Les grandes figures de la transition écologique : Pierre Rabhi, penseur de la sobriété heureuse

Pierre Rabhi est une figure de la transition écologique très connue du grand public. Il défend depuis de nombreuses années maintenant, le principe de la sobriété heureuse dans une logique de redonner à l’humain toute sa place et toute sa conscience. Zoom sur ce personnage hors du commun.

Rédigé par Camille Peschet, le 14 Apr 2019, à 12 h 55 min

Né en 1938 dans une famille musulmane de Kenadsa, Pierre Rabhi devient orphelin de mère très jeune, lorsque celle-ci meurt de la tuberculose quand il a 4 ans. Il est confié à l’âge de cinq à un couple de français travaillant pour l’exploitation de la houille découverte dans cette région d’Algérie.

La jeunesse et l’éducation de Pierre Rabhi

L’exploitation de cette ressource par l’État français dans la région de Kenadsa bouleverse la société dans laquelle vivait Pierre Rabhi. Son père (forgeron, musicien et poète), n’arrive plus à vivre des métiers qu’ils exerçait autrefois, et comme d’autres, se trouve obligé à regret de travailler dans les mines. Il décide donc de confier Pierre à un couple de Français pour que le jeune garçon s’imprègne des codes de la société occidentale.

Un engagement un faveur de l’agroécologie et de la biodynamie

Après quelques années à Paris, il décide au début des années 60, de faire son « retour à la terre » : il reprend avec sa femme une exploitation agricole, dans un coin rude et peu hospitalier des Cévennes ardéchoises. Ils parviennent cependant à monter un élevage caprin et commencent à expérimenter la biodynamie. En 1968, il est rejoint par d’autres enthousiastes qui souhaitent s’associer à son projet.

En 1981, il participe à la fondation d’un centre de formation en agroécologie, à Gorom-Gorm au nord du Burkina-Faso, pour y former les paysans à ces techniques.

En 1994, il fonde l’association Terre et Humanisme qui oeuvre pour la transmission et la promotion de l’agroécologie pour l’autonomie alimentaire, et propose des formations au Nord comme au Sud.

La légende du colibri

En 2006, pour répondre à la mobilisation de soutien à sa candidature aux Présidentielles de 2002, il initie, aux côtés de Cyril Dion, Isabelle Desplats, Josette Amor et Claire Eggermont, le mouvement citoyen Les Colibris. Son but ? « soutenir, inspirer et relier les citoyens et les citoyennes engagés dans des alternatives concrètes pour dessiner une société capable de répondre aux urgences écologiques et humaines de notre époque ».

Le travail, doit-il aliéner ?

Ainsi très jeune Pierre Rabhi se trouve confronté à la dualité de deux cultures et rapidement s’interroge : sommes-nous condamnés à vivre dans un monde dominé par la confrontation et dualisme avec le repli et l’entre soi ou sommes-nous capable de trouver un modèle universalisme pour notre monde ?

Confronté également à la souffrance que le départ à la mine a engendré pour les hommes de sa région, il réfléchit à la question du travail et à la possibilité que le travail anéantisse la conscience de l’humain avec comme seul but que la machine économique tourne.

Ainsi comme Gaël Giraud, ou Dominique Méda, autres grandes figures de la transition écologique, Pierre Rabhi s’oppose à l’idée d’une croissance infinie et dénonce notre insaisissabilité qui aboutit à l’accaparement de la richesse par quelques-uns : un cinquième du genre humain consomme les quatre cinquièmes des richesses. Le reste de la population survie.

De ce fait il s’insurge également contre les discours pointant du doigt la surpopulation. Il dénonce avant tout le gaspillage et le hold-up du vivant de cette partie la plus riche de la planète.

Un accaparement qui ne créé pas le bonheur

Le célèbre essayiste, romancier, agriculteur, conférencier et écologiste, dénonce d’autant plus cette surabondance de biens que le bonheur n’est pas au rendez-vous. Pour preuve la consommation d’anxiolytique des pays développés. Certes elle crée le plaisir immédiat mais n’apporte pas la joie et la plénitude.

Vivre la simplicité selon Pierre Rabhi – Vidéo On passe à l’acte

La réflexion qu’il mène autour de la sobriété heureuse n’est donc pas une invitation à la précarité, mais la possibilité de se détacher de cette idée que le bonheur est corrélé à la possession et la surabondance de biens matériels.

Pierre Rabhi nous invite à décaler notre regard et à savoir être heureux de ce que nous possédons avant de voir ce qu’il nous manque. Il appelle à être heureux d’exister.

Un enjeu pour répondre au réchauffement climatique

Au-delà de ce regard introspectif sur nous-même, pour Pierre Rabhi, arriver à la sobriété c’est aussi une nécessité pour faire évoluer la vision actuelle de notre monde où l’être humain se considère comme hors nature.

Nous faisons partie de la nature, aussi si nous la détruisons, nous nous détruisons.

La technologie est prépondérante dans notre société mais elle nous rend également totalement dépendant, si celle-ci faillit des pans importants de notre société peuvent se retrouver totalement bloqués et hors service.

Aujourd’hui à bientôt 81 ans, Pierre Rabhi est avant tout un penseur, un conférencier et un écrivain qui par ses paroles et ses questions interroge sur notre rapport à la consommation en tant qu’individu et en tant que citoyen d’une société et d’un pays.

Changeons notre vision du monde – Vidéo On passe à l’acte

Il appelle à « l’insurrection des consciences » pour « fédérer ce que l’humanité a de meilleur et cesser de faire de notre planète-paradis un enfer de souffrances et de destructions ». Il nous invite tous à cultiver notre jardin intérieur et extérieur, premier acte pour lui de résistance citoyenne

Illustration bannière : Pierre Rabhi lors de son intervention à la Nuit des Possibles – capture d’écran YouTube Nuit des Possibles
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Portée par un cadre familial m'ayant sensibilisée à une consommation responsable et en faveur d'une production énergétique renouvelable, je me suis...

1 commentaire Donnez votre avis
  1. un homme incontournable . son parcours sert d ‘exemple .

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