Le protoxyde d’azote ne fait pas rire la planète

Plus dangereuses encore que les émissions de C02, celles de protoxyde d’azote sont intimement liées à l’élevage et à l’agriculture.

Rédigé par Paul Malo, le 10 Oct 2020, à 8 h 00 min

Pire encore que le dioxyde de carbone, le protoxyde d’azote issu des engrais et des cultures contribue aussi au réchauffement climatique.

Plus dangereux que le dioxyde de carbone

Aujourd’hui, tout le monde le sait, ou presque : il faut réduire les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère pour limiter le réchauffement climatique. Mais le C02 n’est pas le seul ennemi invisible de notre climat. Il en est un autre, tout aussi redoutable : le protoxyde d’azote (N2O). Il fait plus parler de lui en termes de drogue à la mode : les cartouches utilisées d’ordinaire à des fins culinaires sont détournées, notamment par les mineurs, pour se droguer avec les effets de ce gaz sinon hilarant, du mois désinhibant.

Mais c’est sur l’atmosphère que ses dégâts se font sans doute le plus ressentir : en sus de rester présent dans celle de la Terre durant 120 ans, soit plus longtemps que le dioxyde de carbone, il a surtout un pouvoir réchauffant 300 fois supérieur à celui du CO2. De quoi en faire une cible prioritaire en termes de réduction des émissions.

Des émissions d’origine agricoles

Mais d’où proviennent-elles ? C’est justement sur ce sujet que s’est penchée une équipe internationale de chercheurs, dont l’étude vient d’être publiée dans la revue Nature(1). « Au cours des 150 dernières années, l’augmentation des concentrations atmosphériques de N2O a contribué à l’appauvrissement de la couche d’ozone stratosphérique et au changement climatique, le taux d’augmentation actuel étant estimé à 2 % par décennie, détaillent ces chercheurs. Les inventaires nationaux existants ne donnent pas une image complète des émissions de N2O, en raison de leur omission des sources naturelles et des limites de la méthodologie d’attribution des sources anthropiques. »

protoxyde d'azote

© Meryll

Certaines sources sont donc naturelles, d’autres liées à l’activité humaine : agriculture, eaux usées, combustibles fossiles, industrie, combustion de la biomasse, émissions indirectes… Mais l’agriculture est la principale cause de l’augmentation du taux de protoxyde d’azote dans l’atmosphère, en hausse de 20 % par rapport aux niveaux préindustriels et en accélération rapide. L’utilisation d’engrais azotés pour les cultures, notamment celles nécessaires à l’élevage, tend à expliquer le phénomène, ainsi que les rizières. «  Les émissions mondiales d’origine humaine, qui sont dominées par les ajouts d’azote aux terres cultivées, ont augmenté de 30 % au cours des quatre dernières décennies », souligne ainsi l’étude.

Lire aussi : un gaz plus toxique que le CO2 se répand dans l’atmosphère

Une rétroaction délétère

Selon les résultats obtenus par cette équipe de chercheurs de l’université Auburn, « la récente croissance des émissions de N2O dépasse certains des scénarios d’émission les plus élevés, soulignant l’urgence d’atténuer les émissions de N2O. » On constate « une augmentation des émissions de N2O dans les économies émergentes, en particulier au Brésil, en Chine et en Inde.» Dans ces pays, l’utilisation massive d’engrais synthétiques en est la cause. À l’inverse, en Europe, on constate d’ores et déjà une réduction des émissions, du fait d’une plus grande prise de conscience des dangers du phénomène, et des mesures mises en place pour faire un usage plus efficace et moins massif des engrais. »

Cette étude révèle également « une nouvelle rétroaction N2O-climat résultant des interactions entre les ajouts d’azote et le changement climatique. » Le cocktail entre réchauffement climatique et ajouts d’azote aux cultures se révèle donc particulièrement délétère pour la protection de notre climat. Un constat qui appelle à changer rapidement nos habitudes de consommation, et donc les méthodes de production agricoles.

Le protoxyde d’azote ou le gaz hilarant est aussi en vente libre sous forme de cartouches. C’est une drogue répandue chez les jeunes. Des arrêtés sont pris pour en interdire la vente d’une part des raisons de santé publique mais aussi pour la protection de l’environnement.

Illustration bannière :  l’agriculture, principale responsable de ces émissions : l’agriculture © DanSheva
Références :
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