Les souffleurs de feuilles, un fléau à bannir ?

Les souffleurs de feuilles pullulent en automne. Il présentent pourtant plusieurs effets nocifs pour la santé de l’homme, mais aussi pour la nature.

Rédigé par Stephen Boucher, le 7 Dec 2020, à 13 h 00 min
Les souffleurs de feuilles, un fléau à bannir ?
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« Déjà plus d’une feuille sèche, Parsème les gazons jaunis ; Soir et matin, la brise est fraîche, Hélas ! les beaux jours sont finis ! », écrivait Théophile Gautier dans sa « Chanson d’automne ». On pourrait ajouter à la fin de cet extrait « Vrrrroooouuummm ». Si vous ne l’avez pas reconnu, c’est le « doux bruit » d’un souffleur de feuilles, de sortie en ce début d’automne. Un appareil dont l’utilisation par les municipalités ou les particuliers fait débat.

Le souffleur de feuilles néfaste pour l’homme et la nature

Vous ne pouvez pas les rater. Depuis quelques années, les souffleurs à feuilles sont les meilleurs amis des agents municipaux, dont le ramassage des feuilles dans les parcs ou jardins, tâche parfois fastidieuse, est facilitée par leur utilisation. De plus en plus de particuliers s’équipent aussi de cet appareil, disponible à un prix abordable de 40 euros, même si les plus coûteux peuvent aller jusqu’à 500 euros. Pourtant, son utilisation s’avère néfaste pour la nature, mais aussi pour les hommes.

Un bruit équivalent à celui d’un tronçonneuse

Commençons par le principal désagrément, qui n’a échappé à personne : son bruit. Quoi de plus désagréable que d’entendre cet infernal « Vrrroouuummm » quand on se balade tranquillement ? Logique lorsque l’on sait que certains souffleurs de feuilles sont tout simplement nocifs pour l’ouïe : le seuil de 85 décibels, limite pour la santé, est parfois dépassé par ces engins, qui peuvent monter jusqu’à 105 décibels selon un rapport du Canton de Genève. Soit le bruit d’une tronçonneuse. Pas le plus mélodieux que l’on connaisse…

souffleur de feuilles

Les souffleurs de feuilles, source de nuisances sonores et de pollution – © trammy

Les risques de brûlures et les maux de dos, car l’appareil pèse plusieurs kilos parfois, sont également signifiés sur les notices d’utilisation. Rien de bien rassurant.

Un mélange de carburant et d’huile

Pour utiliser l’appareil, il faut également porter des lunettes de protection et des manches longues, afin d’éviter de recevoir des débris volants. Et surtout un masque, car les souffleurs de feuilles disséminent des poussières avec une certaine puissance, ce qui accélère leur diffusion et peut avoir des conséquences directes sur la santé : toux, risques pour les asthmatiques et danger pour les yeux. Même chose pour les pollens, auxquels certaines personnes sont allergiques.

Autre point important à souligner : ces engins sont généralement polluants. Les souffleurs thermiques à deux ou quatre moteurs, comptant parmi les plus « efficaces » du marché, fonctionnent avec un mélange de carburant et d’huile et renvoient des gaz d’échappement dans l’air.

Pourquoi se débarrasser des feuilles mortes ?

En 2011, une étude menée aux États-Unis et relayée dans le Washington Post a démontré qu’un souffleur de feuilles avait émis 299 fois plus d’hydrocarbures qu’une camionnette en une demi-heure d’utilisation, mais aussi plus de monoxyde de carbone et d’oxydes d’azote qu’un pick-up ou qu’une berline. C’est tout sauf anodin puisqu’il s’agit de composants responsables de pluies acides et participant au réchauffement climatique.

Un constat qui ne vaut pas pour les souffleurs de feuilles électriques, fonctionnant sur secteur ou sur batterie, mais plutôt utilisés sur de petites surfaces. Il faut donc plutôt privilégier ce type d’appareil, qui se révèlent également moins bruyants, même si, plus généralement, leur utilisation n’est pas vraiment conseillée pour l’équilibre de la faune et de la flore.

Une utilisation parfois réglementée

En effet, enlever les feuilles mortes, c’est priver le sol de matières organiques apportées naturellement par celles-ci. C’est aussi priver certains invertébrés de nourriture, quand les souffleurs ne les tuent pas simplement. Sans parler des nuisances citées ci-dessus, qui sont également valables pour les animaux. Autant de points négatifs qui ont poussé certains à agir.

souffleur de feuilles mortes

Le râteau est bien meilleur ! © Margaret M Stewart

Dès les années 1970, des villes de Californie avaient interdit l’utilisation des souffleurs de feuilles. Leur utilisation est généralement réglementée dans certaines villes, comme à Genève(1) : elle est interdite entre février et octobre et à certains horaires, comme c’est le cas pour les tondeuses à gazon (pas après 20h, le dimanche après-midi…).

Le râteau et le balai, les alternatives

Plusieurs appels à bannir leur utilisation ont été lancés. Sur Facebook, la page Stop aux souffleurs de feuilles rassemble une centaine de personnes. Car des alternatives existent.

Si vous voulez vraiment vous débarrasser des feuilles jonchant votre sol, le râteau et le balai sont des instruments tout aussi efficaces et qui étaient utilisés bien avant les souffleurs de feuilles. Ou alors pouvez tout simplement utiliser ces feuilles pour votre jardin : elles feront un excellent fertilisant naturel ou une bonne protection pour vos jeunes pousses, histoire de leur faire passer l’hiver au chaud.

Article mis à jour et republié
Illustration bannière : souffleur de feuilles – © Smileus
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Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à la Fondation européenne pour le Climat (European Climate Foundation), où il était responsable des...

5 commentaires Donnez votre avis
  1. Le maire de Bordeaux après les arbres morts, peut être va-t-il bannir les souffleurs thermiques
    Les outillages à batterie sont des aberrations écologiques surconsommations électrique et traitement des batteries en fin de vie
    un paradoxe pour une activité dite verte c’est un oxymore comme la moto verte

  2. cela ne nous dit pas quel est le niveau sonore légal autorisé par la norme concernant les souffleurs de loin les engins les plus bruyants et pas souvent plus efficace qu’un ramassage au rateau.
    Mon voisin met 1 1 heure au souffleur alors que je met 45mn au rateau pour la même surface

  3. La pollution sonore de ces engins est absolument insupportable en ville. Il est faux de dire que rien n’est possible techniquement pour en réduire le nombre de décibels. Même les fabricants de compresseurs d’air ont réussi à réduire considérablement le bruit de leurs machine. Il suffit d’y mettre le prix.

  4. Un article qui donne du crédit aux urbains qui n’ont jamais utilisé un râteau plus d’une semaine d’affilée. Les mêmes qui veulent profiter de pelouses impeccables,sans zone brulée par les tannins et qui s’étonneraient que leurs réseaux d’eau pluviale inonde leur cave, leur trottoir ou leur rue. Que les grincheux commencent par utiliser les feuilles à la place de tirer la chasse et on en recause… C’est d’abord pénible pour celui qui l’utilise, mais 100 fois moins que de soulever 10Kg de feuilles à chaque geste de râteau. (geste destructeur pour le dos).
    Le râteau quand à lui arrache la couche superficielle du sol et bouleverse le bénéfice de plusieurs années de décomposition des feuilles. Gueulez donc contre les fabricants de pots d »échappement et tout le monde en tirera bénéfice.
    Et informez vous sur les données mécaniques avant de publier, un moteur 2 temps pollue 5 à 7 fois plus qu’un 4 temps, pas 300 fois.

  5. Bonjour je suis professionnel dans les espaces verts et je gère une équipe de 20 agents sur 15ha. Nous tendons à utiliser des souffleuses électriques mais elles sont beaucoup moins puissantes donc au final énergivores en électricité lors des nombreuses recharges nécessaires, sans parler de l’avenir des batteries HS (en moyenne 3 à 4 ans de vie). C’est effectivement la solution pour le particulier ou les squares de petites surfaces. Mais quand il s’agit de plusieurs hectares de pelouses avec une topographie hétérogène les jardiniers ont plus de risques liés aux troubles musculo-squelettique avec l’utilisation d’un râteau qu’avec le port d’une machine dont le poids tend à s’alléger avec les avancées technologiques, tout comme la consommation de carburant et la nuisance sonore.
    Concernant le fait de laisser les feuilles au sol: faites cela deux années de suite et il n’y aura plus un brin d’herbes sur votre pelouse au printemps. Regardez dans une forêt il n’y a pas d’herbe au pied des arbres, seulement une épaisse couche de feuilles… Si vous voulez nourrir votre pelouse faites de la tonte mulching! Toutes nos feuilles sont soit broyées soit compostées pour être ensuite étalées dans les massifs. Les insectes trouvent refuge dans les zones qu’on laisse en prairie, et le public profite des pelouses bien tondues, chacun y trouve son compte.
    Nous faisons tout pour gérer écologiquement les espaces verts mais il y a un équilibre à trouver entre la santé des jardiniers, l’utilisation des espaces par le public et l’intérêt écologique. C’est tout l’art de la gestion différenciée qui est notre référence à présent.
    Donc plutôt que de maudire le jardinier qui fait du bruit avec sa souffleuse, remercier le plutôt d’entretenir votre environnement quotidien. le vrai combat: ces 4×4 pick-up qui envahissent de plus en plus nos villes! 🙂

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