Santé : le sel et le sucre séparés évitent le diabète

Les méfaits pour la santé d’un excès de sucre ou de sel sont bien connus. Mais ceux les associant et leurs liens sur le diabète viennent juste d’être découverts. Avec des mesures diététiques à prendre d’une simplicité étonnante.

Santé : le sel et le sucre séparés évitent le diabète

C’est de la chirurgie de l’obésité (la chirurgie bariatrique)* que tout est parti. Les médecins ont constaté que leurs patients diabétiques ne l’étaient plus, surtout après l’opération du by-pass gastrique. Et ce assez rapidement, avant même d’avoir perdu du poids. Les patients peuvent même diminuer, voire interrompre leur traitement antidiabétique. Un constat d’importance pour les 5 % de Français  et les 300 millions de personnes dans le monde qui souffrent de diabète de type 2.

Diabète : un mystère enfin levé

Jusqu’à maintenant, et malgré d’intenses recherches menées depuis plusieurs décennies par les chercheurs du monde entier pour comprendre ce phénomène, rien n’avait été expliqué. Les expérimentations sur les rongeurs n’ont pas donné de résultats probants. Le mystère restait.

C’est au CHRU de Lille qu’il vient d’être percé, par les chercheurs de l’Unité Mixte de Recherche 1190 « Recherche Translationnelle sur le Diabète » dirigée par le Pr François Pattou (Université de Lille – Inserm – CHRU de Lille), et une équipe du LABEX European Genomic Institute for Diabetes (Egid) avec les équipes médicales du CHRU de Lille(2).

Pourquoi la glycémie ne s’élève pas après le repas chez les opérés avec by-pass ?

Grâce à la disponibilité de patients volontaires, ces chercheurs ont d’abord observé que le by-pass gastrique limitait l’absorption des sucres ingérés, et par conséquent l’élévation de la glycémie après le repas.

 

 

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Au centre, le Pr François Pattou, À sa gauche, Jean-Eric Martello, patient opéré bariatrique (copyright : Alain Venderhagen, CHRU Lille)

Pour comprendre, ils ont ensuite étudié les conséquences de l’opération chez le miniporc, un mammifère omnivore, dont l’anatomie et la physiologie digestives sont très proches de celles de l’homme.

Les résultats sont inattendus, par la simplicité du mécanisme observé : le sucre est absorbé par les intestins lorsqu’il rentre en contact avec le sel et plus particulièrement les sels bilaires produits par le foie.

Au cours du by-pass gastrique, l’éviction de la partie haute des intestins par le by-pass fait que le sucre n’est absorbé que dans la partie basse des intestins, quand il entre en contact avec les sels biliaires qui arrivent normalement plus haut dans les intestins chez une personne non opérée. Donc il est absorbé en moins grandes quantités. La glycémie ne monte donc autant.

Sucre et sel ne font pas bon ménage

Pour vérifier ce constat, les chercheurs ont ajouté du sodium au repas : cela a suffi pour restaurer l’absorption du sucre dans la partie haute de l’intestin, et accroître le taux de sucre postprandial chez les animaux opérés. Donc, le sel participe à l’absorption du  sucre.

« On savait que l’intestin jouait un rôle dans le diabète, mais personne n’avait montré lequel », commente le Pr François Pattou. « On avait aussi oublié que la bile contenait du sodium et en grande quantité. C’est tout simple, finalement ! », ajoute-t-il.

Les chercheurs rajoutent aussi que la diminution sélective de l’absorption du glucose par l’intestin n’est sans doute pas la seule explication des résultats spectaculaires du by-pass gastrique : la perte de poids et la diminution de l’appétence pour les aliments sucrés semblent aussi jouer un rôle important pour le maintien au long cours des résultats.

« Les aliments très sucrés ne passent plus du tout », confirme Jean-Eric Martello, opéré d’un by-pass gastrique en février 2015 et qui a déjà perdu 60 kg mais n’est pas diabétique. « Tout comme les aliments gras d’ailleurs. Quant au sel, je n’en ajoute que très peu, juste après cuisson seulement ». Ces aliments causent d’ailleurs un malaise intense nommé Dumping syndrome quand ils sont ingérés en quantité, seuls ou mélangés.

 Vers un médicament ?

Les chercheurs lillois ont aussi remarqué que l’effet de la bile est annulé en présence de phlorizine, un inhibiteur de l’absorption du glucose, naturellement contenu dans l’écorce de pommier. Les possibilités pharmacologiques sont prometteuses pour ce qui serait le premier médicament contre l’absorption du sucre.

Des mesures diététiques simples

En attendant, le Pr François Pattou et son équipe soulignent l’intérêt de prévenir ou traiter le diabète en modulant l’absorption intestinale du glucose par des mesures diététiques ultra simples : la diminution de l’ingestion simultanée de sel et de sucre.

« On connaissait l’effet du sel sur la pression artérielle, mais pas celui sur le diabète en association au sucre. Encore une raison pour être vigilant sur la consommation de sel », insiste le Pr François Pattou.

Rappel : les Français consomment encore trop de sel en moyenne 8 à 10 g de sel /jour, alors que les recommandations sont de 5 g/j.

Cette nouvelle découverte appuie donc les recommandations en matière de consommation de sucre et de sel, à diminuer, certes, et surtout à ne pas manger ensemble !

À éviter :

C’est toute une partie de l’alimentation industrielle dans laquelle il y a du sucre et du sel  :

  • Plats cuisinés,
  • Sandwichs et salades industriels,
  • Fast-food,
  • Pizzas, tourtes et quiches industrielles,
  • Charcuterie.

À privilégier :

La cuisine maison, celle où vous maitrisez vous-mêmes vos apports en sel et sucre.

Pour résumer : pour éviter ou faire baisser le diabète, ne mangez pas salé-sucré.

* La chirurgie de l’obésité, avec ses trois opérations pratiquées : le by-pass gastrique (une dérivation de l’estomac qui est relié directement dans les intestins, sans passer par le duodénum – la première partie des intestins accolée au bas de l’estomac), la slive (une réduction de l’estomac) et l’anneau gastrique, posé dans l’estomac dont il réduit la taille.