À quoi ressemblerait la France si negaWatt était écoutée ?

Rédigé par Camille Peschet, le 28 Aug 2015, à 14 h 43 min

La loi de transition énergétique pour la croissance verte a été promulguée en ce mois d’août 2015 avec l’objectif de « contribuer plus efficacement à la lutte contre le dérèglement climatique » et de renforcer l’indépendance énergétique de la France en s’appuyant tout particulièrement sur les économies d’énergies et le développement des énergies renouvelables. Fruit de plusieurs mois d’auditions, de différents passages à l’Assemblée Nationale et au Sénat, elle doit permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre dues à la consommation énergétique. Si cette loi affiche des objectifs forts, tout particulièrement dans le bâtiment avec 500.000 logements rénover par an, le recyclage de 55 % des déchets non dangereux et la valorisation de 70 % des déchets du bâtiment, elle est moins ambitieuse que le scénario negaWatt qui l’a en partie inspirée. Alors à quoi ressemblerait la France si negaWatt était vraiment écoutée ?

L’association negaWatt

L’association negaWatt a été fondé en 2001 par Thierry Salomon, elle regroupe des ingénieurs travaillant dans le domaine de l’énergie. Le principe est alors, nous dit Thierry Salomon de réfléchir « sur nos consommations d’énergie avec un regard centré sur l’efficacité et la sobriété énergétique ». L’association produit trois scénarios dont le dernier publié en 2011 qui « présente pour la France un modèle possible de développement et de modification de notre modèle énergétique entre 2012 et 2050 » nous dit encore Thierry Salomon.

Le scénario negaWatt, une approche nouvelle avec la notion de services énergétiques

Parmi les différents futurs énergétiques proposés au plan national et européen, negaWatt propose un nouveau regard. Non pas centré sur nos capacités de production mais sur les services énergétiques dont nous avons besoin : « negaWatt a fondé toute son action sur une philosophie simple, qui commence par remettre la question énergétique dans le bon sens en partant des usages et non des ressources : c’est de nous chauffer, de nous éclairer ou de nous déplacer dont nous avons besoin, et non d’uranium, de pétrole ou de bois. »

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negaWatt : un néologisme pour signifier l’énergie non consommée

negaWatt, néologisme inventé par l’association éponyme, fait référence aux Watts, unité de puissance, ajoutant le préfixe nega pour signifier qu’il s’agit de la puissance au moins donc qu’il ne sera pas nécessaire de produire. En effet, la sobriété énergétique, c’est-à-dire le fait de privilégier « les usages énergétiques les plus utiles, restreindre les plus extravagants et supprimer les plus nuisibles », et l’efficacité énergétique, c’est-à-dire le fait de réduire « la quantité d’énergie nécessaire pour satisfaire un service énergétique donné » sont le deux piliers de l’approche negaWatt, en complément de la production d’énergies renouvelables.

Une politique volontariste de sobriété et d’efficacité énergétique

Ainsi dans le futur imaginé par negaWatt, des actions seraient engagées pour réduire notre consommation énergétique et trouver les « gisements de negaWatts » avant de chercher à produire en énergies renouvelables ce que représente notre consommation énergétique actuelle, afin d’aboutir à une diminution de 66 % de la demande d’énergie primaire en 2050.

Nos nouveaux besoins énergétiques pourront alors être satisfaits à 90 % par les énergies renouvelables.

Ce triptyque – sobriété, efficacité et énergies renouvelables – permettant de « décarboner » la production énergétique et de « réduire l’ensemble des risques et impacts liés à notre modèle énergétique », dont le risque d’un accident nucléaire.

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En effet, le scénario negaWatt prévoit la sortie du nucléaire en 2035 du fait du risque que le nucléaire représente et du temps nécessaire à la construction d’une centrale, qui ne permet pas de remplacer assez rapidement le parc nucléaire actuel.

Une gouvernance multi-acteurs avec des organismes indépendants

Pour negaWatt le système de gouvernance doit être repensé et ceci afin de décliner en actions les différents objectifs dans la perspective de temps long que nécessitent les investissements dans les systèmes énergétiques. Tout d’abord un principe constitutionnel inscrit « le droit de tout citoyen à avoir accès à une source d’énergie sûre, respectueuse de l’environnement et à un prix acceptable ».

Une instance indépendante permet d’aider les responsables politiques et de sanctionner si les mesures votées dans le cadre de la loi pour la transition énergétique ne sont pas appliquées. Enfin les territoires ont un pouvoir renforcé dans la gestion de l’énergie et la possibilité de viser à une autonomie énergétique. Cette autonomie demandant le déploiement des travaux de recherche pour améliorer les systèmes de stockage des énergies renouvelables et une interconnexion plus forte des réseaux énergétiques au sein de l’Europe.

Des mesures fortes dans les secteurs du bâtiment, des transports et de l’industrie

Le gain énergétique le plus fort à faire est aujourd’hui dans le bâtiment. Ainsi, avec le futur negaWatt ce sont 750.000 logements qui sont rénovés chaque année contre 500.000 avec la loi de transition énergétique. Au-delà de cette rénovation, des mesures sont prises pour limiter l’étalement urbain, favoriser l’habitat en petit collectif et réduire le phénomène de décohabitation qui aboutit à des surfaces d’habitations toujours plus grandes pour un nombre d’habitants par foyer toujours plus faible.

Des transports multimodaux et de marchandises par fret et voies fluviales

Le transport dépend à 94 % du pétrole et l’ensemble des véhicules thermique actuels ne peut être remplacé immédiatement par des véhicules électriques. L’enjeu est donc d’être en capacité de fabriquer des véhicules moins polluants en réduisant leur poids, par exemple. D’autre part, il est de permettre le transport de marchandises par fret ou voies fluviales, pistes peu développées dans la loi actuelle.

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Ainsi donc dans la France negaWatt, une flotte de véhicules électriques est déployée dans le cadre des déplacements urbains et l’accent mis sur les transports doux : vélo, marche à pied. Des réseaux denses de bus et de trains régionaux sont développés afin d’assurer les déplacements plus longs et ruraux, les voitures à moteur thermique ou hybride étant réservées pour des lieux isolés et des déplacements de longue distance. Grâce à un déploiement des réseaux ferrés, le transport de marchandise est assuré par fret et bateaux. Enfin, le télé-travail est encouragé plus fortement qu’aujourd’hui.

L’introduction des principes de réparabilité et de recyclabilité

Même si la consommation énergétique du secteur industriel est aujourd’hui stabilisée et que des efforts importants ont été faits pour gagner en efficacité énergétique, la part que représente l’industrie dans la consommation énergétique reste importante. Tout particulièrement par les procédés de transformation des matériaux qui demandent une forte consommation d’énergie d’origine fossile essentiellement. negaWatt s’est interrogée sur l’adéquation entre les matériaux produits et leurs utilités, c’est tout particulièrement le cas des emballages.

Des mesures sont mises en place pour voir leurs volumes diminuer, par des packagings moins consommateurs de matériaux, les consignes pour les bouteilles sont rétablies et les prospectus publicitaires éliminés. Tandis que les matériaux sont recyclés sur les chantiers de construction .

Le secteur agricole à la croisée des chemins entre consommateur d’énergie et producteur

Enfin, l’avenir negaWatt propose une modification profonde du système agricole afin de fournir les ressources énergétiques suffisantes via la biomasse sans que cela rentre en concurrence avec l’alimentation et les besoins en matériaux.

Dans ce cadre, des actions de sensibilisation sont menées afin de diminuer la consommation de viande en France, réduisant le cheptel, libérant ainsi des terres pour produire de la biomasse. En parallèle, les techniques culturales progressent afin d’être plus « respectueuses des équilibres écologiques » : rotation longue, absence de labour profond, agroforesterie… et de diminuer le recours aux intrants chimiques et aux engins agricoles.

Des modes de vie qui changent mais qui ne demandent pas de privation

La France aurait ainsi sûrement un autre visage si le scénario negaWatt était écouté avec une implication forte des citoyens et des territoires. Elle verrait naître une instance qui s’assure du droit à l’énergie pour tous et du respect des actions qui se déploieraient dans le cadre de la transition énergétique.

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Enfin, elle verrait également un nouveau modèle d’aménagement du territoire avec des logements performants énergétiquement et des réseaux de transports permettant de réduire l’usage de la voiture pour des trajets quotidiens. Toutes ces actions se déployant dans une politique forte de sobriété et d’efficacité énergétique afin de s’assurer que pour un service énergétique donné, l’énergie utilisée soit la quantité la plus juste requise.

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Portée par un cadre familial m'ayant sensibilisée à une consommation responsable et en faveur d'une production énergétique renouvelable, je me suis...

3 commentaires Donnez votre avis
  1. Bonjour,

    la démarche de négaWatt est très inintéressante mais les hypothèses retenues pour leur scénario 2017-2050 sont irréalistes !
    Je crois qu’ils font une telle fixation sur “sortir du nucléaire” qu’ils en deviennent aveugles.
    Diminution de 66% de la production en jouant sur la sobriété et l’efficacité. Toutes les études un peu réalistes montrent qu’on y arrivera pas dans les délais imposés, sauf à instaurer une certaine forme de “totalitarisme”.
    En 2050 ils prévoient 25% d’énergie éolien, 25% d’énergie biomasse, 14% de solaire. Concernant la biomasse certaines études montrent qu’on y arrivera pas. Quant à l’éolien et le solaire, chacun sait que ce type d’énergie n’est pas “accumulable”. Que fera-t-on en plein hiver quand il n’y a pas de soleil et de vent ?
    Philippe

  2. Le scénario Négawatt, tel qu’exposé, pourrait aller beaucoup plus loin s’il abordait aussi l’aménagement du territoire. Dans les années 60 s’est développé le système des ZUP, des centres commerciaux, des ZI (zones industrielles) séparés. Pour optimiser la production et le commerce, on a tout reporté les coûts annexes sur l’employé : transport, temps, ….
    Du fait que nombre de ces constructions commencent à être obsolète, une réorganisation généralisée ne serait guère plus coûteuse que des adaptations et rénovations. Et sachant que la voiture, le bus ou le train qui consomme 4 fois moins existent déjà, ce sont ceux qui font 4 fois moins de km. En ajoutant que les petits trajets peuvent passer de la voiture ou bus au vélo et la marche à pied.
    Faites remonter l’idée aux auteurs de Négawatt, merci.

    • Excusez les quelques fautes d’orthographe ou d’accord ci dessus, oubli de relecture. Précision : il y aura bien sûr des pondérations.

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