Luttes paysannes : la mobilisation continue

Dimanche 17 avril, c’est la vingtième Journée internationale des luttes paysannes « pour la vie et l’accès à la terre ». L’occasion pour quelques collectifs français de se mobiliser afin de défendre les paysans et leurs droits.

Luttes paysannes : la mobilisation continue

Le 17 avril 1996, dix-neuf paysans brésiliens du Mouvement des travailleurs sans terre bloquent une route pour exiger des réformes agraires et de meilleures conditions de vie. La répression policière est sanglante. Dix-neuf personnes trouvent la mort le jour même, et deux autres décèdent des suites de leurs blessures, sans compter les centaines de blessés. Cet événement intervient alors que le mouvement paysan international, Via Campesina, organise sa deuxième conférence au Mexique. Le 17 avril devient dès lors la Journée internationale des luttes paysannes.

Brésil, Venezuela, Belgique, Allemagne, Portugal, Pakistan, Zimbabwe, États-Unis, Canada… Chaque année à la même date, la Via Campesina, littéralement « la voie paysanne », appelle à la mobilisation pour que des événements soient organisés partout dans le monde.

En France, plusieurs actions sont menées ce week-end, notamment à Lyon, à Angers, ainsi qu’à Bure, dans la Meuse.

Luttes paysannes : des patates contre le nucléaire

Le collectif Terres de Bure, organise le Printemps des luttes paysannes pour « des semis radieux, pas des champs irradiés ». C’est dans cette ville de la région Grand Est (Alsace, Champagne-Ardenne, Lorraine), que l’Agence Nationale de Gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) envisage depuis plus de 20 ans d’implanter une véritable poubelle nucléaire.

« Ils ont prévu de creuser 300km de galeries à 500 m sous terre pour y enfouir des déchets radioactifs, explique Michel du collectif Terres de Bure. Ils garantissent un risque zéro pendant 100.000 ans, mais ils ne savent même pas encore combien de milliards tout ça va coûter, d’autant plus que 130 années de travaux seront nécessaires à la réalisation du projet. » Le CIGEO (Centre industriel de stockage géologique) n’a pas encore d’existence légale mais certaines infrastructures sont déjà construites.

Notre collectif veut faire renaître une résistance paysanne.
Michel du collectif Terres de Bure

Terres de Bure regroupe des citoyens de la région Grand Est qui souhaitent faire entendre leur voix face à l’accaparement des sols. « Depuis le début du projet, l’ANDRA a déjà pris possession de 3.000 ha de terres. En comparaison, à Notre-Dame des Landes, c’est 1.600 ha, rappelle Michel. La plupart des agriculteurs ont dû vendre et ont été menacés d’expropriation. Notre collectif veut faire renaître une résistance paysanne. »

Dans le cadre de la Journée internationale des luttes paysannes, le collectif organise samedi 16 avril, une rencontre entre les luttes foncières à l’ancienne gare de Luméville, qui pourrait, à terme, être réutilisée pour acheminer les déchets radioactifs.

Le dimanche, c’est une session de semis collectifs de pommes de terres qui est prévue sur les terrains désormais possédés par l’ANDRA. « Nous avions déjà fait ça l’année dernière, mais nos semis ont été retournés pour faire des fouilles archéologiques en vue de la construction du CIGEO, ajoute Michel. Cette année, nous comptons bien récolter nos patates pour nourrir la lutte ! »

20 ans de résistance

La répression violente et les abus contre l’environnement et les travailleurs de la terre sont toujours d’actualité. Rien qu’au Honduras, Berta Caceres et Nelson García, deux militants pour les droits du peuple Ienca et pour l’environnement, ont été assassinés en mars dernier. En Colombie, douze défenseurs des droits humains ont perdu la vie depuis le début de l’année 2016.

En coordonnant 70 organisations, la Via Campesina poursuit donc sa lutte contre « le modèle de l’agrobusiness (…) qui impose la monoculture, détruit la biodiversité, utilise toujours plus de produits toxiques, expulse les paysans de leur terre et impose son dictat aux gouvernements et aux États. »

luttes paysannes via campesina

L’objectif du mouvement est d’assurer la sécurité alimentaire et l’autonomie des paysans. La Via Campesina combat l’accaparement de l’eau et des terres grâce à la mise en place de réformes agraires et la reconnaissance des droits des paysans en collaboration avec les Nations unies. La parité hommes-femmes et le respect de la biodiversité font également partie des ses engagements.

Après vingt ans de lutte, il reste encore beaucoup à faire, y compris en Europe. Chez nos voisins belges, 43 fermes disparaissent chaque semaine depuis quinze ans, selon un rapport gouvernemental de 2013.

En France, la surface agricole utile représente environ 29 millions d’hectares, soit un peu plus de la moitié du territoire national. Mais, le nombre d’exploitations agricoles ne cesse de diminuer d’environ 3 % par an en moyenne depuis 2003.

La polyculture, qui consiste à faire pousser plusieurs espèces de plantes dans une même exploitation agricole, disparait au profit d’hectares de céréales et les agriculteurs délaissent l’élevage, devenu trop précaire. L’urbanisation de la société renforce la désertification des campagnes, et la spéculation foncière entraine la flambée des prix qui empêchent les jeunes agriculteurs de s’installer. Ici comme ailleurs, la lutte paysanne a encore de nombreux combats à mener.