Une étude remet en cause les bénéfices de la vitamine D et du calcium
Les compléments de vitamine D et de calcium sont prescrits depuis des années pour limiter les fractures chez les personnes âgées. Une vaste revue scientifique publiée dans le BMJ conclut pourtant que cette stratégie offre peu ou pas de bénéfice dans la prévention des fractures et des chutes chez les seniors vivant à domicile.

Cette nouvelle étude pourrait conduire à une évolution des recommandations médicales.
Fractures et vitamine D : une méta-analyse parmi les plus complètes jamais réalisées
Les médecins prescrivent régulièrement de la vitamine D, du calcium ou une association des deux aux personnes âgées afin de préserver leur santé osseuse et de réduire le risque de fractures. Cette pratique repose sur le rôle essentiel de ces nutriments dans le maintien de la solidité des os. Toutefois, une nouvelle revue systématique publiée en 2026 dans le British Medical Journal (BMJ) invite à reconsidérer cette approche lorsqu’il s’agit d’une supplémentation systématique chez les seniors.
Les chercheurs estiment que les preuves scientifiques disponibles ne montrent pas d’effet significatif de ces compléments alimentaires sur la prévention des fractures ni des chutes. Si ces résultats ne remettent pas en cause la prise en charge des personnes souffrant d’une carence documentée ou d’une maladie osseuse particulière, ils pourraient en revanche modifier les habitudes de prescription pour une grande partie des patients.
Pour parvenir à cette conclusion, l’équipe de chercheurs, dirigée par des universitaires québécois, a réalisé une revue systématique accompagnée d’une méta-analyse de 69 essais cliniques randomisés réunissant 153.902 participants. L’objectif consistait à mesurer l’efficacité du calcium, de la vitamine D ou de leur combinaison sur plusieurs critères : l’ensemble des fractures, les fractures de la hanche, les fractures vertébrales, les fractures non vertébrales ainsi que les chutes.
L’analyse aboutit à un constat particulièrement clair. Les chercheurs observent que la supplémentation en calcium seul, en vitamine D seule ou en association présente « peu ou pas d’effet » sur le risque global de fractures. Le même constat vaut pour les fractures spécifiques étudiées ainsi que pour les chutes. Cette absence de bénéfice significatif apparaît malgré l’importance de l’échantillon étudié, qui en fait l’une des synthèses scientifiques les plus solides publiées à ce jour sur cette question.
Ces conclusions contrastent avec une pratique médicale largement répandue. Dans de nombreux pays, les personnes âgées présentant un risque d’ostéoporose ou de fracture reçoivent fréquemment ces compléments. Beaucoup d’autres les achètent également de leur propre initiative dans l’espoir de renforcer leur squelette et de prévenir une éventuelle fracture liée à l’âge. Les auteurs rappellent néanmoins que leur travail concerne principalement des personnes âgées vivant à domicile et qu’il ne doit pas être extrapolé à toutes les situations cliniques. Les patients souffrant d’une pathologie osseuse spécifique, présentant une carence sévère en vitamine D ou bénéficiant déjà d’un traitement médicamenteux contre l’ostéoporose relèvent d’une prise en charge différente.
Ce que cette étude change pour les prescriptions
Au-delà des résultats scientifiques, cette publication pourrait avoir des conséquences concrètes sur les recommandations adressées aux médecins. Les auteurs considèrent que les données actuelles ne justifient plus une supplémentation systématique en calcium ou en vitamine D uniquement dans le but de prévenir les fractures et les chutes chez les personnes âgées. Ils invitent ainsi les sociétés savantes, les autorités sanitaires et les organismes chargés d’élaborer les recommandations cliniques à réexaminer leurs préconisations à la lumière des preuves désormais disponibles.
Cette remise en question ne signifie toutefois pas que la vitamine D ou le calcium deviennent inutiles. La vitamine D demeure indispensable au métabolisme osseux puisqu’elle favorise l’absorption du calcium et contribue au bon fonctionnement des muscles. Une carence importante peut provoquer des troubles osseux comme l’ostéomalacie chez l’adulte, tandis que le calcium reste un nutriment essentiel dont les besoins quotidiens doivent être couverts, en priorité par l’alimentation.
Les chercheurs insistent donc sur une nuance importante : leur étude ne remet pas en cause l’intérêt de corriger une carence documentée, mais bien celui de prescrire ces compléments de façon quasi systématique à l’ensemble des seniors dans l’objectif exclusif d’éviter les fractures. Selon eux, les preuves disponibles ne permettent plus de soutenir cette stratégie préventive chez la majorité des personnes âgées vivant à domicile.
Pourquoi l’activité physique pourrait mieux prévenir les fractures que les compléments
L’étude ne se contente pas de remettre en cause l’efficacité des compléments alimentaires. Elle met également en avant des approches dont les bénéfices sont aujourd’hui mieux démontrés. Les chercheurs estiment que les exercices physiques avec mise en charge – comme la marche rapide, la montée d’escaliers ou certains exercices de renforcement musculaire – constituent une stratégie plus pertinente pour préserver la solidité osseuse et réduire le risque de chute.
Cette recommandation repose sur un constat préoccupant. Près d’un tiers des personnes âgées de 65 ans et plus chutent au moins une fois par an. Or, ces accidents représentent l’une des principales causes de fractures chez les seniors. Les chercheurs rappellent également qu’environ 85 % des personnes âgées développent une peur de tomber après une chute, un phénomène susceptible de réduire leur mobilité, d’accroître la perte musculaire et, paradoxalement, d’augmenter le risque de nouvelles chutes.
Les chiffres concernant les fractures illustrent également l’ampleur du problème : une femme sur deux et un homme sur cinq subiront au cours de leur vie une fracture liée à un traumatisme de faible intensité, souvent consécutive à une chute. Dans ce contexte, les auteurs considèrent que des programmes individualisés de prévention des chutes, associés à une activité physique adaptée, pourraient produire davantage de bénéfices qu’une simple supplémentation nutritionnelle. Le maintien de la masse musculaire, de l’équilibre et de la coordination constitue aujourd’hui un levier majeur de prévention. Autrement dit, renforcer les capacités physiques des personnes âgées pourrait avoir un impact plus important sur la diminution des fractures que la prescription systématique de comprimés de vitamine D ou de calcium.
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Ce que les patients doivent retenir avant d’arrêter leur vitamine D ou leur calcium
Ces résultats ne signifient pas que toutes les personnes âgées doivent interrompre immédiatement leur traitement. Les auteurs prennent soin de rappeler que leurs conclusions concernent la prévention des fractures chez les seniors vivant à domicile et ne s’appliquent pas automatiquement à toutes les situations médicales. Les personnes présentant une carence confirmée en vitamine D, certaines maladies osseuses, une malabsorption digestive ou un traitement spécifique contre l’ostéoporose peuvent continuer à tirer un bénéfice de ces compléments dans le cadre d’une prise en charge individualisée. De même, les recommandations nationales visant à prévenir les déficits en vitamine D durant les périodes de faible ensoleillement restent fondées sur des objectifs de santé différents de la seule prévention des fractures.
L’étude rappelle également que le calcium demeure indispensable au fonctionnement normal de l’organisme. Chez les adultes, les autorités sanitaires britanniques recommandent un apport quotidien d’environ 700 mg, de préférence grâce à une alimentation équilibrée comprenant notamment des produits laitiers, certaines eaux minérales riches en calcium ou des aliments végétaux qui en contiennent naturellement.
Pour les médecins, cette publication pourrait surtout conduire à une évolution du dialogue avec les patients. Plutôt que de recourir automatiquement à une supplémentation préventive, les professionnels de santé pourraient être amenés à évaluer plus précisément les facteurs de risque individuels, les habitudes de vie, l’alimentation, l’activité physique et les antécédents de chute avant de décider d’une prescription. Cette approche plus personnalisée correspond à l’évolution actuelle de la médecine préventive, qui privilégie des interventions adaptées au profil de chaque patient plutôt que des recommandations uniformes.
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