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Duel écologique : Papier vs. support numérique : quel impact environnemental ?

« Pensez à l’environnement, n’imprimez pas cet e-mail » ; « participez à la protection de l’environnement en passant à la facture numérique ! » : on nous enjoint souvent de remplacer le support papier par le numérique, au nom de la protection de l’environnement. Toutefois, le numérique n’est pas forcément plus écologique que le papier : tout dépend de l’usage que l’on a de nos documents et de multiples autres facteurs.

Papier vs. support numérique : quel impact environnemental ?

Aujourd’hui, le numérique promet la dématérialisation, avec moins de matière consommée au profit du « virtuel ». Mais les supports numériques ont-ils vraiment un impact environnemental plus faible que le papier ? La réponse n’est pas simple.

Avantages et limites du papier

Tout d’abord, si l’on prend quelques précautions, le papier permet de conserver des données sur une durée quasiment illimitée. Malgré tous les progrès réalisés dans le numérique, les disques durs ordinateurs ne sont jamais à l’abri d’une panne ou d’un accident, tout comme les espaces de stockage en ligne ou les adresses électroniques peuvent être la cible de pirates.

C’est donc le bon vieux papier qui reste le support de stockage des données le plus sûr dans le temps.

De plus, un utilisateur peut revenir sur un document en version papier autant de fois qu’il le désire, sans que cela ne pèse sur son empreinte énergétique : consulter plusieurs fois sa facture imprimée sur papier ne coûte rien, mais l’ouvrir en version numérique implique une nouvelle navigation, voire un téléchargement, sachant que le « poids » d’une seule recherche Google est déjà estimé à 10 grammes en équivalent-carbone.

Cependant, la fabrication et l’acheminement du papier (non recyclé) sont des étapes qui consomment beaucoup de ressources : on estime ainsi que vingt millions d’arbres sont coupés chaque année pour produire du papier, sans compter toute l’énergie requise pour le blanchir, l’imprimer et le transporter.

Les études d’analyse de cycle de vie du papier et du numérique montrent que c’est vraiment sur la fin de vie, autrement dit sur le recyclage des matériaux, que le papier sort grand gagnant. Disposant de filières efficaces, il reste en effet bien plus facile à recycler que les composants des appareils électroniques. Ainsi, chaque année en France, on parvient à traiter 5,2 millions de tonnes de papier.

Avantages et limites du numérique

Malgré les arguments précédents, impossible de nier les nombreux avantages qu’offre le numérique, notamment en termes pratiques.

  • Il permet la consultation rapide de documents, offre une facilité d’envoi exemplaire et l’accès à un nombre d’informations quasiment illimité sur internet.
  • Il est souvent bien plus simple d’effectuer une recherche sur la toile ou dans sa boîte mail que dans ses archives papier. Tout comme il est aussi bien plus rapide et moins cher d’envoyer un e-mail que d’écrire un courrier.

Malheureusement, les supports numériques ne sont pas plus écologiques que le papier :

  • Chaque visionnage, envoi, téléchargement et stockage d’un document sont des actions qui consomment de l’énergie : une même facture enregistrée à la fois dans sa messagerie, sur le disque de son ordinateur ainsi que chez le fournisseur multiplie par trois cette consommation.
  • Le numérique n’est pas si immatériel que cela puisque pour pouvoir visionner quelque chose, il faut bien un support : ordinateurs, tablettes, téléphones portables… Et face au papier, ce sont bien eux qui ont  l’impact environnemental le plus important, tant dans les étapes de fabrication que d’utilisation et de recyclage. 
  • D’après l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, 75 % des DEEE (Déchets d’équipement électriques et électroniques) ne sont pas recyclés. Un poids qui prend de l’ampleur vue la tendance qui consiste à changer de support régulièrement : en moyenne, un smartphone tous les dix-huit mois, même s’il est encore en état de marche.
Déchets électroniques

Déchets électroniques

Le verdict

Selon l’étude réalisée par EcoInfo et le CNRS sur le sujet, il est difficile de trancher entre les deux supports tant tout dépend de l’utilisation.(1)

De nombreux paramètres entrent en ligne de compte comme la nature des contenus, le nombre de lecteurs, les types de stockage, le recyclage ou non du papier, la fréquence de remplacement de l’appareil, etc. 

Pour une facture, il est plus intéressant de « passer au numérique » si l’on ne l’imprime pas et que l’on passe moins de 30 minutes à la consulter à l’écran.

Quant aux livres, les études divergent. Selon les études des cabinets Carbone 4 et Cleantech, le « poids » d’un livre est estimé entre 1 et 7,5 kg équivalent carbone contre 150 et 250 kg pour une tablette.

Il serait donc nécessaire de lire plus de vingt livres par an sur une liseuse numérique pour que ce support numérique devienne rentable écologiquement. Si on en lit moins, mieux vaut rester fidèle aux versions papier.

Pour les articles comme celui que vous êtes en train de lire, l’impact environnemental est à peu près similaire au journal papier, mais cela dépend également du temps de lecture.

Retenons donc que plus la durée de consultation et de conservation est courte, plus le support numérique est adapté.

Conclusion du match : précautions d’usage

Pour le papier comme pour le numérique, il convient donc d’être mesuré dans ses usages.

On commence par privilégier les produits responsables à l’achat : papier recyclé ou ordinateurs économes qu’on s’appliquera à conserver le plus longtemps possible.

Le troc, la location, le don, le prêt, la revente ou même la réutilisation du matériel et des livres dont on ne veut plus, sont de bonnes manières de prolonger leur vie.

Enfin, on confie ses vieux papiers et tout son matériel obsolète aux filières de recyclage adaptées.