Aux diamants de sang, préférez les diamants de synthèse

L’exploitation du diamant est génératrice de conflits. Face au défi des diamants de sang, les diamants de synthèse offrent-ils une alternative ?

Aux diamants de sang, préférez les diamants de synthèse

L’exploitation du diamant est génératrice bien souvent de conflits. Face à ce défi, deux solutions ont émergé ces dernières années : le processus de Kimberley, qui tente de réguler le négoce des diamants. Et la fabrication industrielle de véritables diamants. Est-ce que ce sont de vraies solutions pour les consommateurs désireux d’acheter des bijoux qui ne soient pas entachés de sang ?

Une exploitation ancienne, des problèmes qui le sont tout autant

L’exploitation du diamant est née en Inde il y a 3000 ans, mais c’est actuellement l’Afrique qui est le leader sur le marché du diamant brut avec près de 60 % de la production mondiale. En dépit de cette manne financière pour l’Afriqueplus de 8 milliards de dollars par an -, l’argent obtenu par le commerce de diamants bruts a en grande partie financé des conflits armés, surtout dans les années 1990.

Les diamants de sang ou diamants de guerre, comme on les appelle, ont ainsi servi à financer des armées rebelles responsables de massacres de populations civiles en Angola, RDC et en Sierra Leone entre autres.

 

 

Processus de Kimberley : la lutte contre le financement des armées rebelles africaines s’organise

C’est pour lutter contre le financement des groupes armés et de leurs guerres qu’a été mis en place en 2003 le processus dit de Kimberley [1], réunissant des gouvernements, les représentants de l’industrie du diamant et des ONG comme Global Witness.

Diamants bruts

Diamants bruts

Le processus de Kimberley vise à délivrer un certificat de garantie unique pour chaque diamant brut, attestant de son origine et garantissant ainsi que son commerce ne participe pas au financement d’un conflit armé.

Les pays participants, sur la base du volontariat, s’engagent à mettre en place au niveau national les dispositions légales nécessaires pour faire appliquer ces mesures. Comme on peut le voir sur le site des douanes françaises [2], il est impératif que les diamants transitant par la France soient enfermés dans des boîtes scellées, qu’ils aient un certificat d’origine et qu’ils proviennent de pays membres du processus ou bien qu’ils soient expédiés vers des pays participant au processus de Kimberley.

De 10 % à 0,5 % de diamants de sang, mais des résultats mitigés

Ces démarches visent à exclure du commerce légal les diamants non certifiés et à impacter ainsi les acteurs non respectueux de ces accords internationaux. On estime qu’au début des années 2000, juste avant l’application du processus de Kimberley, 10 % des diamants bruts étaient des diamants de sang. Actuellement, on estime que seulement 0,5 % des diamants du marché en sont.

Les limites du process de Kimberley

La corruption

Alors que l’on va fêter les 12 ans de l’application de cet accord international, le résultat est mitigé. D’une part parce que malgré les chiffres officiels montrant clairement la baisse du nombre de diamants de guerre sur le marché légal, il est difficile de vérifier ces chiffres.

Carte des pays où l'exploitation des diamants crée des conflits

Carte des pays où l’exploitation des diamants crée des conflits

D’autre part, du fait de la corruption très présente dans de nombreux pays africains, un grand nombre de diamants de sang provenant de pays ne faisant pas partie du processus de Kimberley trouvent leur chemin sur le marché légal en obtenant un certificat légal dans un pays voisin faisant partie de la convention des pays signataires.

Amnesty International et GlobalWitness soulignent les limites de la certification en place.

Les conditions de travail des mineurs

Autre point noir, malgré le certificat d’origine du diamant, le droits de l’homme et les conditions de travail des mineurs ne sont pas respectés. Les droits de l’homme ne sont en effet pas pris en considération par le processus de Kimberley qui ne vise qu’à lutter contre le financement d’armées illégales. Rien n’assure donc qu’un diamant certifié ait été extrait dans de bonnes conditions de travail telles qu’on les estime nécessaires en Occident.

Lors des dernières assemblées du processus de Kimberley, les ONG participantes ont tenté de faire prendre en compte le critère des droits de l’homme dans la certification des diamants, mais sans résultat. Les pays producteurs et entreprises minières étant contre, les discussions seront longues.

[1] Processus de Kimberley : www.kimberleyprocess.com / [2] Site des douanes françaises : http://www.douane.gouv.fr/articles/a10927-diamants-bruts-soumis-au-processus-de-kimberley /

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