La musique rend les enfants plus intelligents : deux expériences le prouvent

Elle stimule le cerveau et les acquisitions dès la petite enfance, mais surtout, elle aplanit les différences culturelles qui pèsent sur la réussite scolaire : à l’heure où le dernier rapport PISA pointe encore l’inégalité de notre système éducatif, faire entrer la musique en classe pourrait être une bonne idée. La preuve avec deux expériences pédagogiques musicales qui ont démontré leur succès.

Rédigé par Brigitte Valotto, le 16 Dec 2019, à 15 h 45 min

Nous naissons tous musiciens : le bébé a le sens du rythme et peut détecter des sons de 20 à 20.000 HZ (jusqu’à 17.000 Hz seulement chez l’adulte.) Ce qui lui permet d’acquérir le langage et de se socialiser, assure Claudia Kespy-Yahi, fondatrice du réseau de crèches musicales Cap Enfants, qui a mis au point une méthode pour exploiter ces capacités.

La musique dès la crèche booste le QI

Elle vient de publier un livre(1), se basant sur les avancées en neurosciences et sur le bilan de sa pédagogie musicale : celle-ci est centrée autour d’une « bulle musicale ».

Sous cet igloo bleu, laissé à libre disposition dans ces crèches novatrices, les petits découvrent d’autres cultures à travers des sons, des comptines, des instruments de musique, des rythmes, mais aussi des paroles en d’autres langues.

Une bulle musicale en crèche © Cap Enfants

Ils peuvent déclencher eux-mêmes ces ambiances sonores. Résultat ? Ces enfants obtiennent une meilleure moyenne aux tests de QI que la moyenne nationale, démontrent de meilleures capacités d’abstraction ou de raisonnement et se montrent aussi plus enclins à aller vers les autres ; ils ont plus de vocabulaire et développent l’empathie, selon une étude récemment menée par un docteur en psychologie et un directeur de recherche émérite de l’INSERM, auprès de 70 enfants âgés de 4 à 10 ans, arrivés avant l’âge d’un an et restés plus de deux ans au sein des crèches Cap Enfants.

De quoi les aider à décliner toute la gamme de la réussite… quelque soit leur milieu d’origine : les crèches musicales Cap Enfant se trouvent d’ailleurs en zones prioritaires, un choix délibéré de leur fondatrice. « C’est là qu’on a le creuset de la diversité culturelle », explique-t-elle.

Elle espère désormais démocratiser la pratique des « bulles musicales », en France et ailleurs. « Il est fondamental de stimuler, par la musique, l’activité neuronale des enfants pendant les années pré-verbales, car les mille premiers jours de vie construisent les fondations pour un parcours scolaire épanouissant », explique-t-elle, avec à l’appui ce bilan convaincant, détaillé dans son livre, de dix ans de pratique.

Des orchestres pour favoriser la réussite sociale des enfants

Dix ans, c’est aussi l’âge des orchestres Démos : s’ils misent également sur la musique pour favoriser la réussite éducative, c’est auprès des plus grands.

Depuis 2010, ils ont fait apprendre un instrument à plus de 5.000 enfants de 7 à 12 ans, vivant dans des zones rurales ou des quartiers défavorisés. « Nous avons établi un modèle unique, en rassemblant des groupes de quinze enfants par famille d’instruments, encadrés par deux musiciens et un travailleur social » explique Gilles Delebarre, directeur délégué au projet.

« Dans la pédagogie de la musique classique, l’approche collective n’était pas naturelle. À Démos, un orchestre est créé d’emblée dès la première année et nous mettons l’accent sur les fondamentaux de la pratique musicale collective. Les apprentissages techniques proprement dits apparaissent plus tard. »

À l’issue de cet apprentissage novateur, près de la moitié des enfants s’inscrivent dans un Conservatoire ; mais les évaluations démontrent aussi une progression dans d’autres domaines : langage écrit et oral, sensibilité esthétique, envie d’apprendre, capacité à vivre et travailler en groupe

orchestre reussite

Les orchestres Démos favorisent la réussite © A.Duparc

Depuis les débuts de Démos, en 2010, des équipes de chercheurs de laboratoires français et européens mesurent concrètement les effets du projet, et l’équipe s’est entourée d’un Comité d’Orientation Scientifique, réunissant des experts de renom. Plusieurs études menées par la chercheuse Indiana Wollman concluent notamment à l’augmentation de l’attention visuelle et de la concentration, mais aussi du Q.I et de l’aisance sociale, chez les enfants participants(2).

« Plusieurs données que nous pressentions dès le départ se sont confirmées : le déterminisme social peut être combattu par une démarche d’éducation artistique appropriée ; la musique est un art qui rassemble », remarque Laurent Bayle, Directeur général de la Cité de la musique-Philharmonie de Paris, qui coordonne ce programme sur toute la France. « Nous sommes en train de poser les bases d’un déploiement encore plus vaste, à même de transformer l’approche de la musique, en lançant un projet spécifique avec l’Orchestre de Paris et en impulsant jusqu’à soixante orchestres dans toute la France », a-t-il annoncé à l’occasion de cet anniversaire.

Fort de sa réussite (en fanfare !) le dispositif sera donc renforcé dès 2020 avec la création de 7 nouveaux orchestres dans plusieurs villes (Le Havre, Verdun, Angers, Toulouse…).

Et pour parvenir à son objectif de 60 orchestres d’ici trois ans (contre 45 aujourd’hui), une campagne de financement participatif est lancée jusqu’à fin janvier : elle aidera à acheter près de 200 violons, 100 flûtes et 40 trompettes !

Pour participer à la campagne Donnons pour demos, rendez-vous ici

Illustration bannière : L’éveil des enfants aux sons et à la musique © richardnazaretyan

Références :
Pour vous c'est un clic, pour nous c'est beaucoup !
consoGlobe vous recommande aussi...



Journaliste free-lance, Brigitte Valotto est notamment une collaboratrice régulière des pages enfants, société, pratique, tourisme et actu de...

Aucun commentaire, soyez le premier à réagir ! Donnez votre avis

Moi aussi je donne mon avis