Médicaments jetés : le grand gaspillage ?
Des milliers de tonnes de médicaments sont détruites chaque année en France. Un gaspillage massif… alors même que certaines pharmacies sont en rupture.

Notre système de santé fait face à un paradoxe frappant : alors que les dépenses de santé en médicaments atteignent des sommets, une partie de ces produits finit à la poubelle.
Plus de 8.500 tonnes collectées
En 2023, l’Assurance Maladie a remboursé plus de 25 milliards d’euros de traitements, et chaque Français consomme en moyenne 41 boîtes par an. Pourtant, derrière ces chiffres records se cache une réalité plus sombre : entre 560 millions et 1,7 milliard d’euros de médicaments sont détruits chaque année sans jamais avoir été utilisés.
Ce gaspillage représente un volume impressionnant. Ainsi, en une seule année, l’organisme Cyclamed a collecté plus de 8 500 tonnes de médicaments non utilisés en pharmacie. Cela équivaut à environ deux boîtes jetées par habitant. Ce gâchis est d’autant plus difficile à accepter pour les citoyens que le pays traverse des crises d’approvisionnement régulières. En 2023, près de 5000 signalements de ruptures de stock ont été enregistrés, créant une situation absurde où l’on détruit massivement ce qui manque cruellement à certains autres patients.
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Des boîtes intactes mais incinérées
Au-delà de l’aspect financier, l’impact écologique d’un tel gâchis est tout aussi majeur. En effet, le secteur de la santé est responsable de près de 10 % des émissions de gaz à effet de serre en France, et la production de médicaments en constitue le premier poste de pollution. Jeter un médicament revient donc à gaspiller l’énergie nécessaire à sa fabrication comme à aggraver la pollution des eaux par les résidus chimiques. Une double peine pour l’environnement qui pèse de plus en plus lourd dans le bilan carbone national.
Face à ce constat, il y a de quoi s’interroger : pourquoi ne pas redistribuer les boîtes intactes au lieu de les incinérer ? La réponse des autorités est avant tout sanitaire : une fois qu’un médicament est sorti de la pharmacie, la chaîne de sécurité est rompue. Il devient impossible de garantir que le produit n’a pas été exposé à la chaleur ou à l’humidité, ou même que son contenu n’a pas été altéré. Pour protéger les patients contre d’éventuels risques de contrefaçon ou de dégradation, la loi impose donc la destruction systématique des produits retournés.
Des médicaments à l’unité ?
Heureusement, des solutions concrètes commencent à émerger pour réduire cette gabegie à la source. La Cour des comptes préconise notamment d’adapter la taille des boîtes à la durée réelle des traitements pour éviter les surplus. La dispensation à l’unité, où le pharmacien donne le nombre exact de gélules nécessaires, est également une piste sérieuse, largement pratiquée dans d’autres pays. Par ailleurs, la réutilisation de dispositifs médicaux coûteux, comme les fauteuils roulants ou les béquilles, après une remise à neuf, permettrait d’économiser des millions d’euros.
En fin de compte, la lutte contre le gaspillage repose sur une prise de conscience collective, des laboratoires aux patients en passant par les médecins. Mais aussi par la volonté du gouvernement de changer les règles pour réduire le gaspillage. Si la consommation de médicaments a déjà baissé de 40 % depuis 2010, l’effort doit se poursuivre. Notamment en gâchant moins.
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