Pourquoi faut-il réhabiliter les animaux de laboratoire ? Interview de Marie-Françoise Lheureux

Depuis 2004, le Groupement de réflexion et d’action pour l’animal (GRAAL) s’efforce de placer les animaux de laboratoire devenus inutiles pour la recherche. Explications avec sa présidente Marie-Françoise Lheureux.

Rédigé par Étienne Vergne, le 28 Jul 2018, à 17 h 45 min

Depuis 2004, le Groupement de réflexion et d’action pour l’animal (GRAAL) s’efforce de placer les animaux de laboratoire devenus inutiles pour la recherche. Aujourd’hui, l’association prétend avoir réhabilité plus de 2.500 chats, chiens, chevaux, rongeurs et macaques pour leur éviter une euthanasie systématique.

Expérimentation animale :  « Le regard de certains laboratoires sur leurs animaux a été transformé »

Explications avec sa présidente Marie-Françoise Lheureux.

ConsoGlobe.com – Quelles raisons ont motivé la création du GRAAL en 1997 et son engagement ultérieur pour les animaux de laboratoire ?

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Marie-Françoise Lheureux, présidente et fondatrice du GRAAL © GRAAL

Marie-Françoise Lheureux : les actions contre la corrida. Le GRAAL s’est formé aux côtés des associations du sud pour militer pour son abolition, mais aussi pour l’interdiction des arènes aux mineurs. Nous étions leur relais sur Paris et très en pointe sur ces sujets là.

Nos actions ont été ensuite diverses et multiples. Nous avons été reconnus pour notre action sur la maltraitance des animaux domestiques pour laquelle nous avions un service juridique. Nous avons mené aussi un projet qui visait à intégrer les animaux dans les maisons de retraite ou revendiqué la création d’un secrétariat d’État à la condition animale en France.

À partir de 2004, nous avons commencé les actions de réhabilitation des animaux de laboratoire. Nous sommes tombés sur une coupure de presse de Ouest France où un directeur de recherche déclarait : « Nous traitons les animaux comme nos enfants ». Cette phrase nous a fait réagir et nous sommes en entrés en contact avec lui.

Au bout du compte, la confiance s’est installée et de fil en aiguille nous avons mis une première opération en marche avec le centre de thérapie génique de l’école vétérinaire de Nantes. À la suite de ça, les autres laboratoires ont commencé à s’intéresser à cette démarche. Aujourd’hui, nous travaillons avec 70 ou 80 unités de recherche en thèse et nous en sommes à plus de 2.500 animaux réhabilités.

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Lapin utilisé dans un protocole de recherche © Elnur

ConsoGlobe.com – Avant votre intervention, aucun dispositif de reclassement n’existait au niveau des associations et des pouvoirs publics pour réhabiliter ces animaux. Pourquoi selon vous ?

Marie-Françoise Lheureux : les associations, il y a dix ou quinze ans, étaient encore extrêmement remontées et révoltées contre l’expérimentation animale. Aucun dialogue constructif ou véritable ne pouvait avoir lieu. Contacter un laboratoire pour mettre en place une action de retraite était impensable.

C’est très compliqué de trouver une zone d’accueil, de mettre en place une démarche administrative et surtout d’entrer en contact avec les laboratoires. Rien n’était mis en oeuvre du côté des pouvoirs publics parce que l’arsenal juridique n’était pas complet. Il a fallu attendre l’article 19 de la directive 2010/63/UE [relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques N.D.L.R] pour prévoir enfin la possibilité d’une retraite pour ces animaux.

Auparavant, le Code rural mentionnait des rejets dans la nature. C’est aussi une activité compliquée. Aucune instance n’existait pour rassembler les laboratoires et les coordonner. C’était monstrueux ! Nous avons mis des années pour mettre en place cette démarche.

Aujourd’hui, des laboratoires nous rejoignent mais ne veulent pas communiquer parce cela reviendrait à signifier au grand jour qu’ils expérimentent sur des animaux.

L’animal ne doit être ni trop craintif ni mordeur

 

ConsoGlobe.com – Comment assurez-vous l’interface entre les laboratoires et les futurs lieux d’accueil ?

Marie-Françoise Lheureux : aujourd’hui, les laboratoires contactent directement le pôle réhabilitation du GRAAL pour nous proposer tel nombre de chats, de chiens ou de chevaux. Ensuite, ils nous envoient une fiche de traçabilité indiquant pour chaque animal ses caractéristiques, son âge, son sexe ou son numéro d’identification. Nous attendons aussi les certificats vétérinaires de bonne santé (CVS).

À partir de là, nous nous mettons en quête d’un lieu d’accueil à proximité des laboratoires. Il ne s’agit pas non plus de transporter un chien ou un chat à l’autre bout de la France. Nous essayons d’organiser au mieux les tournées des transporteurs pour réduire les temps de voyage. Nous sommes en concertation rapprochée avec les centres d’accueil qu’il s’agisse des refuges de la SPA pour les chiens et les chats, de particuliers pour les chevaux ou de zoo ou refuges pour les primates.

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© HolyCrazyLazy

ConsoGlobe.com – Qui décide au sein des laboratoires, de mettre un animal à la retraite et selon quels critères ?

Marie-Françoise Lheureux : il faut que l’état de santé de l’animal permette sa retraite. Il ne doit présenter aucun danger pour les hommes ou les congénères, comme un virus ou une infection.

Son comportement psychologique et sa socialisation doivent être aussi bons. L’animal ne doit être ni trop craintif ni mordeur. Il peut s’agir d’animaux qui sont devenus sans utilité pour les protocoles c’est à dire des anciens reproducteurs ou des animaux intégrés dans des protocoles abandonnés.

Pour leur carte de sortie, un vétérinaire va délivrer un certificat vétérinaire de bonne santé (CVS).

Nous dénonçons aujourd’hui fortement les unités de recherche (…) qui continuent à euthanasier sans nécessité aucune leurs animaux »

 

ConsoGlobe.com – Faute de solution, quel sort attend les animaux en sortie de laboratoire ?

Marie-Françoise Lheureux : c’est l’euthanasie bien évidemment. Nous sommes très reconnaissants envers les laboratoires qui aujourd’hui nous demandent de récupérer leurs animaux en fin de protocole alors que rien ne les y oblige.

Par contre, nous dénonçons aujourd’hui fortement les unités de recherche qui ont connaissance de cette possibilité mais qui ne l’utilisent pas et continuent à euthanasier sans nécessité aucune leurs animaux. Certaines euthanasies sont obligatoires parce que les animaux ont subi des tests invasifs. Malheureusement, un animal à qui on a enlevé un rein ou un oeil, il est bien mieux pour lui qu’il soit euthanasié. Nous le regrettons mais c’est comme ça.

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Les chevaux aussi peuvent être utilisés par les laboratoires © GRAAL

ConsoGlobe.com – Pourquoi les autres laboratoires se montrent encore réticents ?

Marie-Françoise Lheureux : ils ouvrent leurs portes à une association et se demandent si elle pourrait communiquer à tort et à travers. Ce que nous ne faisons jamais. Les laboratoires vont toujours avoir une certaine crainte.

Mettre un animal en retraite va prendre beaucoup de temps. Cela demande des papiers administratifs, d’organiser leur transport jusqu’au lieu d’accueil que nous leur demandons de prendre en charge financièrement. Un euthanasie ne leur coûte quasiment rien. Certains laboratoires ont des plateformes de tests pour des clients. Ce sont des sous-traitants qui pensent que leurs clients ne seront pas rassurés par exemple s’il y a des secrets industriels.

Nous ne faisons pas le JT de 20 heures mais les choses ont bien progressé

 

ConsoGlobe.com – Pour certains, l’arrêt pur et simple des expériences sur animaux serait plus efficace pour empêcher ces euthanasies systématiques. Quelles est la position du GRAAL sur le sujet ?

Marie-Françoise Lheureux : tout dépend si on parle des euthanasies globales ou des euthanasies pratiquées sans nécessité de le faire. Nous poursuivons, bien évidemment, l’objectif final de l’arrêt de l’expérimentation animale.

Mais nous sommes certains que nous n’y arriverons pas dans les 48 heures : il faut accompagner la démarche qui va nous conduire vers la diminution du nombre d’animaux dans les laboratoires au fur et mesure que des méthodes alternatives se développeront. En attendant cette fin, il faut bien accompagner les animaux qui attendent une sortie.

ConsoGlobe.com – Les débats sur l’expérimentation animale éclipsent souvent celui de la réhabilitation des animaux de laboratoire. Comment analysez-vous cela ?

Marie-Françoise Lheureux : en France, on recherche toujours les sujets conflictuels ou à scandale. Dès que quelque chose marche bien on n’en parle pas.

Notre position n’est pas simple. D’un autre, nous rappelons aux laboratoires que nous sommes opposés sur un plan éthique à l’expérimentation animale. Mais pourquoi jeter la pierre à un laboratoire qui va trouver la bonne formule pour lutter contre la maladie de Parkinson, ou un cancer ?

Nous militons pour les méthodes alternatives mais sans s’attaquer brut de fonderie à un laboratoire. Ce n’est pas notre façon de faire. Depuis le début de notre action, le regard de certains laboratoires sur leurs animaux a été transformé. Un dialogue s’est ouvert depuis plusieurs années. Cela ne va pas aussi vite que nous le souhaiterions, nous ne faisons pas le JT de 20 heures mais les choses ont bien progressé.

Nous sommes partis de rien voire d’une hostilité et aujourd’hui on nous appelle. Nous ne ferons pas du sensationnel comme l’association L214 – à qui je ne jette pas la pierre car elle fait ce qu’elle estime devoir faire. On parlerait plus de nous si nous nous enchaînions chez Sanofi. Mais, nous sommes plutôt une association très légaliste, très calme, très juridiquement encadré et ça ne passionne pas.

Comment adopter un cobaye retraité ?

Les candidats à l’adoption peuvent se rendre sur le site internet de l’association. Une carte interactive localise les refuges d’accueil des animaux de laboratoire qui ne sont pas encore classés.

Ils peuvent aussi s’abonner à la newsletter du Graal où l’association liste les animaux à placer. Le site propose aussi des profils de chevaux.

Pour en savoir plus ou adopter un cobaye retraité, rdv sur le site du GRAAL www.graal-defenseanimale.org

Illustration bannière : Que faire des animaux de laboratoire qui atteignent l’âge de la retraite en bonne santé ? © Jakub Stephen
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