2025 : les sacs plastiques devront avoir (quasi) disparu, demande l’Europe

Rédigé par Stephen Boucher, le 4 May 2015, à 18 h 03 min

Passer de 99 milliards de sacs plastiques aujourd’hui à moins de 20 milliards en 2025, c’est l’objectif décidé par les gouvernements européens fin avril 2015. Donc, en 10 ans, 80 % des sacs plastiques devront avoir disparu, souhaitent les Etats membres de l’Union européenne, alors que la consommation de sacs jetables progresserait en l’absence de législation contraignante.

Sacs plastiques : deux approches possibles

Si la législation adoptée est contraignante dans ses objectifs (d’où des sanctions possibles en cas de manquement), les gouvernements se sont donné la flexibilité des méthodes de mise en oeuvre. Ils ont défini deux approches possibles : soit ils pourront prendre des mesures pour que l’on consomme moins de 90 sacs en plastique non-biodégradable par personne fin 2019 et moins de 40 d’ici fin 2025, soit ils devront faire en sorte que l’on ne distribue plus de sac plastique gratuitement aux consommateurs d’ici fin 2018. Des pays comme la Pologne, la Hongrie et le Portugal devront faire le plus d’effort.

Halte aux plastiques oxo-dégradables

Le Parlement européen se mobilise sur le même dossier, et plus particulièrement les plastiques oxo-dégradables, parfois appelés, à tort, oxo-biodégradables. En effet, s’ils se décomposent bien, sous l’effet de la lumière et de la chaleur, c’est en millions de microparticules, polluant ainsi rivières et océans. C’est en effet près d’un sac sur 10, quelle que soit sa nature, qui finit comme déchet dans l’environnement, mettant ensuite plusieurs centaines d’années à se désagréger.

Les défenseurs de cette matière affirment qu’elle se dégrade totalement, tandis que ses détracteurs répondent qu’elle se morcelle en particules de microplastiques. Les sacs dits biodégradables se retrouvent donc dans les moules, et même dans le miel.

shopping-sac-cabasLe Parlement européen demande donc que leur impact sur l’environnement soit précisément évalué et souhaite que la Commission européenne propose d’ici fin 2017 des mesures pour spécifier l’étiquetage des sacs plastiques biodégradables et compostables, pour mieux s’y retrouver, et pour chercher des manières pour limiter l’utilisation des sacs oxo-dégradables.

La France, plutôt bon élève, donc continuons nos efforts !

Un Français consomme en moyenne aujourd’hui 79 sacs plastiques non biodégradable et non réutilisable par an, soit moins que le seuil fixé pour 2019, et donc mieux que la moyenne européenne. Comme le montre le graphique ci-dessous, la Finlande, le Danemark, le Luxembourg, l’Irlande, l’Autriche, l’Allemagne et les Pays-Bas font mieux.

sacs-plastiques-utilisationCe ne devrait toutefois pas être une raison pour ralentir les efforts, mais au contraire de les poursuivre, à l’exemple des pays plus avancés.

La législation française

En 2005, la France a adopté une loi interdisant la vente de sacs non-biodégradables en plastique d’ici 2010, mais le texte n’a jamais été appliqué car il a été jugé comment étant violant certaines dispositions de la directive européenne sur les emballages. A sa place, la Loi de finances 2010 a mis en place une taxe sur les « sacs à usage unique» non biodégradables de 10 euros / kg, soit environ 6 centimes par sac, appliquée à partir du 1er janvier 2014. Les sacs biodégradables fabriqués à partir d’un minimum de 40 % de ressources renouvelables sont exemptés.

Résultat  : Le nombre de sacs en plastique mince utilisés en France a diminué de 10,5 milliards d’unités à 1,5 milliard entre 2002 et 2009.

Au niveau mondial, les actions européennes s’inscrivent dans un mouvement plus large. En effet, de nombreux pays et villes ont pris des mesures pour réduire le recours aux sacs en plastique, soit en les interdisant, comme c’est le cas en Chine, en Suisse, en Afrique du Sud, en Inde, au Rwanda, au Kenya, le Rwanda, au Congo, au Bangladesh, à Washington DC ou à San Francisco, soit en interdisant de les mettre à disposition gratuitement (au Mexique et à Hong Kong), ou en conditionnant leur distribution à une taxe (Corée du Sud), ou à des accords volontaires de limitation (Nouvelle-Zélande, le Japon, l’Etat de Sao Paolo au Brésil).

L’argent parle

La fin de la gratuité dans les pays où elle a été mise en place, sans forcément de législation interdisant les sacs plastiques – comme c’est le cas en Finlande – a produit d’excellents résultats.

sac-plastique-interdit-courses-01Le souci de la pollution plastique est, dans une proportion croissante, un problème relatif aux pays en voie de développement, où la consommation augmente fortement. Dans le même temps les taux de récupération sont encore très faibles, entraînant une dispersion dans l’environnement très importante.

L’importance de la diminution tant de notre consommation, que de la proportion de sacs non valorisée est donc double : à la fois en soi pour notre environnement, en Europe, mais aussi comme moyen de développer les savoir faire et l’exemple qui permettra aux pays émergents de passer plus rapidement à un modèle de développement moins polluant. Jusqu’à, pourquoi pas, vivre sans plastique ?

Pour vous c'est un clic, pour nous c'est beaucoup !
consoGlobe vous recommande aussi...



Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

5 commentaires Donnez votre avis
  1. Ai-je bien lu moins de 90 sacs plastiques par personne???? Mais comment est-ce possible d’en utiliser autant, voire plus??? Ca fait plus d’un sac par semaine!! Meme en ne faisant pas du tout attention, je ne me represente pas comment c’est possible o.O
    Je crois que je vis sur une autre planete…

  2. Merci Stephen pour votre excellent article sur un sujet de première importance sur le plan écologique. Nous sommes en train de détruire inconsciemment notre planète, à la fois sur le plan de la surconsommation, la croissance aveugle dans la croissance économique, et la disparition des oiseaux, abeilles, variétés végétales etc. etc. Non pas que je sois un fanatique écolo, mais seulement conscient de notre folle course à la croissance.
    Frank (Australie)

  3. Beaucoup de gens se laissent en effet avoir par les sacs soi-disant « biodégradables »… Sans parler des remarques des caissiers : « Vous ne voulez pas de sacs ?? Ils sont là, autant les utiliser ! » (comme si les sacs se multipliaient tout seuls sans qu’on ait besoin de les produire et les magasins, de les acheter…).
    Quand j’étais en Erasmus en Finlande, le sac coûtait 50cents. C’est là que j’ai pris l’habitude de les réutiliser alors que je me souciais peu d’écologie (mais beaucoup de mon porte-monnaie). 6 centimes, je doute que ce soit assez.

  4. SVP, vérifiez un peu vos sources pour écrire vos articles!! Depuis quand la Suisse a-t-elle interdit les sacs plastique? Une motion pour interdire ces petits sacs réutilisables a été acceptée il y a quelques années mais n’est toujours pas appliquée dans les supermarchés, sauf dans quelques cantons. Mais pas du tout dans toute la Suisse.
    MERCI de corriger l’article.

    • Stephen Boucher

      Merci pour votre commentaire. Nos sources sont vérifiées, il s’agit ici de l’étude d’impact de la Commission européenne pour la directive. Nous parlons ici des sacs plastiques fins non réutilisables, pas de tous les sacs plastiques.

Moi aussi je donne mon avis