Et le lac le plus menacé en 2017 est… le lac Tanganyika

Représentant près de 20% de l’eau douce disponible sur la terre, le lac Tanganyika est une source de vie pour des millions de personnes mais revêt aussi une importance au niveau planétaire. Pourtant, il est en danger et vient d’être désigné ‘Lac le plus menacé de l’année 2017’.

Rédigé par Séverine Bascot, le 12 Feb 2017, à 17 h 45 min

Situé dans le rift Est-Africain et comptant comme l’un des Grands Lacs d’Afrique, le lac Tanganyika, dont la formation remonte au Miocène (environ 20 millions d’années) est remarquable en de nombreux points : c’est le deuxième plus grand lac d’eau douce après le lac Baïkal en Russie, et ses 673 km en font le plus long du monde. Il se classe également au deuxième rang de lac le plus profond du monde avec de 1.470 m, contenant près d’un sixième de l’eau douce du monde non gelée, ce qui représente presque 17 % de l’eau douce disponible sur notre planète. Et, cerise sur la gâteau, il est très poissoneux !

lac tanganyika

L’image d’Épinal © YolLusZam1802 Shutterstock

Pourtant le Global Nature Fund (GNF) l’a nommé « Lac le plus menacé de l’année », lors de la journée mondiale des zones humides, début février 2017(1).

Sédimentation, pollution et surexploitation : quel avenir pour le lac Tanganyika ?

Important réservoir de biodiversité où 40 % des 1.500 espèces de plantes et d’animaux sont endémiques, connu pour la limpidité exceptionnelle de ses eaux permettant une visibilité atteignant les 25 m, le lac doit à présent faire face à de nombreux défis. Tour d’horizon des menaces pesant sur le lac Tanganyika….

La surexploitation des ressources biologiques

L’expansion rapide de la population humaine dans les pays riverains du lac (Burundi, République Démocratique du Congo, Tanzanie et Zambie) provoque un besoin accru de logements et de nourriture. Les habitats naturels autour du lac sont peu à peu détruits par l’extension des terres agricoles ainsi que par les nouvelles constructions.

L’intensification de l’agriculture couplée à des techniques de culture inadaptées provoquent la dégradation et l’érosion des sols. Les eaux de ruissellement des zones montagneuses transportent de grosses quantités de terre jusqu’au lac.

lac Tanganyika

Les sédiments de la rivière Rusizi se déversent dans le lac Tanganyika © Global Nature Fund (GNF)

Une situation qui a conduit ces dernières années à la dégradation des terres, à l’épuisement et l’érosion des sols avec pour conséquence, une diminution de la production agricole.

La pollution

Essentiellement causée par l’érosion et les charges excessives de sédiments comme nous l’avons vu plus haut, mais aussi par les polluants industriels et urbains. Les déchets domestiques en provenance des villes et villages sont directement déversés dans le lac sans aucun traitement.

Le transport  de passagers et de marchandises sur le lac ainsi que les embarcations des pêcheurs qui utilisent le fuel ajoutent en plus à cette pollution déjà massive.

Les activités humaines

Le développement humain (constructions, agriculture, etc.) dans la zone littorale du lac détruit également les zones tampons qui servent souvent de zones de fraie pour les poissons, et sont précieuses pour la biodiversité en général.

Lac Tanganyika

Amas de déchets solides à Burumbura au Burundi © Global Nature Fund (GNF)

La pêche intensive

Sur dix millions de personnes vivant dans le bassin du lac Tanganyika, plus d’un million dépendent directement des ressources halieutiques du lac.

La pêche au lac Tanganyika reste principalement artisanale. Le poisson est commercialisé frais ou fumé dans les villes et centres urbains des pays riverains. Pour le moment, il n’y a pas de la pêche industrielle qui exporte le poisson du lac Tanganyika en Europe ou en Asie.
Emmanuel Nshimirimana, de l'Association Burundaise Biraturaba

 

Mais avec l’augmentation de la population et la diminution significative de la production agricole, la pêche devient une alternative pour gagner sa vie, ce qui entraine surpêche et réduction dramatique des stocks de poissons dans le lac. Cette dernière est aussi due à l’usage des méthodes de pêche inappropriées, comme l’usage de moustiquaires en guise de filets.

Entre 1995 et 2011, au moment où le nombre de pêcheurs a quadruplé, la production de poisson a diminuée de 25 % au Burundi. Dans la même période, les captures par pêcheur et par an ont diminué de 81 %.

Les poissons pêchés dans le lac Tanganyika sont dominés par six espèces endémiques, et se retrouvent tous sur la liste rouge de l’IUCN : menacés par la surpêche et la pollution des zones littorales et pélagiques.

Les problèmes des populations vivant sur les rives du lac Tanganyika

Le Lac Tanganyika, avec ses 18.800 km3, est également une importante source d’eau potable, pourtant certaines villes et villages ont souvent des difficultés d’accès à l’eau. Ainsi actuellement, les populations consomment l’eau du lac ou de ses affluents sans aucun traitement préalable : une consommation d’eau polluée périodiquement à l’origine de maladies hydriques comme le choléra.

En général, les communautés du lac sont conscientes des problèmes du Tanganyika. Elles ont bien-sûr constaté la diminution graduelle des quantités de poissons, savent que l’eau du lac est de plus en plus polluée, etc. Par contre, elles ne comprennent pas les causes de tous ces problèmes et n’ont aucune idée de ce qu’il faut faire pour les empêcher.

Lac Tanganyika

L’accès à l’eau potable reste pourtant un problème

D’autre part, ces populations ne sont pas organisées pour défendre leurs intérêts communs, face aux pollueurs principaux.

Comment protéger le lac Tanganyika ?

Quatre pays, qui sont le Burundi, la RDC, la Tanzanie et la Zambie, se partagent les eaux du lac, ce qui représente une contrainte pour une gestion durable des ressources : un appui coordonné est en effet essentiel pour améliorer la situation de l’écosystème et les conditions de vie des communautés riveraines.

Afin d’harmoniser les lois et règlements au niveau local, les quatre pays riverains ont établi un cadre de coopération, l’Autorité du Lac Tanganyika. Une première étape positive, mais il est important de se rappeler qu’ils font partie des pays les plus pauvres du monde, et ne sont pas capables de redresser la situation tout seuls.

Ensemble avec Biraturaba, organisation partenaire local de « Living Lakes », le GNF lance un appel à des mesures durables pour préserver le lac Tanganyika afin de :

  • créer des aires protégées pour des sites à haute sensibilité à la biodiversité, incluant des zones de fraie, etc. ;
  • développer une gestion globale des déchets solides et des eaux usées dans les villes autour du lac ;
  • mettre en oeuvre des projets d’approvisionnement en eau potable et éduquer le public en matière d’hygiène ;
  • sensibiliser et aider la population à adopter des techniques agricoles appropriées pour lutter contre l’érosion (par exemple le terrassement, le reboisement des terres en fortes pentes, etc.) ;
  • réduire la pression de pêche par le suivi des techniques et  de matériels de pêche. Et parallèlement, soutenir les populations riveraines à développer des activités génératrices de revenus alternatives à la pêche.

Ainsi, les gouvernements des pays respectifs par le biais de leurs institutions publiques en charge de l’eau, de l’environnement et de l’assainissement doivent oeuvrer main dans la main avec les ONG actives sur le terrain, afin de redoubler d’initiatives pour sa sauvegarde. Espérons que cette triste nomination de « Lac le plus menacé en 2017 » permettra une plus grande visibilité du problème auprès des communautés locales comme de la communauté internationale.

Illustration bannière : Bateaux de pêche sur le lac Tanganyika © Global Nature Fund (GNF)
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Voyageuse insatiable, j'ai parcouru le monde autant pour des raisons personnelles que professionnelles : rien de mieux pour prendre la mesure de l'état de la...

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