La sobriété heureuse, nouveau modèle de société fondé sur la simplicité volontaire

Rédigé par Nolwen, le 2 Feb 2014, à 15 h 25 min

La crise est présente, et à travers elle le modèle économique dominant est remis en question par certains. Face aux menaces qu’elle fait peser, un certain consensus se dessine en faveur d’une croissance durable qui permettrait de réduire l’empreinte écologique et les disparités dues aux emballements récents de la machine économique.

Mais pour certains intellectuels comme Pierre Rabhi, des économistes comme Serge Latouche, c’est le modèle de croissance lui-même, sur lequel est fondée la société de consommation, qui est la cause de la crise. Ils prônent l’adoption d’urgence d’un modèle économique alternatif : la prospérité sans croissance, fondement d’un modèle de société d’abondance frugale.

Sobriété heureuse : et s’il y avait une (vraie) vie après la croissance ?

fleche-suiteNon, nous ne serions pas condamnés à la croissance pour sortir de la crise.
Oui, il y aurait d’autres alternatives que la rigueur ou la relance, la quête effrénée de productivité et de compétitivité.

sobriété heureusePour certains économistes comme Serge Latouche, l’expression croissance soutenable elle-même est un oxymore fallacieux, parce que les gains en termes d’économies d’énergie et d’empreinte écologique qu’elle permet sont absorbés, annihilés par l’augmentation du nombre d’unités de produits vendus : ce qu’on désigne comme l’effet rebond.

Ce n’est pas qu’il y aurait une bonne ou une mauvaise croissance, mais que la croissance en elle-même serait le noeud du problème, en aggravant constamment la pression des prélèvements que l’humanité effectue sur la planète et qui aurait déjà dépassé la capacité de renouvellement de la biosphère.

Pour les tenants de la sobriété heureuse, c’est donc à un véritable changement de modèle de société qu’il faudrait parvenir avant que le point de non-retour vers lequel nous conduit la société de consommation ne soit atteint d’ici 10 ans à peine pour les projections les plus pessimistes, 60 ans pour les plus optimistes.

Changer de paradigme pour inventer un nouveau modèle de société

D’abord, en substituant nos instruments de mesure de la satisfaction ou de la santé des nations, qui ne prennent pas en compte les pertes dues à la pollution et à la dégradation de l’environnement, ni en termes de bien-être.

sobriété heureuse

manger mieuxUn tel indicateur montrerait comment la croissance du PIB est corrélée à la dégradation de nos conditions de vie et à la raréfaction des ressources naturelles parmi lesquelles des éléments soi-disant inépuisables comme l’eau (potable), l’air (non pollué) ou l’espace (vivable).

Ensuite en adoptant largement un mode de vie fondé sur une simplicité volontaire, visant à la satisfaction des besoins primordiaux : se loger dignement, se nourrir sainement, vivre en bonne santé. Mais aussi satisfaire une aspiration simple au bonheur, au repos et à l’échange social qui sous-entend une réduction drastique du temps de travail et l’équité d’accès à ce même travail.

Innovation frugale : plus avec moins, mieux pour tous.

Pour beaucoup, un tel changement de paradigme ne pourrait se faire sans une révolution ou des chocs violents. Pourtant, on pourrait en lire les prémisses dans les réalisations de l’innovation frugale, fondée sur l’imagination, l’observation des usages, la recombinaison des technologies existantes, y compris de pointe : en bref, faire plus et mieux avec ce qu’on a déjà.

soutien abo consoglobeCertes, ces pratiques s’inscrivent résolument dans l’économie de marché et ne sont pas des modèles déconnectés de la croissance. Mais en faisant évoluer notre façon de penser l’économie, elles participeraient à «décoloniser» petit à petit les esprits et à s’habituer à l’idée d’une prospérité sans croissance, modèle éthique autant qu’économique.

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14 commentaires Donnez votre avis
  1. Si bientôt ce message de changement pouvait être celui d’au moins un politicien, c’est ça qui serait bien.
    Et je me demande comment ce serait reçu, écouté, admis?
    gi

  2. Je suis d’accord avec Anne, Francis, Vanlerberghe et fab. Notre société d’ultraconsommation nous entraîne vers la catstrophe : moins de ressources pour toujours plus de monde, des firmes qui proposent des objets qui ne nous sont pas utiles mais qui deviennent indispensables.

    Il y a le projet OSE (Open Source Ecology, qui montrait que seulement 50 machines et appareils étaient nécessaires pour avoir une civilisation avec du confort.

    Trop de consommation tue la planète. Je n’ai qu’un ordinateur et un portable (ce qui est déjà trop) et çà me suffit amplement. Pas d’Iphone, pas de marques, pas toutes les technologies qui soi disant aident au confort, et pourtant je me sens très bien.

    Ce changement de société sera dur car nous sommes tellement habitués qu’il sera dur d’en sortir.

  3. D’une manière générale, malheureusement les crises font avancer, et notamment parce qu’elles font prendre conscience à des citoyens ouverts de se rendre compte d’où viennent les problèmes. Ce n’est pas toujours
    facile de les solutionner, mais de connaitre la cause aide énormement.
    Effectivement, la France parait en crise économique, mais qq milliers
    de français ont trop d’argent. et qq millions sont sous le seuil de pauvreté. Mais on peut être Pauvre et Heureux c’est loin d’être incompatible.
    Cependant une partie de la population ayant un pouvoir d’achat pas élevé
    se sent mal à l’aise car ” obliger de freiner sa consommation “.
    Consommer peu et être heureux c’est simple et quel Bonheur.
    Quel Bonheur pour soi, pour son entourage et dans le respect des générations futures.

    En Bretagne, on parle de crues ces jours-ci, dramatiques pour ceux qui ont leur maison inondée. Mais quelles en sont les causes ?
    La pluie oui, mais également le fait de bétonner toujours +, grandes routes, grandes surfaces ou immobilier utiles ou non et parfois en zones humides!!
    et
    encore les pratiques agricoles intensives qui ne retiennent plus l’eau
    ( diminution des surfaces en prairies, des haies , des talus..)
    message d’un paysan heureux

  4. eh ben….dit donc!!!

  5. de plus en plus, des solutions alternatives fleurissent, participez, organisez ne vous laissez pas avoir, des monnaies locales, des sites de dons, d’échanges de partage, organisez des ramassages auprès des grandes surfaces pour redistribuer, vous avez un peu d’argent investissez dans des projets qui vous plaisent sur des sites de financement participatif
    plus on sera de colibris a apporté la goutte pour éteindre la forêt, plus vite l’incendie sera éteint
    N’attendez rien des gouvernements, des politiques, agissez même un tout petit peu et ce sera beaucoup
    Plus nous serons et plus nous pourrons être écoutés

  6. Notre société nous guide vers un idéal qui est d’être beau, dans une belle maison tout en confort avec de belles voitures…Le premier élément du système est la pub que l’on nous montre tous les jours, sur tous les supports où des familles heureuses sont exposées devant ces emblèmes de la réussite.
    Mais pour cela, il faut courir, toujours courir après des objectifs aussi farfelus qu’inutiles pour être bien vu et avoir ces billets qui nous permettent d’atteindre notre rêve…
    Entre les propos de Pierre Rabhi et ceux de notre société de consommation, qui est l’utopiste ? Certainement pas Mr Rabhi qui oppose la compétition à la solidarité, l’orgueil à l’humilité, la jouissance de biens à la simplicité.
    La seule image du futur que l’on peut avoir c’est que, contraint forcé, nous serons obligés de ralentir et de réfléchir entre mourir de trop avoir ou vivre tout simplement.
    Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonné, le dernier poisson pêché, alors vous découvrirez que l’argent ne se mange pas..proverbe Améridien

    • pour ma part et depuis les années 1980 je fais en sorte de vivre ecolo, moins de consommations inutiles , j’ai mon âge et je ne cherche pas les opérations, ou autre pour paraître 30 ans de moins, la beauté c’est l’âme et le coeur qui donne un beau visage, l’âge apporte aux plus jeunes, vivre vraiment. Vous avez raison dans votre texte .Mais rien ne nous oblige à suivre la télé ou autre, sauf la travail et la vie sociale qui est bien là .

  7. Je suis heureuse de m’ arrêter sur votre site ,voilà ce qu’il faut

    inculquer aux dirigeants de tous pays afin qu’ils ouvrent les yeux

    nous n’avons pas besoin de superflus ,seulement ;LE NECESSAIRE

  8. La nécessité de ce nouveau modèle de société est une évidence depuis longtemps. Malheureusement, l’abandon de l’idée même de croissance se heurte à trop d’intérêts, aussi bien ceux des financiers et des multinationales, toujours avides de plus de profits, que ceux des corporations dverses, syndicats ou partis politiques, même de gauche, touours prêts à flatter leur clientèle dans le sens du poil, sans compter le rêve des peuples les plus pauvres qui de rejopindre le rang des plus riches. Le changement se fera un jour, par force, mais ce sera suite à des catastrophes prévibles. C’est un sujet hautement politique, au meilleur sens du terme, mais qui ose l’aborder?

    • Mais qui permet les profits des multinationales? les consommateurs, non? Je n’ai pas grand chose, pas de superflu en tout cas, je répare, j’achète d’occasion, mon canapé est vieux mais au moins les chats ne se font pas engueuler, ma voiture est cabossé, au moins je ne flippe pas sur les parking…Croyez moi, je ne suis pas plus malheureuse que les autres!! Si la consommation raisonnée ne viens pas grâce à l’écologie, elle viendra grâce au porte-monnaie.

  9. Bonjour
    En 1974 il y a 40 ans, René Dumont disait “l’utopie ou la mort” et l’un des membres des son staff m’écrivait ” l’écologie ? on va y aller forcément pour des raisons simplement économiques, et on a le choix : volontairement ou à coups de pieds aux fesses”

  10. Quel scoop!

Moi aussi je donne mon avis