Portrait d’éco-acteur : Julie, créatrice de mode éthique lilloise

Julie nous présente Coeur Grenadine, sa marque de mode éthique pour femme paillette qui s’inscrit dans une démarche zéro déchet et sociale.

Rédigé par Marion, le 16 Mar 2019, à 15 h 10 min

La mode est actuellement la 2ème industrie la plus polluante au monde et manque cruellement de transparence quant aux conditions de production. Malheureusement, la majorité des produits proposés dans les grandes enseignes de mode est réalisée au Bangladesh par des travailleurs qui sont les moins bien payés au monde.

C’est donc dans l’objectif de proposer une mode plus respectueuse des hommes et de l’environnement qu’est née Coeur Grenadine en juin 2018.  Julie, créatrice Lilloise de cette marque de prêt à porter éthique pour femme répond à nos questions :

Qu’est ce qui fait de Coeur Grenadine une entreprise de mode éthique ?

Coeur Grenadine s’inscrit dans une démarche de slow fashion en ne proposant que deux collections par an et allant ainsi à l’encontre du rythme effréné que l’on observe désormais dans l’industrie de la mode. Les collections sont composées de créations confectionnées dans deux ateliers d’insertion : l’un dans les Hauts de France et l’autre en région parisienne.

couturières Coeur Grenadine

Julie et les couturières confectionnant le prêt à porter de la marque Coeur Grenadine

Pour réaliser les vêtements, nous utilisons uniquement des fins de stocks de tissus européens dans une démarche zéro déchet. Cela a plusieurs avantages :

  • lutter contre le gaspillage des tissus
  • limiter l’impact écologique de la production de nouveaux tissus
  • proposer des produits faits de tissus très qualitatifs (restes de grandes maisons de couture) à des prix abordables

Les produits sont principalement distribués sur le site de la marque : https://coeurgrenadine.fr mais aussi ponctuellement dans des concept stores et boutiques éphémères.

Pourquoi vous êtes-vous lancée dans cette aventure ?

J’ai travaillé au service webmarketing d’une grande enseigne de prêt-à-porter française durant 5 ans. Lorsque le Rana Plaza s’est effondré en 2013 au Bangladesh en faisant plus d’un millier de morts, cela m’a beaucoup touchée et je me suis demandé dans quelles conditions étaient produits tous ces vêtements, et plus généralement, ceux que l’on achète dans les grandes enseignes que l’on trouve en France, proposés à des prix si attractifs.

 

À part le pays de fabrication, le consommateur ne dispose quasiment jamais d’autres informations sur le vêtement qu’il achète. 

 

Pourtant, je n’avais pas encore conscience de mon rôle en tant que consommatrice. C’est lorsque je suis partie en congé sabbatique en 2016 que j’ai réalisé que je n’avais pas besoin d’acheter autant de vêtements comme je le faisais avant mon départ. En rencontrant des créatrices de mode en Inde, en découvrant à travers le monde des paysages uniques qu’il faut absolument préserver, je me suis promis à mon retour d’agir pour contribuer à une mode plus juste.

Lorsque je suis rentrée en France en 2017, comme j’étais déjà soucieuse de mon alimentation, j’ai décidé de devenir plus vigilante dans l’achat de mes vêtements. J’ai alors réalisé qu’à part le pays de fabrication, le consommateur ne dispose quasiment jamais d’autres informations sur le vêtement qu’il achète : qui l’a réalisé ? Est-ce que cette personne a été décemment payée ? Quel impact écologique le produit a-t-il sur la planète ? Etc.

Défilé Coeur Grenadine

Défilé Coeur Grenadine : mode éthique pour femme paillette © Ville de Valenciennes

En outre, j’avais le sentiment que je ne me retrouvais pas dans l’offre de mode éthique existante. Dans mon esprit, celle-ci était plutôt associée à de la mode un peu hippie ou à des basiques et j’avais le sentiment qu’il était quasi impossible de s’habiller tendance et éthique à la fois.

Je me suis donc dit que si ce besoin d’une offre mode, éthique et transparente était le mien, peut-être que d’autres femmes ressentaient le même et seraient intéressées par ma démarche. Et puis j’ai trouvé l’atelier d’insertion à une heure de chez moi et ça a été le début d’une belle aventure.

Avez-vous rencontré des difficultés ?

Oui. Je ne viens pas du monde de la création de vêtements donc il a fallu tout découvrir. C’est à la fois passionnant et très consommateur d’énergie et de temps.

Au départ, plusieurs acteurs ont tenté de me décourager d’entreprendre dans la mode éthique. Je me souviens par exemple d’un conseiller d’une structure d’accompagnement de créateurs d’entreprise qui me disait que je n’arriverai jamais à être rentable car cela coûte trop cher de produire en France et en petite série.

 

Tant que mes deux piliers sont respectés : l’engagement social et l’engagement environnemental, je ne me mets pas de barrière.

 

Je n’avais aucune idée des prix de confection et pour les découvrir quand j’appelais des ateliers, on me demandait un patron pour pouvoir m’établir un devis. Le problème c’était que je devais également acheter ce patron à une modéliste sans savoir si cela me servirait par la suite en fonction du coût de production qu’on allait m’annoncer…

Heureusement, par la suite, certains ateliers ont accepté de me donner un ordre d’idée pour la confection d’un T-shirt, d’un pantalon, d’une jupe… ça m’a énormément aidé pour établir mon business plan.

Aussi, je souhaitais au départ de mon projet, travailler uniquement avec des fibres recyclées. J’ai ensuite découvert que si cela était faisable pour de la grosse fibre comme celle des jeans ou des pulls, ce serait plus compliqué pour d’autres vêtements… C’est donc à ce moment que j’ai décidé de moins me restreindre.

Finalement, il y a plein de façons de faire de l’éthique : réutiliser des vêtements existants pour en faire de nouveaux, utiliser des fins de stocks, proposer des matières plus écologiques… J’ai donc choisi de me lancer en utilisant des fins de stocks et en travaillant avec des ateliers d’insertion. Mais cela pourra changer à l’avenir en fonction des collections. Tant que mes deux piliers sont respectés : l’engagement social et l’engagement environnemental, je ne me mets pas de barrière.

 

Tu es un agneau au milieu des loups… Tu ne dureras pas longtemps si tu es trop gentille.

 

Avec du recul aujourd’hui, je pense que le plus important quand on démarre un projet est de garder à l’esprit notre vision, la raison pour laquelle on a décidé de se lancer et être conscient(e) qu’il est normal de rencontrer des difficultés. Ça fait partie du jeu et c’est aussi ce qui fait la différence entre ceux qui font le choix de poursuivre et ceux qui préfèrent retourner à un emploi salarié par exemple. Je ne dis pas qu’il y en a un mieux que l’autre mais plutôt que l’un comme l’autre ne conviennent pas à tout le monde.

Combishort Garrett Rouille – Coeur Grenadine Automne Hiver 2018

Aussi, parfois, on sera tenté d’aller au plus simple, et c’est dans ces moments qu’il faut bien se raccrocher à ses valeurs. Un jour par exemple, un de mes fournisseurs m’a demandé pourquoi je ne produisais pas en Pologne pour réduire mes coûts de production. Je lui ai répondu que mon credo était le Made In France et il m’a dit « Tu es un agneau au milieu des loups… Tu ne dureras pas longtemps si tu es trop gentille. Tout le monde fait ça : produis à l’étranger et ajoute des boutons ou une étiquette en France et tu pourras appeler ça du Made In France comme les autres ».

Ça m’a interpellé, je me suis rendue compte qu’on n’a pas tous le même degré d’engagement derrière l’emploi du terme « Made In France », même quand il s’agit de créateurs ou créatrices qui produisent en série très limitée comme moi.

Mais j’ai décidé de rester fidèle à mes valeurs et de produire près de chez moi, là où je peux rendre régulièrement visite à mes ateliers car humainement c’est aussi très fort et j’en ai besoin. Mes vêtements ne sont pas faits par des « anonymes » : je connais chacune des couturières, je sais à quel point elles retrouvent confiance à l’atelier souvent après des années de galère… J’aime aussi avoir leurs avis sur mes créations… C’est bien plus que juste un atelier de confection pour moi, parfois c’est presque de la co-création !

Un message positif ou inspirant pour nos lecteurs

Quand j’étais plus jeune, j’étais très angoissée de ne pas choisir la bonne voie pour mon avenir et c’est d’ailleurs ce que j’ai fait au départ en me spécialisant dans la finance. Une branche qui ne me permettait pas du tout d’exprimer ma créativité et qui manquait beaucoup trop de fantaisie et d’altruisme à mon goût.

Aujourd’hui à 32 ans, je réalise qu’il existe presque toujours un moyen d’exercer un métier plein de sens et qui nous fait rêver. J’y ai pourtant renoncé plusieurs fois : d’abord très jeune quand je souhaitais être styliste et puis ensuite à la fac lorsque j’ai eu peur du manque de débouchées dans des spécialisations comme celle du développement durable. Aujourd’hui je concilie la création de mes collections et la réponse à des enjeux environnementaux et sociaux.

 

Ça pourra paraître cliché mais je pense vraiment que le secret de la réussite d’un projet réside dans la foi inébranlable que l’on met dans ce projet.

 

Pourtant, je n’ai pas de diplôme de styliste ou de modéliste, pas de formation dans le développement durable. Mais je suis pleine d’enthousiasme sur ces projets qui me tiennent à coeur et je suis convaincue de leur intérêt général.

Pour moi, si on doit se réaliser dans un certain domaine, il n’est jamais impossible d’y revenir même lorsque la situation ne semble pas forcément idéale ou qu’on estime manquer de moyens ou de connaissances. Ça pourra paraître cliché mais je pense vraiment que le secret de la réussite d’un projet réside dans la foi inébranlable que l’on met dans ce projet.

Dans mon cas, ma vision est que la mode éthique devienne la norme car il n’est pas normal que les consommateurs se soient habitués à payer des sommes dérisoires pour des vêtements de moindre qualité fabriqués par des personnes exploitées à l’autre bout de la planète.

Je suis heureuse chaque jour de voir que de nouvelles personnes découvrent ma marque et s’intéressent à travers elle à la nécessité de faire évoluer le modèle actuel de l’industrie textile.

Info pratiques

Site Web : https://coeurgrenadine.fr

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Contact : coeurgrenadine.contact@gmail.com

Illustration bannière : © Coeur Grenadine
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