Forages pétroliers : Total toujours en manoeuvre dans le bassin amazonien ?

Quelques jours seulement après avoir déposé les dossiers pour l’acquisition de licences d’exploitation de pétrole près du Récif de l’Amazone, au Brésil, Total se retire de son rôle d’opérateur… mais pas du projet !

Rédigé par Anton Kunin, le 8 Sep 2020, à 12 h 15 min

Le 7 septembre 2020, Total a annoncé par communiqué avoir mis fin à son rôle d’opérateur d’un projet de forage pétrolier dans les eaux brésiliennes, au large de l’embouchure de l’Amazone, après que le média brésilien Epbr a révélé, le 2 septembre 2020, que le groupe avait à nouveau déposé les dossiers en espérant avoir le feu vert des autorités pour obtenir les licences d’exploitation(1).

Même sans être opérateur, Total pourra toujours récolter les dividendes

Total ne sera plus l’opérateur du projet pétrolier près du Récif de l’Amazone, un écosystème unique et vulnérable à 120 km des côtes brésiliennes. Le groupe a annoncé son retrait par communiqué le 7 septembre 2020 et assure en avoir informé l’Agence nationale du pétrole, du gaz naturel et des biocarburants.

Au cours des six mois à venir, un nouvel opérateur devra donc être trouvé. Celui-ci devra racheter les installations déjà en place sur le site du bassin dénommé « Foz de Amazonas ». Selon les informations du journal Les Echos, la compagnie nationale Petrobras est la mieux positionnée pour reprendre ce projet de forages pétroliers au Brésil car elle aura sans aucun doute un soutien sans faille du président climato-sceptique Jair Bolsonaro(2).

Même si Total ne sera plus l’opérateur de ce projet, il pourra néanmoins en rester actionnaire et récolter les dividendes qui ne tarderont pas à se dégager une fois que débutera la commercialisation du pétrole.
À ce titre, le seul retrait du rôle d’opérateur du projet n’implique pas un retrait de Total de ce projet sur le plan financier.

Total, s’est-il retiré sous la pression de Greenpeace ?

Selon les informations du média brésilien Epbr, Total avait déjà déposé les dossiers pour l’exploitation de ce bassin pétrolier en 2018, mais cette tentative avait connu un échec, l’Ibama (l’agence brésilienne de l’environnement) ayant fait part de « sérieux doutes » sur la sûreté du projet sur les plans opérationnel et technique. L’avis mentionnait explicitement « l’ampleur des déficiences techniques » révélées.
Cependant, la présidente de l’Ibama ayant été démise de ses fonctions par Jair Bolsonaro dès son arrivée au pouvoir, Total espérait manifestement tenter de réactiver le processus d’obtention des licences.

Photo d’une expédition de Greenpeace en 2019 près de la Guyane © Pierre Baelen / Greenpeace France

Lire aussi : Environnement – Total, ExxonMobil, les pétroliers dans la tourmente

Mais un élément perturbateur est apparemment venu empêcher ce projet : le 4 septembre 2020, Greenpeace a véhiculé les révélations d’Epbr, y compris en France, pays natal de Total.

« L’obstination de Total pour ce projet ne fait que confirmer le cynisme de cette entreprise et de son PDG, Patrick Pouyanné. D’un côté, Total communique à tout-va avec des annonces soi-disant en faveur du climat et des investissements en réalité minoritaires dans les énergies renouvelables ; de l’autre, Total cherche à tirer profit de la complaisance de dirigeants climato-sceptiques pour relancer en catimini des projets climaticides et destructeurs pour la biodiversité », avait alors déclaré Edina Ifticène, chargée de campagne pétrole chez Greenpeace France.

Illustration bannière : Plateforme de forage pétrolier © Lukasz Z
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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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