L’Éthiopie primée pour avoir transformé les terres arides du Tigré en champs fertiles

La région du Tigré, en Éthiopie, a reçu une médaille d’or pour sa lutte contre la désertification et l’amélioration de la fertilité de ses terres arides.

Rédigé par Perrine de Robien, le 27 Aug 2017, à 10 h 40 min

Tous les ans, le Future Policy Award se concentre sur une menace mondiale qui aura une incidence sur les générations futures et décerne des récompenses aux pays méritants. Ces dernières peuvent porter sur des politiques en faveur des droits de l’enfant, la fin de la violence à l’égard des femmes et des filles, le désarmement et la protection des océans. Cette année, c’est à l’Éthiopie, plus particulièrement à sa région du Tigré, que la médaille d’or a été remise, pour sa lutte contre la désertification et l’amélioration de la fertilité de ses terres arides.

Une grande transformation du paysage en Éthiopie

L’Éthiopie est un État de la Corne de l’Afrique, qui est le neuvième pays du continent africain par sa superficie et le deuxième par sa population. Parmi les neuf régions qu’elle comporte se trouve le Tigré, qui compte plus de 4,3 millions d’âmes. La terre y est particulièrement aride et « des centaines de millions de personnes sont directement menacées par la dégradation des terres et les changements climatiques« , selon Monique Barbut, sous-secrétaire générale des Nations-Unies.

agriculture ethiopie

Des champs en Ethiopie ©Alex Sinclair Lack

Pourtant, depuis 1991, la région du Tigré a réussi à améliorer la conservation de ses sols et de son eau. Grâce à ses efforts, elle a permis à la végétation de repousser. « La région du Tigré en Éthiopie, est maintenant plus verte que jamais au cours des 145 dernières années« , a déclaré Chris Reij, expert en désertification au World Resources Institute. « Cela n’est pas dû à une augmentation des précipitations mais à l’investissement humain dans la restauration des terres dégradées« .

Selon l’expert, en une quinzaine d’années, au moins 90 millions de tonnes de terre et de roche ont été déplacées à la main pour restaurer le paysage de la région. Désormais, 1,2 million d’hectares (15 % de la superficie) permettent à la végétation de repousser.

Quand l’État et la population s’y mettent

L’adoption de pratiques agricoles durables telles que la construction de terrasses en pierre, l’établissement d’enclos et de terrains communautaires, la réglementation des pâturages, la réduction du brûlage et l’application de fumier et de compost a contribué de manière significative à l’autosuffisance alimentaire.

Cette stratégie de développement mise en place par le gouvernement éthiopien porte le nom d’ADLI (Industrial Development Led Industrialisation). Elle fait notamment appel à la participation de la population et en fait l’un de ses principes sous-jacents au développement agricole. Ainsi, les villageois sont mobilisés pour faire du bénévolat 20 jours par an, afin de construire divers projets d’irrigation ou de murs en pierres sur les montagnes et des collines et d’autres projets.

Selon une étude réalisée par l’International Food Policy Research Institute en 2011, les agriculteurs se sentent particulièrement impliqués et motivés pour participer aux chantiers. Elle souligne qu’il est « remarquable que la perception de la dégradation et de la sensibilisation des terres a joué un rôle énorme dans leur volonté d’apporter de la main-d’oeuvre et de contribuer à la conservation écologique« .

Des bénéfices multiples et un exemple à suivre

Les conséquences de ces efforts sont à la fois visibles au niveau du paysage et sur le quotidien de la population éthiopienne. Grâce à la gestion systématique des montagnes et des coteaux avec des murs ou des fosses en pierres, l’érosion a considérablement diminué et le niveau d’eau souterraine a été rechargé.

La terre devenue fertile, les habitants peuvent à la fois se nourrir de leurs récoltes mais aussi en tirer un supplément de revenu.

Ainsi, grâce à une action collective unique et au travail volontaire, les habitants du Tigré ont permis à leur région de redevenir verte. « La région du Tigré en Éthiopie montre que la restauration des terres dégradées peut être une réalité… Le modèle offre de l’espoir pour les autres pays africains de suivre leur exemple« , a déclaré à la Fondation Thomson Reuters Alexandra Wandel, directrice du World Future Council(1).

Un détail d’importance que le conseil semble avoir mis  de côté en prenant cette décision : les manquements démocratiques du gouvernement. ILe Front populaire de libération du Tigré (TPLF) domine sans partage la vie politique éthiopienne à travers le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien, la coalition au pouvoir depuis vingt-cinq ans. Les ethnies oromo et amhara (soit près des deux tiers de la population) se sentent lésées face aux Tigréens, qui composent 7 % de la population et accaparent les postes-clés du gouvernement, des forces de sécurité et des grandes entreprises, et bénéficient de tous les privilèges. D’autre part, toute velléité de contestation est violemment réprimée.

La deuxième place du concours est occupée par le Brésil pour son programme de construction de1,2 million de citernes, afin d’aider des millions de personnes démunies à stocker de l’eau douce pour les cultures et l’élevage. L’argent revient également à la Chine et sa loi de 2002 qui à prévenir et à contrôler la désertification.

Illustration bannière : une paysanne éthiopienne – © AGLPhotography
Références :
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