EDITO – La vérité : un climat qui dérange

Dire la vérité sur le changement climatique continue à déranger. Pourtant les dernières nouvelles incitent à être encore plus clair.

Rédigé par Stephen Boucher, le 30 Jan 2018, à 13 h 00 min

Pour paraphraser le titre du célèbre documentaire de l’ancien vice-président américain Al Gore, le climat n’a pas fini d’être une « vérité qui dérange ». Et pourtant, on doit affronter cette réalité en mâchant moins que jamais nos mots (ou maux ?).

Le ‘cancer climatique’

Au vu des dernières données climatiques, l’année 2017 a battu de nouveaux records de températures, ce qui en fait la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée, mais aussi la première la plus chaude dans les océans.

En effet, les chercheurs ont constaté que la surface des eaux océaniques (jusqu’à une profondeur de 2.000 mètres) était beaucoup plus chaude en 2017 que l’année la plus chaude jamais enregistrée. Les océans ont ainsi emmagasiné un surplus d’énergie record de (1,51 × 1022 Joules de plus que toute autre année). À titre de comparaison, cette augmentation de la chaleur (et donc énergie) dans l’océan est l’équivalent de 600 fois la production annuelle d’électricité en Chine !

L’image d’une cocotte minute vient immédiatement à l’esprit. Le penseur américain Seth Godin estime que l’on devrait plutôt parler de « cancer climatique » pour permettre à tout un chacun de mesurer l’ampleur du problème que nous créons. Il souligne que les termes « changement » et « réchauffement » peuvent être perçus positivement.

Or, égrener chaque année une litanie de chiffres, de records de températures ne semble pas suffire. Tout comme l’apparente succession de catastrophes naturelles, trop éparses de par le globe pour pouvoir être agrégée par tout un chacun en un message direct et clair quant à ses choix individuels, et par chaque nation quant à ses choix énergétiques et environnementaux.

Le constat est posé, les choix ne sont pas encore faits

Si, en France du moins, le constat des changements climatiques est largement fait, c’est loin d’être le cas partout. Mais, partout, ce sont les choix de politique publique qui sont à la traîne. Or, là aussi il va falloir parler clairement ensemble. L’ampleur des changements requis pour rester en dessous de 2°C de réchauffement global d’ici la fin du siècle (sans parler de 1,5°C) s’avère insurmontable.

réchauffement climatique, cancer climatique

© Vectomart

Des questions difficiles ne sont pas discutées suffisamment sur la place publique, même si elles émergent, par exemple avec l’interdiction de l’exploitation des carburants fossiles annoncée par le gouvernement :

  • Quand interdira-t-on l’usage des carburants fossiles en France, en Europe ?
  • Veut-on faciliter les technologies de stockage ou d’absorption des gaz à effet de serre, et comment ?
  • Quand remplacera-t-on les indicateurs macroéconomiques qui ne tiennent pas compte de l’impact sur l’environnement et sur le climat ?
  • Comment rendre l’Europe responsable non seulement des émissions qu’elle produit sur son territoire, mais aussi des émissions qu’elle importe, c’est-à-dire celles qu’elle n’émet plus chez nous parce que délocalisées en Chine ou ailleurs, comme l’est notre industrie ?
  • Y a-t-il des solutions de géo-ingénierie qui pourraient être admissibles et cultivées ?
  • Est-on prêt à limiter les transports aériens, à taxer le kérosène au niveau international ? Au-delà du rejet de Notre-Dame-des-Landes, est-on prêt à exiger que les aéroports locaux taxent plus agressivement les companies low-cost  ?
  • Au-delà des frustrations sur la méthode de Mme Hidalgo à Paris, comment fait-on pour accélérer le passage à une mobilité zéro-carbone partout, sans pour autant créer d’injustices ?

Toutes ces interrogations, et bien d’autres, nécessitent un débat sociétal bien plus intense que celui qui peut être constaté à présent. C’est une question existentielle.

Illustration bannière : Les températures enregistrées sont de plus chaudes © ParabolStudio
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Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

2 commentaires Donnez votre avis
  1. bonjour, Au sujet des transports aériens, on ne parle jamais de pollution, et pourtant, c’est énorme pour faire avancer un gros véhicule très lourds sans qu’il ait appui sur la terre. C’est énorme.

    A titre indicatif, l’avion qui a ramené E Philippe parce qu’il était plus confortable et qu’il arrive deux heures plutôt a coûté 350 000 euros tout de même dont une bonne partie doit représenter le carburant.

    Mais si les gens du gouvernement se comportent ainsi, ils ne donnent vraiment pas le bon exemple.

    Que dire des rallyes qu’on laisse avoir lieu, avec des voitures donc le conducteur fait de fortes accélérations à l’arrêt et polluer un max.
    A quoi ça sert ces rallyes ? à faire progresser des voitures dont la technologie va être abandonnée pour l’électricité et pour être limité à 80 km/h, ce qui va augmenter la pollution ???

    D’ailleurs, je crois qu’on devrait limiter à 30 à l’heure, car à certains endroits, il faut presque rouler au pas.

  2. Fred le 30 01 2018 à 13.32
    Parmi tout ce qui est positif ou négatif, il y a encore deux points dont un qui d’une urgence Absolue sur lequel il faut se pencher immédiatement, l’augmentation effrénée de la population qui est donnée en général autour de 83/85 millions d’humains an mais quand on observe les chiffres années après années, il y a des différences telles que ce sont des dizaines de millions qui sont nécessaires comme correctifs.
    Lorsque il est pris en compte l’augmentation de la population sur Terre année après année et la date de dépassement là ça devient vraiment d’une tout autre importance que le réchauffement climatique anthropique qui est strictement lié.
    L’impact de l’homme sur la biodiversité a commencé en 1971 avec un excédent de population de 60 millions, c’est peu sur un population mondiale à l’époque de 3,77 milliards, mais c’est le début de l’utilisation du pétrole à grande échelle, ensuite la déforestation, la surpêche, la destruction de la biodiversité avec la disparition, 6 ème extinction massive, de plus en plus rapide du vivant sous toutes ses formes, la destruction des sols agricoles par surexploitation et salinisation par l’irrigation, l’augmentation du niveau marin qui sera malgré toutes les dénégations plutôt proche de 5 m que de 1,80 m comme j’ai pu l’écrire il y a 3 ans, l’augmentation des températures qui atteindra 5 ° en 2100, il y a eu un lanceur d’alerte en juillet 2015 qui a fait une annonce pour 5°, 5 mètres de hausse du niveau marin et ce même mois de 2015, une équipe de chercheurs spécialisée sur le permafrost -pergélisol- américains, canadien et russes a fait une annonce commune avec des termes sans aucune ambiguïté: Il faut arrêter l’utilisation des combustibles fossiles immédiatement sinon c’est 5 à 10° pour 2100 et peut être de 10 à X° degrés durant le XXII ème siècle, l’océan emmagasine les calories présentes dans l’atmosphère et à saturation il deviendra un émetteur de cette chaleur, de 10 à X degrés au XII ème siècle.
    Quand est il actuellement? Rien, il ne se passe rien, les paroles politiques sont du vent qui ressemble plutôt à une petite brise sans aucun effet.
    Je reprends la surpopulation, entre 1975 et 1980, nous atteignons les 4 milliards d’humains supportables pour la planète avec une population excédentaire de 200 millions d’humains, en 2003, c’est 6,3 milliards d’humains avec 4,5 milliards supportable et 1,750 milliards en excédentaire, en 2017 c’est 7,550 milliards, supportable 4,4 milliards et excédentaire 4,1 milliards excédentaire.
    Pour 2030, prévision ONU, 8,1 milliards, malheureusement la courbe est proche de 8,5 milliards, la prévision de Aerth Overshoot Days est le 179 jour de l’année pour l’empreinte de l’homme ce qui fait à 8,1 milliards, 3,955 milliards ( nous passons au dessous des 4 milliards supportable ) et
    3,6 milliards excédentaires, si nous prenons le chiffre de 8,5 milliards, il y a un paradoxe, la population supportable sera de 4,168 milliards mais là où c’est dramatique, la population excédentaire dépasse la pop.support.
    Quand on continue, c’est l’effondrement entre 2030 et 2040

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