires, ils connaissent les risques des réseaux sociaux… et n’ont pas envie que des photos d’eux tout nus circulent dans leur lycée ou à leur bureau ! »

Les smartphones sont donc très mal vus, on n’a pas le droit de photographier et on respecte la pudeur des plus jeunes. « Lorsque des ados se baladent en maillot, certains ‘anciens’ les poursuivent en râlant… Mais en général, on les laisse tranquilles », confie Barbara Pavie.

Paradoxalement, c’est aussi cette crainte de l’image, dans ce monde globalisé et normatif où la liberté se heurte aux limites du « qu’en dira-t-on » sur internet, qui ravive l’intérêt pour le naturisme. « C’est un espace de tolérance que les jeunes d’aujourd’hui ne trouvent plus ailleurs. Se sentir libre, c’est l’une des motivations qui ressort le plus souvent dans notre enquête, comme la communion avec la nature », résume Jean-Philippe Pavie.

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© celinehamelin

En recherche de liberté et de naturel, prudente mais pas pudibonde, sans tabous mais pas sans complexes… ainsi se dévoile une nouvelle génération naturiste.

Illustration bannière : Le naturisme en famille – © celinehamelin
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Journaliste free-lance, Brigitte Valotto est notamment une collaboratrice régulière des pages enfants, société, pratique, tourisme et actu de...

4 commentaires Donnez votre avis
  1. article très intéressant

  2. Bonjour, j’ai répondu dans la rubrique « contact » avant de voir cet espace « commentaires ».

    Votre article est intelligent, dégagé des vieux tabous absurdes sur le corps, rédigé dans un style agréable, mais il comporte des erreurs.

    *Il n’existe pas de « camp » naturiste (ni barbelés, ni chambres à gaz !) mais des villages de vacances naturistes, des clubs naturistes.

    *Ne pas mélanger Montalivet et Cap d’Agde. Cap d’Agde n’est plus naturiste depuis plus de trente ans, avec l’invasion massive d’exhibitionnistes sexuels qui se prétendent abusivement « naturistes ».
    Cap d’Agde c’est exactement le contraire du naturisme.

    *Le naturisme n’a aucun rapport avec les mouvements hippie, soixante-huitards et autres. Il est né au XIXe siècle en France avec le philosophe Elisée RECLUS (et non au XXe siècle en Allemagne comme cela se raconte souvent). Quant aux « bobos », il y en a quelques-uns parmi les naturistes, mais il y a surtout des gens de divers milieux différents.

    Cordialement,
    LAURENT.

    • Je réponds à Laurent sur son affirmation que « le Cap d’Agde n’est plus naturiste depuis plus de trente ans »
      C’est sa vision des choses qui se veut « bien pensante ». La réalité, c’est que les gens qui fréquentent le Cap d’Agde se réclament haut et fort d’un naturisme « vrai » en mettant en avant le nombre croissant d’années en années d’adeptes, de pratiquants et autres ! Alors, qui croire ?

    • à LUMBER :
      S’il s’agit de la partie du Cap où se pratique le libertinage alors en effet, rien à voir avec le naturisme et sa définition internationale.
      Qu’il y ait d’année en année de plus en plus de libertins et échangistes est certain, la même progression existe également pour le naturisme familial, et il progresse d’ailleurs bien plus vite.
      Le soucis venant de cette confusion créée par les libertins qui se revendiquent comme naturistes sans respecter la charte de ce mouvement !

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