Gratuité des protections périodiques : trois ans après la loi, rien n’a changé

Votée en 2023, la mesure devait permettre le remboursement des protections menstruelles réutilisables pour les jeunes et les personnes précaires. Trois ans plus tard, le décret d’application n’a toujours pas été publié.

Rédigé par , le 7 Mar 2026, à 10 h 00 min
Gratuité des protections périodiques : trois ans après la loi, rien n’a changé
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L’association Règles Élémentaires tire la sonnette d’alarme et appelle les pouvoirs publics à agir. Votée fin 2023, la mesure qui devait permettre le remboursement des protections périodiques réutilisables pour les jeunes de moins de 26 ans et certaines personnes en situation de précarité n’est toujours pas entrée en vigueur. En cause : l’absence persistante du décret d’application.

Gratuité des protections périodiques : une réforme toujours à l’arrêt

Le 26 décembre 2023, la France adoptait une mesure attendue dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale. Son objectif était clair : permettre le remboursement par l’Assurance maladie des protections périodiques réutilisables pour les jeunes de moins de 26 ans ainsi que pour certaines personnes en situation de précarité.

Sur le papier, le dispositif devait concerner plusieurs produits du quotidien : culottes menstruelles, coupes menstruelles et serviettes lavables. Mais trois ans plus tard, rien n’a changé pour les personnes concernées. Le texte réglementaire indispensable à la mise en oeuvre de la mesure n’a jamais été publié.

Sans ce décret, l’Assurance maladie ne peut pas enclencher le remboursement. Résultat : une loi votée, annoncée, saluée, mais toujours inapplicable.

Pour les associations engagées contre la précarité menstruelle, ce retard devient difficilement compréhensible. « Il y a trois ans jour pour jour, l’État annonçait le remboursement des protections périodiques réutilisables pour les jeunes de moins de 26 ans et les personnes les plus précaires », rappelle l’association Règles Élémentaires. « Malgré les engagements réitérés par plusieurs gouvernements successifs, la mesure reste inappliquée », déplore-t-elle encore.

Précarité menstruelle : des millions de femmes toujours concernées

Derrière cette lenteur administrative se cache un problème social majeur. En France, la précarité menstruelle toucherait encore environ 4 millions de filles et de femmes. Les plus exposées sont les étudiantes, les jeunes femmes et les personnes en situation de grande précarité.

Le saviez-vous ?

4 millions : c’est le nombre estimé de femmes et de filles touchées par la précarité menstruelle en France. Certaines déclarent devoir choisir entre acheter de la nourriture… ou des protections périodiques.

Les données disponibles montrent que les jeunes adultes figurent parmi les publics les plus vulnérables. D’après des travaux parlementaires, 40 % des personnes âgées de 20 à 29 ans déclarent avoir déjà rencontré des difficultés pour acheter des protections périodiques.

Pour certaines, ces difficultés se traduisent par des arbitrages douloureux. « Des étudiantes nous racontent qu’elles doivent choisir entre s’acheter des pâtes et s’acheter des protections périodiques », explique Gaëlle Baldassari, fondatrice du mouvement Kiffe ton Cycle.

La précarité menstruelle ne se limite pas à une contrainte budgétaire. Elle peut aussi avoir des conséquences sanitaires et sociales. Lorsque les protections coûtent trop cher, certaines personnes prolongent leur usage ou se tournent vers des solutions improvisées, avec des risques potentiels pour leur santé, leur confort et leur dignité.

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Pourquoi les protections périodiques réutilisables sont au coeur de la réforme

La réforme adoptée en 2023 misait sur les protections menstruelles réutilisables pour répondre à la fois à l’urgence sociale et à l’enjeu environnemental. Culottes menstruelles, serviettes lavables et coupes menstruelles ont un coût d’achat plus élevé au départ, mais elles peuvent être utilisées pendant plusieurs années.

À long terme, elles permettent donc de réduire les dépenses liées aux règles, tout en limitant la quantité de déchets générés par les protections jetables. C’est précisément ce double bénéfice — économique et écologique — qui a conduit à leur intégration dans la réforme.

Le coût cumulé des protections périodiques au cours d’une vie peut représenter une somme importante. Selon certaines estimations citées dans des travaux parlementaires, les dépenses liées aux protections menstruelles pourraient varier entre 8.000 et 23.000 euros sur une vie. D’autres évaluations, plus prudentes, évoquent malgré tout un budget d’environ 1.500 euros pour les seules protections jetables.

Dans tous les cas, le sujet dépasse de loin le simple confort personnel : il touche au pouvoir d’achat, à la santé publique, à l’égalité d’accès aux produits de première nécessité et à la réduction des déchets.

Règles Élémentaires publie une lettre ouverte pour débloquer la situation

Face à l’absence de décret, les associations ont décidé de hausser le ton. Le 4 mars 2026, l’association Règles Élémentaires a publié une lettre ouverte adressée au Premier ministre ainsi qu’aux ministres chargés de la Santé et de l’Égalité entre les femmes et les hommes.

L’objectif est clair : obtenir enfin la publication du texte réglementaire indispensable à l’entrée en vigueur de la mesure. « La loi ne vaut que par son application », a rappelé Frédéric Valletoux, président de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale.

En attendant une décision nationale, des initiatives locales tentent de combler les manques. Certaines collectivités, des universités et des associations organisent des distributions gratuites de protections menstruelles. La Ville de Paris, par exemple, a installé des distributeurs gratuits dans plusieurs lieux publics afin de faciliter l’accès aux protections pour les personnes en difficulté.

Mais pour les associations, ces actions ponctuelles ne peuvent pas remplacer une politique publique structurée. Les collectes solidaires et les programmes locaux restent utiles, mais insuffisants face à l’ampleur du problème. Pour elles, la gratuité des protections périodiques relève à la fois de la santé publique, de la justice sociale et de l’égalité.

Une mesure attendue, un décret manquant, une urgence sociale intacte

Trois ans après son adoption, la réforme sur le remboursement des protections périodiques réutilisables reste donc suspendue à un simple décret. Pendant ce temps, des millions de personnes continuent de subir les conséquences d’une précarité menstruelle bien réelle. Derrière ce blocage administratif, c’est toute la question de l’accès à un produit essentiel qui reste posée.

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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