Violences gynécologiques : 8 femmes sur 10 rapportent une atteinte au consentement
Selon la première enquête nationale consacrée au consentement en gynécologie, plus de huit personnes sur dix déclarent avoir subi au moins une atteinte à leur consentement lors d’un examen gynécologique. Réalisée auprès de plus de 10 000 répondants, cette étude de l’association StopVOG met en lumière des pratiques qui dépassent largement les situations isolées et soulèvent des questions de santé publique.

Alors que le respect du consentement est inscrit dans la loi depuis plus de vingt ans, les résultats dévoilés par StopVOG dressent le portrait d’un système de soins où de nombreuses patientes disent encore éprouver des difficultés à faire valoir leurs droits, à être entendues ou à interrompre un acte médical qu’elles jugent douloureux ou inadapté.
Violences et consentement : des chiffres qui interrogent
Menée entre juillet et décembre 2025, l’enquête de l’association StopVOG repose sur 10.152 questionnaires complets recueillis dans toute la France. Si les auteurs précisent que les résultats ne prétendent pas représenter l’ensemble des consultations gynécologiques du pays, ils constituent néanmoins l’un des plus importants corpus jamais réunis sur cette question.
Le constat principal est particulièrement frappant. Selon StopVOG, 80,95 % des répondants affirment avoir subi au moins une atteinte à leur consentement lors d’un examen gynécologique. Dans le même temps, 84,6 % estiment qu’il est difficile de refuser un examen proposé par un professionnel de santé. Pour l’association, cette difficulté s’explique notamment par le rapport de confiance qui unit le patient au soignant, mais aussi par un déficit d’information. Plus de 84 % des personnes interrogées déclarent ne pas avoir toujours reçu suffisamment d’explications sur l’intérêt d’un examen proposé pour la première fois. Plus de 82 % estiment également ne pas avoir été correctement informées de son déroulement.
Cette situation nourrit un sentiment d’impuissance chez de nombreuses patientes. L’une d’elles témoigne ainsi dans le rapport : « Les médecins devraient expliquer en début de consultation quels sont nos droits ». Selon son récit, les informations arrivent souvent au moment où l’examen va débuter, alors que la personne se trouve déjà installée sur la table d’examen. Les attentes sont donc fortes. Près de 89,4 % des répondants souhaitent que leur consentement soit davantage sollicité avant chaque acte gynécologique.
Minimisation des douleurs menstruelles, examens poursuivis malgré la douleur, discriminations… : chez le gynéco, une expérience loin d’être positive !
Au-delà du seul consentement, l’enquête met en évidence une fréquence importante de situations perçues comme violentes ou irrespectueuses. Près de 68,7 % des personnes interrogées disent avoir déjà été mises mal à l’aise, choquées ou blessées par un geste, une attitude ou un propos lors d’une consultation. Plus encore, 45,1 % déclarent avoir subi des violences obstétricales et gynécologiques. Dans le détail, 28,7 % évoquent des violences gynécologiques, et 24,5 % des violences obstétricales.
Le rapport documente également de nombreuses situations où les examens auraient été poursuivis malgré la douleur. Plus d’une personne sur deux, soit 51,3 % des répondants, affirme avoir vécu au moins un examen considéré comme trop douloureux mais maintenu malgré sa volonté de l’interrompre. Les actes les plus souvent cités sont la pose du spéculum, le toucher vaginal, le frottis, la pose d’un stérilet ou encore l’échographie endovaginale.
Les discriminations constituent un autre volet majeur des résultats. Près de 39,8 % des répondants disent avoir subi des comportements discriminatoires dans leur parcours de soins. Sont notamment mentionnés le sexisme, la grossophobie, le racisme, les discriminations liées au handicap ou à l’orientation sexuelle.
Les douleurs gynécologiques apparaissent également insuffisamment prises en compte. Plus de 55 % des personnes interrogées estiment que leurs douleurs ou les effets secondaires liés aux règles ou à la contraception ont été minimisés ou niés. Parmi elles, de nombreuses femmes relatent des remarques banalisant leurs souffrances. Une répondante rapporte ainsi avoir entendu : « C’est normal d’avoir mal. Bienvenue dans la vie de femme ! »
Quand les violences peuvent relever d’atteintes sexuelles
L’un des aspects les plus marquants du rapport concerne les situations susceptibles de relever de violences sexuelles dans le cadre du soin. Selon StopVOG, 56,3 % des répondants rapportent au moins une atteinte grave au consentement pouvant s’apparenter à une violence sexuelle. L’association retient notamment plusieurs situations : examens réalisés sans prévenir la patiente, actes acceptés sous pression ou par sentiment d’obligation, examens poursuivis malgré la douleur ou encore actes effectués malgré un refus exprimé.
Ainsi, 26,35 % des personnes interrogées indiquent avoir subi un examen réalisé « par surprise », tandis que 31,7 % déclarent avoir accepté un examen sous pression. Plus préoccupant encore, 4,1 % affirment qu’un acte a été réalisé malgré leur refus explicite. Certains témoignages illustrent la violence ressentie. Une participante raconte : « Le médecin a inséré ses doigts dans mon vagin sans me prévenir au préalable de son geste. Je l’ai vécu comme un viol ».
Le rapport recense également des gestes à connotation sexuelle signalés par les répondants. Près de 10 % évoquent des gestes déplacés sur les parties intimes, et 4,45 % mentionnent des mouvements de va-et-vient dans le vagin considérés comme inappropriés. Ces données prennent un relief particulier dans le contexte de la loi du 6 novembre 2025, qui a précisé dans le Code pénal les critères du consentement libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable. StopVOG estime que cette évolution juridique permet d’analyser plus clairement certaines situations survenant dans le cadre du soin.

Violences, traumatismes et renoncement aux soins
L’étude ne s’arrête pas aux faits rapportés. Elle s’intéresse également à leurs conséquences. Plus de 70 % des répondants affirment s’être déjà sentis mal physiquement ou psychologiquement après une consultation gynécologique, indépendamment de toute inquiétude liée à leur état de santé. Plus d’une personne sur deux, soit 50,59 %, déclare avoir développé au moins une manifestation psychologique après une consultation mal vécue. Les symptômes mentionnés incluent l’anxiété, les crises de larmes, les troubles du sommeil, les souvenirs intrusifs, la perte de confiance ou encore l’évitement des lieux de soins. Chez les personnes déclarant avoir subi des violences obstétricales et gynécologiques, la proportion atteint 73,64 %.
StopVOG a également élaboré un indicateur exploratoire inspiré des outils d’évaluation du stress post-traumatique. Selon cet indicateur, 5,44 % des victimes auto-déclarées présentent un profil compatible avec un trouble de stress post-traumatique, contre seulement 0,21 % parmi les personnes n’ayant pas rapporté de telles violences.
Les répercussions touchent aussi directement le parcours médical. Plus d’une personne sur deux, soit 53 %, affirme que son suivi gynécologique a été affecté après une consultation mal vécue. Certaines renoncent à des examens, d’autres repoussent leurs rendez-vous pendant plusieurs années. Ce taux grimpe à 72,75 % chez les personnes déclarant avoir subi des violences obstétricales et gynécologiques.
Pour StopVOG, ces résultats démontrent que les atteintes au consentement dans le soin ne constituent pas seulement une question de relation médecin-patiente. Elles représentent un enjeu majeur de santé publique, susceptible d’entraîner des ruptures de suivi, des retards de diagnostic et une perte durable de confiance envers le système de santé.
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