Beesexual – Quand les sites porno veulent s’acheter une conscience… écolo !

Le X se met au vert : la plus récente initiative est celle de Pornhub, un des innombrables sites porno sur la toile, qui a lancé la campagne ‘Beesexual’ pour sauver les abeilles… Vraie prise de conscience ou argument marketing ?

Rédigé par Brigitte Valotto, le 6 Jul 2019, à 17 h 00 min

L’idée est amusante, et les vidéos sont d’inspiration plus humoristique que les habituelles productions du site : la dernière chaîne de la fameuse plateforme de streaming pour adultes, Pornhub, est entièrement consacrée… aux abeilles ! Baptisée Beesexual, elle promet de reverser des dons, pour chaque vue comptabilisée, à des associations dédiées à la protection des abeilles, comme Operation Honey Bee et le Center for Honeybee Research.

BeeSexual – Le butinage pour la bonne cause

Le butinage érotique des insectes coquins est doublé en voix off par des acteurs célèbres du X, hétéros, gays et transgenres.

Une vidéo explicative, animée par les « porn stars » Abella Danger et Kira Noir, rappelle que plus de 700 espèces d’abeilles nord-américaines sont en voie de disparition, en raison de la destruction de leur habitat naturel et de l’augmentation de l’utilisation des pesticides. Elle donne des conseils pour lutter contre cette menace pour l’agriculture mondiale (plus de 235 milliards de dollars de la production alimentaire annuelle repose sur le rôle des abeilles)… qui n’a fait que croître sur les deux dernières années.

industrie du porno

Des titres aguicheurs comme ‘comment faire jouir une fleur en 3 minutes’ © Maxal Tamor

 

Faire l’amour… à la planète

Pornuhb n’est pas le premier à darder son intérêt… sur l’environnement : depuis 2004 déjà, l’association Fuck The Forest fait beaucoup parler d’elle ! Un documentaire a même été tourné en 2012 sur son action. Son slogan ? « Have sex. Save the world »

Ses deux fondateurs norvégiens, Leona Johansson et Tommy Hom Ellingsen, ont eu l’idée d’utiliser la pornographie pour recueillir des dons, entièrement reversés à des associations de défense de la nature, qui parfois, comme WWF, les refusent…

Ils ont créé pour cela un site internet qui diffuse des vidéos porno amateurs (tournées par les membres de l’association eux-mêmes !) Ceux qui s’abonnent pour les regarder financent du même coup l’association, désormais installée à Berlin : ces « dons » (plus de 245.000 euros depuis la fondation) soutiennent actuellement deux projets de reforestation au Costa Rica.

On peut citer aussi le manifeste « éco-sexe » d’Annie Sprinkle, égérie du mouvement féministe « pro-sexe » qui promet la « SexEcologie » et propose de « faire l’amour à la planète » !

Lire aussi : Faire l’amour avec la Terre : l’étrange penchant des écosexuels

Les « marchands de sexe » n’ont pas tardé à surfer sur la nouvelle tendance écolo

Après les premiers sex-toys écolos (Leaf), le tout premier vibromasseur biodégradable a débarqué sur le marché en janvier dernier : le Gaia Eco, de la marque Blush Novelties, promet l’extase… sans coût carbone, ni phtalates ! Fabriqué à partir d’un bio plastique non-poreux, à base d’amidon, il n’en reste pas moins consommateur de piles…


L’industrie du sexe… pas si naturelle !

Si le X cherche aujourd’hui à s’acheter une bonne conscience écologique, c’est qu’il a été plusieurs fois mis au banc des accusés, non seulement pour la présence de phtalates (nuisibles à la santé comme à l’environnement) dans la plupart des sex toys et la pollution générée par les préservatifs (non biodégradables), mais aussi pour ce qui concerne sa contribution aux dépenses énergétiques.

Ainsi, le chercheur américain Nathan Ensmenger a fait un calcul savant pour estimer l’énergie nécessaire à Pornhub pour diffuser ses vidéos : le site aurait consommé 5,967 millions de kWH en 2016. Or, ce site est loin d’être le seul, il n’est même qu’à la deuxième place, en nombre de visites, derrière Xhamster : en supposant une consommation similaire, tous deux consommeraient déjà près de 12 TWh par an.

Et on peut estimer que l’ensemble du streaming pornographique consomme encore bien davantage, même s’il est impossible de connaître les données de tous les sites X dans le monde, ni le temps que les internautes passent dessus.

Lire aussi : Êtes-vous victime de sexomnie ?

On sait cependant qu’Internet produit à lui seul plus de 600 millions de tonnes de CO2 chaque année et que l’industrie du porno représente près de 5 % de l’ensemble du web : la majorité des contenus des sites X étant des vidéos en streaming, l’industrie érotique sur internet représente potentiellement… plusieurs millions de tonnes de CO2 !

Alors, même si on commence à trouver des préservatifs biodégradables en « peau de mouton » ou des sex toys qui se rechargent à l’énergie solaire (tous deux en Californie… avec une efficacité à démontrer !) et même si les abeilles deviennent stars du X pour la bonne cause, le porno reste une industrie beaucoup moins naturelle qu’elle voudrait le faire croire !

Illustration bannière : Les sites porno pas encore dans le vert – © kostasgr
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Journaliste free-lance, Brigitte Valotto est notamment une collaboratrice régulière des pages enfants, société, pratique, tourisme et actu de...

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