Pour comprendre la biodiversité des pâturages, des chercheurs ont suivi… les crottes

Sur le plateau du Causse Méjean, au coeur du parc national des Cévennes, une étude scientifique a analysé les effets de la présence de différentes espèces.

Rédigé par , le 25 Oct 2026, à 15 h 30 min
Pour comprendre la biodiversité des pâturages, des chercheurs ont suivi… les crottes
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Depuis le développement de la sédentarisation humaine, les herbivores domestiques dédiés à l’alimentation ont supplanté la faune sauvage sur les grands espaces pastoraux européens. Ce contrôle anthropique sur la reproduction, les soins et la nutrition des troupeaux a profondément transformé le fonctionnement des écosystèmes. Aujourd’hui, le regain d’intérêt pour le réensemencement sauvage ou la réintroduction d’espèces ancestrales soulève des questions fondamentales : quel est l’impact réel de cette gestion humaine sur la biodiversité environnante ?

Un laboratoire naturel unique

Le Causse Méjean offre un terrain d’expérimentation d’exception en regroupant, sur un même périmètre d’altitude, trois modes de gestion d’herbivores distincts. D’un côté, des brebis y pâturent depuis plus d’un millénaire, représentantes d’un pastoralisme séculaire. De l’autre, des chevaux domestiques y sont élevés en mode semi-extensif pour l’endurance. Enfin, depuis 1993, une population autonome de chevaux de Przewalski (ou takhi) réintroduite par l’association Takh y évolue en totale liberté sans apport de nourriture ni soin vétérinaire. Cette coexistence géographique permet de mesurer directement les conséquences écologiques causées par la nature même de l’animal et par son mode d’encadrement humain.

Pour évaluer ces effets, la recherche s’est focalisée sur les bousiers, des coléoptères coprophages qui jouent un rôle indispensable dans la fertilité et la dynamique des sols. Ces insectes permettent le recyclage des nutriments et facilitent leur assimilation par le couvert végétal. Particulièrement sensibles aux variations de pression pastorale, à la nature du cheptel et à la fréquence des soins administrés aux animaux, les bousiers constituent des indicateurs biologiques précieux. Leur comportement d’alimentation et de ponte reflète de manière très fine le degré de perturbation ou d’équilibre d’un milieu pâturé.

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Trois espèces, trois profils différents

Grâce à la double digestion propre aux ruminants, les crottes de brebis contiennent moins d’eau et de fibres mais sont nettement plus riches en azote, un nutriment très convoité par les coléoptères. À l’opposé, les crottins des chevaux domestiques regroupent beaucoup plus de fibres végétales non digérées. Étonnamment, les excréments des chevaux de Przewalski se situent à mi-chemin entre ces deux profils. L’autonomie totale des takhi, associée à un microbiome intestinal plus varié car exempt d’antiparasitaires et de compléments alimentaires, explique cette singularité nutritionnelle.

Au-delà de leur composition, la répartition spatio-temporelle des fientes modifie l’accessibilité de la ressource pour les insectes. Alors que les brebis regroupent leurs déjections après leurs phases de repos, créant des zones très localisées, les chevaux domestiques les éparpillent de façon uniforme tout au long de la journée. L’observation des populations d’insectes fait apparaître un phénomène inattendu : un volume élevé de bousiers ne garantit pas une décomposition plus rapide des matières fécales.

Privilégier la cohabitation

Bien que plus nombreux dans les pâtures de chevaux domestiques, les insectes y dégradent plus lentement le crottin en raison de sa forte teneur en éléments grossiers. Inversement, la matière fécale des brebis, riche et facile à prélever sous forme de billettes, attire des espèces spécialisées dans le transport rapide et l’enfouissement distant. De leur côté, les piles de crottins des takhi favorisent préférentiellement les espèces qui pondent directement au coeur du tas, assurant un recyclage localisé mais profond.

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Si la composition globale des espèces de bousiers reste relativement stable et fait preuve d’une grande plasticité, la gestion de l’élevage module fortement la densité des populations et la vitesse de recyclage de la matière organique. Ces résultats invitent à dépasser l’opposition simpliste entre élevage traditionnel et réensemencement sauvage intégral. Plutôt que de viser un idéal unique d’écosystème ancestral, mieux vaut donc privilégier la cohabitation de divers ongulés et modes de conduite.


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