La sobriété heureuse, nouveau modèle de société fondé sur la simplicité volontaire

La sobriété heureuse, nouveau modèle de société fondé sur la simplicité volontaire

La crise est présente, et à travers elle le modèle économique dominant est remis en question par certains. Face aux menaces qu’elle fait peser, un certain consensus se dessine en faveur d’une croissance durable qui permettrait de réduire l’empreinte écologique et les disparités dues aux emballements récents de la machine économique.

Mais pour certains intellectuels comme Pierre Rabhi, des économistes comme Serge Latouche, c’est le modèle de croissance lui-même, sur lequel est fondée la société de consommation, qui est la cause de la crise. Ils prônent l’adoption d’urgence d’un modèle économique alternatif : la prospérité sans croissance, fondement d’un modèle de société d’abondance frugale.

Sobriété heureuse : et s’il y avait une (vraie) vie après la croissance ?

fleche-suiteNon, nous ne serions pas condamnés à la croissance pour sortir de la crise.
Oui, il y aurait d’autres alternatives que la rigueur ou la relance, la quête effrénée de productivité et de compétitivité.

sobriété heureusePour certains économistes comme Serge Latouche, l’expression croissance soutenable elle-même est un oxymore fallacieux, parce que les gains en termes d’économies d’énergie et d’empreinte écologique qu’elle permet sont absorbés, annihilés par l’augmentation du nombre d’unités de produits vendus : ce qu’on désigne comme l’effet rebond.

Ce n’est pas qu’il y aurait une bonne ou une mauvaise croissance, mais que la croissance en elle-même serait le noeud du problème, en aggravant constamment la pression des prélèvements que l’humanité effectue sur la planète et qui aurait déjà dépassé la capacité de renouvellement de la biosphère.

Pour les tenants de la sobriété heureuse, c’est donc à un véritable changement de modèle de société qu’il faudrait parvenir avant que le point de non-retour vers lequel nous conduit la société de consommation ne soit atteint d’ici 10 ans à peine pour les projections les plus pessimistes, 60 ans pour les plus optimistes.

Changer de paradigme pour inventer un nouveau modèle de société

D’abord, en substituant nos instruments de mesure de la satisfaction ou de la santé des nations, qui ne prennent pas en compte les pertes dues à la pollution et à la dégradation de l’environnement, ni en termes de bien-être.

sobriété heureuse

manger mieuxUn tel indicateur montrerait comment la croissance du PIB est corrélée à la dégradation de nos conditions de vie et à la raréfaction des ressources naturelles parmi lesquelles des éléments soi-disant inépuisables comme l’eau (potable), l’air (non pollué) ou l’espace (vivable).

Ensuite en adoptant largement un mode de vie fondé sur une simplicité volontaire, visant à la satisfaction des besoins primordiaux : se loger dignement, se nourrir sainement, vivre en bonne santé. Mais aussi satisfaire une aspiration simple au bonheur, au repos et à l’échange social qui sous-entend une réduction drastique du temps de travail et l’équité d’accès à ce même travail.

Innovation frugale : plus avec moins, mieux pour tous.

Pour beaucoup, un tel changement de paradigme ne pourrait se faire sans une révolution ou des chocs violents. Pourtant, on pourrait en lire les prémisses dans les réalisations de l’innovation frugale, fondée sur l’imagination, l’observation des usages, la recombinaison des technologies existantes, y compris de pointe : en bref, faire plus et mieux avec ce qu’on a déjà.

soutien abo consoglobeCertes, ces pratiques s’inscrivent résolument dans l’économie de marché et ne sont pas des modèles déconnectés de la croissance. Mais en faisant évoluer notre façon de penser l’économie, elles participeraient à «décoloniser» petit à petit les esprits et à s’habituer à l’idée d’une prospérité sans croissance, modèle éthique autant qu’économique.

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