Vers une indispensable modernisation des centres de tri ?

L’extension des consignes de tri, ça vous dit quelque chose ? La France est engagée, depuis 2012, dans ce processus qui vise à moderniser les centres de tri. De quoi s’agit-il ? Quelles seront les incidences sur nos vies quotidiennes ? On vous dit tout.

Rédigé par Anne Bécel, le 27 Oct 2017, à 7 h 25 min

Réunis à l’occasion des 14e Assises nationales des déchets, qui se tenaient à Nantes les 27 et 28 septembre dernier, les professionnels de la filière du tri ont partagé, lors d’un premier atelier consacré aux centres de tri, leurs points de vue sur les mutations en cours et les changements à apporter pour s’inscrire dans le cadre de la Loi de transition énergétique pour la croissance verte.

Un objectif : tout trier d’ici cinq ans

« Le contexte exige une rapide modernisation, le système actuel est obsolète« , annonce d’emblée André Flajolet, vice-président de l’Association des maires de France. En effet, depuis la récente décision de la Chine de ne plus accepter n’importe quel déchet sur son territoire, la France se voit dans l’obligation d’améliorer la qualité de ses expéditions. Finies les matières dangereuses, complexes à recycler ou à convertir en énergie. La Chine n’autorise plus que des « plastiques propres ».

Des centres de tri moins nombreux mais plus modernes

Dès lors, il est urgent d’augmenter la capacité de tri et de traitement des déchets. Cette fameuse « extension des consignes de tri » s’est fixée pour objectif, depuis 2012, de moderniser les centres de tri actuels, afin de rattraper le retard de la France par rapport à ses voisins européens sur ces questions de recyclage.

déchets, centres de tri

Ramassage des déchets © Rrrainbow / Shutterstock

Au programme, de plus grands centres de tri, mieux équipés et plus compétitifs. « Il en existe environ 200 aujourd’hui. Le but est de descendre à 120-130 centres en 2022« , explique Carlos de los Llanos, directeur tri et recyclage chez Citeo. Pour l’heure, un quart, à peine, des centres répond à ces nouvelles exigences de consignes élargies, soit une quarantaine de bâtiments.

L’idée est de regrouper les centres de tri de déchets actuels, de les fusionner en de grandes unités, dont la taille pourra varier selon qu’ils se trouvent en milieu rural, urbain, de forte densité de population ou non. À ce propos, Sylvain Pasquier, de la direction Économie circulaire des déchets de l’Ademe, rappelle « la nécessité d’étudier le terrain et d’apporter différentes solutions pour aboutir à une bonne cohérence territoriale ».

Des incertitudes subsistent

Dans la salle, lors de cet atelier, certains s’interrogent. N’existe-t-il pas de risques de pertes d’emploi ? Et s’il y a moins de centres, les transports pour les rejoindre vont être source de pollution non ? Sylvain Pasquier rassure : « les nouveaux centres ont pour objectifs d’obtenir de meilleurs taux de captage et de recyclage qui compenseront largement les distances complémentaires« .

Penchons-nous donc un peu sur ces taux de captage et de recyclage. L’extension des consignes de tri a pour but, à terme, de traiter et recycler davantage de déchets. En conséquence, de nouveaux plastiques affluent vers ces nouveaux centres. L’idée est de les traiter tous, mais les technologies requièrent un temps de recherche et d’adaptation. Il existe, depuis toujours, ce qu’on appelle des « refus de tri« , dont les nouveaux centres de tri font, dans un premier temps, augmenter le niveau.

Comment fonctionne un centre de tri ?

Dans les centres de tri ancienne génération, une machine sépare le plastique des matières fibreuses, puis ce plastique passe sur un tapis où est effectué un tri manuel. Un employé récupère les bouteilles d’eau, un autre les bouteilles de lait, etc.

L’extension des consignes de tri souhaite la multiplication des lignes de tri. Une ligne par produit, dans l’idéal. La personne qui observe le tapis se contente alors d’un contrôle qualité. Elle ne pioche plus les bons produits parmi un grand tout, mais à l’inverse retire du tapis les produits à extraire. « Il s’agit d’une refonte importante« , indique Hervé Sirena, délégué REP chez Suez R&V.

On constate pourtant qu’on ne sait pas tout recycler, là est la réalité. Certains plastiques de nos bacs jaunes sont mal triés dans les centres et peu recyclés. Les professionnels réunis s’entendent pour que la communication autour du geste de tri évolue. Dans le langage médiatique, il ne serait plus forcément synonyme de recyclage, mais plutôt de valorisation des déchets.

Valorisation ou recyclage ?

La valorisation regroupe les procédés de transformation des déchets en vue de les recycler, les composter ou les tourner en énergie, ce que l’on nomme alors la valorisation énergétique. L’adjectif a son importance. Car le plus souvent, les langues s’emmêlent, elles veulent parler de valorisation énergétique et ne parlent que de valorisation.

Lire aussi : Transformer les déchets en énergie grâce au CSR

Du point de vue environnemental, le recyclage est plus propre que la valorisation énergétique (elle-même plus propre que l’enfouissement). Mais un déchet coûte plus cher à recycler qu’à valoriser énergétiquement.

Se pose aujourd’hui, pour les professionnels, la question du choix du curseur entre ce qui sera recyclé et ce qui sera valorisé, l’épineux point d’équilibre entre conscience écologique et rentabilité économique. Laura Chatel, de l’association Zero Waste France fait part de son inquiétude : « Si les Français devaient découvrir que les emballages plastiques sont mal triés et peu recyclés, l’impact serait dévastateur pour le geste de tri« .

recyclage, centres de tri

Recyclons bien ! © spwidoff

Quel impact sur nos gestes de tri au quotidien ?

En définitive, ces changements auront-ils une quelconque incidence sur nos quotidiens ? Dans le cadre de ces transformations, l’Ademe travaille à deux orientations majeures :

  • Simplifier le tri pour les habitants : des études sont en cours.
  • Harmoniser les consignes de tri : le regroupement des centres de traitement des déchets en créant de plus grands bassins de tri, permettrait d’harmoniser les schémas de collecte sur l’ensemble du territoire. L’objectif affiché à terme, en 2022, est de pouvoir se déplacer de Lille à Marseille, sans que les habitudes de tri ne s’en trouvent modifiées.

Une perspective qui nous permettra d’assurer un meilleur tri au quotidien, lors de nos déplacements ou en vacances. À charge pour les professionnels d’assurer également le meilleur tri possible dans les centres.

Illustration bannière : Déchets triés – © Pinkyone
Pour vous c'est un clic, pour nous c'est beaucoup !
consoGlobe vous recommande aussi...



Anne Bécel est géographe spécialisée en tourisme équitable, auteur de guides de voyage, ainsi que recherchiste et scénariste pour des émissions...

Aucun commentaire, soyez le premier à réagir ! Donnez votre avis

Moi aussi je donne mon avis