Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons le cerf

Le cerf est un animal impressionnant ne serait-ce que par sa taille qui fait de lui le plus grand herbivore sauvage d’Europe. Mais mis à part cela et les grands bois de cerf caractéristiques, on connaît bien souvent peu de choses sur cet animal. Redressons ce tort ensemble et découvrons une espèce bien présente dans nos forêts !

Rédigé par Julien Hoffmann, le 4 Aug 2020, à 15 h 05 min

La biodiversité ordinaire, ce n’est rien d’autre que cette biodiversité que l’on a tendance à oublier parce que nous l’avons toujours sous les yeux. Ce n’est pourtant pas parce qu’on la connait ou croit la connaître qu’elle se portera toujours bien d’un point de vue de la conservation. Dans un contexte d’effondrement de la biodiversité, parlons aussi de ces animaux « communs » comme ici le cerf !

Les bois de cerf et autres caractéristiques

De 6 à 9 kg à la naissance (les mâles pesant en moyenne 500 g de plus que les femelles), les biches peuvent atteindre un poids de 130 kg et les mâles 230 kg.

Les femelles et les mâles vivent séparés la plus grande partie de l’année sauf en période de reproduction (rut). Les femelles se réunissent en groupent composés des faons de l’année, de bichettes et de jeunes cerfs qui ne prendront leur indépendance que vers deux ans. Ces « hardes » matriarcales peuvent réunir jusqu’à plusieurs dizaines d’individus.

Impossible de confondre un mâle et ses bois avec une autre espèce ! © Rudmer Zwerver

Le régime alimentaire de l’espèce varie en fonction des saisons autant qu’en fonction du milieu ce qui démontre une superbe capacité d’adaptation au milieu. En règle générale il se nourrit de plantes herbacées et notamment de graminées, mais aussi de variétés agricoles quand il y en a.

Particularités du cerf, le grand ruminant des forêts

Les cerfs élaphes (Cervus elaphus) possèdent des bois caractéristiques sur la tête qui tombent habituellement aux alentours de février-avril pour commencer à repousser tout de suite après. La repousse se termine en juillet-août, période à laquelle le « velours », qui entourait les bois lors de leur repousse, tombe.

Une fois les bois colorés après la chute de ce velours, la période de rut commence et peut courir de mi-août à novembre. Cette période est cruciale pour le cerf car la biche n’est en ovulation que 24 heures ce qui le rend passablement nerveux.

Si les cerfs de milieux ouverts sont territoriaux durant cette période, ceux de milieux forestiers ont plus tendance à parcourir un territoire précis en recherche de biches. Mais dans un cas comme dans l’autre non seulement ils poussent des cris aussi caractéristiques que clairement impressionnants pour attirer les femelles et repousser les concurrents.

Sur cette même période ils peuvent perdre jusqu’à 20 % de leur poids car, tournés vers un seul et unique objectif, ils ne s’alimentent plus.

Statut actuel de l’espèce

Le cerf n’est pas une espèce protégée et est classée gibier, soumise à un plan de chasse obligatoire (Article 17 de la loi du 29 décembre 1978 – J.O du 30 décembre 1978).

Le brame du cerf et les menaces qui planent sur l’animal

La pression de chasse

Le cerf a de tout temps été un animal prisé des chasseurs notamment et surtout à travers la taille de ses bois.

Cerf en plein rut en train de brâmer © Jamie Hall

S’il existe un plan de chasse, l’attractivité de l’animal en matière de fusil est telle qu’il faut bien garder un oeil sur la chose et partir du principe que, au-delà de la gestion des effectifs (dont les loups pourraient par exemple se charger à la place des chasseurs), l’espèce peut être sous pression.

Cette mise sous pression peut au demeurant causer un stress et une dépense énergétique chez les animaux qui doivent ainsi compenser en recherchant plus de nourriture en hiver (période de chasse au cerf du 15 août au 31 mars) les voyants ainsi attaquer encore plus les jeunes arbres (abroutissement).
La production sylvicole est alors affectée et la filière bois fait déjà largement pression pour que les cervidés soient encore plus tirés, justement à cause des dégâts qu’ils génèrent.

Et la boucle est bouclée pour une gestion potentiellement calamiteuse de l’espèce !

L’image de Valéry Giscard d’Estaing arrivant au château de Chambord en hélicoptère, tirant un cerf et repartant aussi tôt en demandant que l’animal soit naturalisé et livré chez lui, en dit long sur le rapport que peuvent entretenir certains porteurs de fusils, même connus, avec ce majestueux animal.
On se souvient aussi de la fin tragique de Black tué en début d’année dans la forêt de Laigue dans l’Oise.

Un peu d’histoire : Avant la révolution française la chasse aux cerfs était réservée uniquement aux aristocrates. Avec la révolution cette chasse a été totalement libéralisée ce qui a fortement fait régresser les effectifs de cerfs en France. Ainsi une grande majorité des populations de cervidés est issue de repeuplements effectués dans les années 1950 !

La fragmentation de son milieu

Le domaine vital d’une biche peut couvrir de 500 à 2.000 hectares et celui d’un cerf peut couvrir plusieurs milliers d’hectares. La population de cerfs est répartie dans 80 départements et couvre environ 14 millions d’hectares de terre boisées.

Pas besoin de chercher très longtemps pour comprendre que n’importe quel projet de ligne à grande vitesse, d’autoroute ou de route, etc. va de facto fragmenter le territoire de ces cervidés. Cela casse ainsi des territoires, limite l’accès aux places de rut, rend plus complexe la recherche alimentaire et surtout limite les échanges génétiques qui sont la base d’une population pérenne.

Les collisions routières

Les collisions routières avec les cervidés augmentent en parallèle du trafic routier et avec la construction de nouvelles infrastructures. Il est difficile de trouver des chiffres spécifiques aux seuls cervidés, mais les collisions routières avec des grands ongulés (cerf, chevreuil, sangliers) sont estimées à 120 par jour soit un total de plus de 43.000 collisions dans l’année et encore ne s’agit-il là que des accidents indemnisés par le fonds de garantie des assurances obligatoires (pour environ 180 millions d’euros).

Une collision avec un cerf laisse rarement les deux parties indemnes © Jamie Hall

Comment aider le cerf

Comme pour toute la biodiversité, ordinaire ou non, participer à son observation, transmettre ses connaissances notamment aux jeunes publics et soutenir les associations de protection de la faune sauvage et tous les organismes qui oeuvrent à la préservation des écosystèmes, sont essentiels.

L’observation du cerf est d’autant plus facile qu’il n’est pas petit d’une part, mais surtout qu’il sait se faire reconnaître et se pavaner en période de rut. Ses cris caractéristiques durant la période et les « places de brâme » (lieux où ils crient justement) qui sont faciles à trouver font du cerf un animal tout à fait indiqué pour des sorties crépusculaires !

Lire aussi : Nos astuces pour pister les principaux ongulés

Certaines années et selon les endroits peuvent être organisés des comptages auxquels vous pouvez participer bénévolement. Renseignez-vous selon votre région auprès des antennes régionale de l’Office Français de la Biodiversité.

Illustration bannière : Harde de biches avec leur cerf dominant © Rudmer Zwerver
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