Mais pourquoi s’embrasse-t-on sur la bouche ?

Pourquoi un baiser fait-il battre le coeur plus vite ? Entre réactions du cerveau, attachement et échange de millions de bactéries, ce geste amoureux en dit bien plus long qu’il n’y paraît.

Rédigé par , le 5 Aug 2024, à 10 h 00 min
Mais pourquoi s’embrasse-t-on sur la bouche ?
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Alain Bashung les chantait avec élégance dans l’une de ses dernières chansons : « Les baisers reçus, savais-tu qu’ils duraient ? Qu’en se mordant la bouche, le goût on revenait ». Tendres, passionnés ou réconfortants, les baisers incarnent l’affection et l’amour. Mais pourquoi le baiser sur la bouche occupe-t-il une place si particulière dans nos relations ?

Pourquoi s’embrasse-t-on sur la bouche ?

Aux yeux de l’autre, avant même d’être un corps ou une personnalité, nous sommes d’abord un visage. Il concentre une grande partie de notre identité et de notre expression. Un sourire, un regard ou un mouvement des lèvres suffit parfois à traduire une émotion.

Le baiser rapproche justement cette partie très intime de deux personnes. Il réduit la distance, engage plusieurs sens et suppose une confiance réciproque. Il peut exprimer le désir, l’amour, la tendresse ou simplement l’envie de se retrouver.

Son origine exacte reste toutefois mystérieuse. Plusieurs hypothèses ont été avancées. Le baiser pourrait notamment permettre d’évaluer inconsciemment un partenaire grâce à son odeur, son goût et sa proximité. Il pourrait aussi renforcer les liens déjà établis.

Ces pistes restent difficiles à démontrer. Le baiser est à la fois un comportement corporel, affectif et culturel, dont la signification varie selon les personnes et les sociétés.

Le baiser amoureux est vieux de plusieurs millénaires

Le baiser romantique n’est pas une invention moderne. Des textes de Mésopotamie et d’Égypte ancienne évoquent des baisers amoureux ou sexuels dès le troisième millénaire avant notre ère.

Ces témoignages montrent que cette pratique existait dans plusieurs régions anciennes. Il est donc difficile de lui attribuer un lieu de naissance unique avant une diffusion progressive dans le monde.

Pour autant, tout le monde ne s’embrasse pas sur la bouche. Une étude anthropologique menée sur 168 cultures a identifié le baiser romantique ou sexuel dans moins de la moitié d’entre elles. Dans certaines sociétés, l’intimité s’exprime davantage par le toucher, le rapprochement du visage, les caresses ou d’autres gestes codifiés.

La « bise » française possède elle aussi ses règles. Son nombre, le côté par lequel commencer et les circonstances dans lesquelles elle se pratique diffèrent d’une région à l’autre.

Couple aux cheveux gris échangeant un baiser tendre sur une promenade en bord de mer.

L’amour et les baisers n’ont pas d’âge.

Le saviez-vous ? Le « bisou esquimau » n’est pas vraiment un baiser
Dans la culture occidentale, il consiste à frotter doucement son nez contre celui d’une autre personne. Le geste inuit traditionnel, appelé kunik, est différent : le nez et la lèvre supérieure sont posés sur la joue ou le front d’un proche pour respirer son odeur. Il exprime surtout l’affection familiale et n’est pas nécessairement amoureux.

Que se passe-t-il dans le corps pendant un baiser ?

Les lèvres sont particulièrement sensibles. Lorsqu’elles entrent en contact, de nombreux récepteurs transmettent des informations au cerveau. Le toucher se mêle alors au goût, à l’odorat, à la température de la peau et aux émotions ressenties.

Le cerveau active les circuits du plaisir et de l’attachement

Un baiser désiré peut stimuler des mécanismes associés à la récompense, au plaisir et au lien affectif. La dopamine et l’ocytocine participent à ces mécanismes, mais les qualifier simplement « d’hormones du bonheur » serait réducteur.

Le contexte compte énormément. Un premier baiser attendu depuis longtemps ne provoque pas la même réaction qu’un geste machinal ou qu’un baiser non souhaité.

Le rythme cardiaque et la respiration peuvent également s’accélérer. L’attention se concentre sur le partenaire, tandis que l’environnement paraît momentanément s’effacer. Cette expérience sensorielle explique en partie pourquoi le souvenir d’un baiser peut rester aussi précis.

Couple échangeant un baiser amoureux dans un moment de tendresse

Un baiser de 10 secondes, des émotions… et des millions de bactéries

Un langage intime qui repose sur le consentement

Le baiser peut renforcer la complicité, rassurer ou exprimer ce que les mots peinent parfois à dire. Il ne constitue toutefois ni une obligation dans le couple ni une preuve universelle d’amour.

Certaines personnes l’apprécient beaucoup, tandis que d’autres sont moins à l’aise avec ce geste. Le désir et le consentement doivent donc rester réciproques. Un baiser ne produit ses effets agréables que lorsqu’il est réellement partagé.

Combien de microbes échange-t-on en s’embrassant ?

Embrasser ne consiste pas seulement à échanger des émotions. Lors d’un baiser avec la langue, les partenaires partagent aussi de la salive et les micro-organismes qu’elle contient.

Une petite étude réalisée auprès de 21 couples a estimé qu’un baiser intime de dix secondes pouvait transférer environ 80 millions de bactéries. Ce chiffre impressionnant doit être interprété avec prudence. Il s’agit d’une estimation issue d’un échantillon limité.

Les chercheurs ont également observé que les partenaires possédaient des microbiotes buccaux plus proches que des personnes sans relation intime. Les baisers peuvent y contribuer, mais ils ne sont pas les seuls responsables. La vie commune, l’alimentation, l’environnement et les habitudes d’hygiène jouent aussi un rôle.

Contrairement à une idée répandue, rien ne permet d’affirmer que le baiser harmonise les systèmes immunitaires des partenaires. L’hypothèse selon laquelle ces échanges prépareraient l’organisme féminin à une future grossesse n’est pas suffisamment démontrée.

Peut-on tomber malade à cause d’un baiser ?

La plupart des bactéries échangées sont sans conséquence chez des personnes en bonne santé. Certaines infections peuvent néanmoins se transmettre par la salive ou lors d’un contact très rapproché.

C’est notamment le cas du virus d’Epstein-Barr, responsable de la mononucléose infectieuse. Des virus respiratoires et l’herpès labial peuvent également profiter de cette proximité.

Mieux vaut donc reporter les baisers en cas de fièvre, de symptômes infectieux ou de bouton de fièvre actif. Cette précaution est particulièrement importante lorsque le partenaire est fragile ou immunodéprimé.

Le bon réflexe
Une bonne hygiène bucco-dentaire contribue à limiter les bactéries responsables des caries et des maladies des gencives. Elle ne nécessite pas pour autant de désinfecter sa bouche avant chaque baiser !

Les animaux s’embrassent-ils aussi ?

Certains comportements animaux ressemblent beaucoup à nos baisers. Les chimpanzés et les bonobos peuvent rapprocher leurs lèvres lors d’interactions sociales, sexuelles ou de réconciliation.

Les oiseaux se touchent parfois le bec. Ce geste peut participer à la parade amoureuse, à l’entretien du lien ou au transfert de nourriture. Les perroquets pratiquent aussi le toilettage mutuel.

Les chiens lèchent le visage, tandis que les chats se frottent, se toilettent ou se blottissent l’un contre l’autre. Les chevaux peuvent se mordiller doucement dans le cadre d’un toilettage réciproque.

Il faut cependant éviter de leur prêter automatiquement des intentions humaines. **Un contact entre deux bouches, deux museaux ou deux becs n’est pas nécessairement un baiser amoureux.** Il peut servir à nourrir, apaiser, communiquer ou établir une relation sociale.

Le baiser, un petit geste qui peut beaucoup dire

Le baiser n’est donc ni universel ni biologiquement indispensable. Sa force vient surtout du sens que deux personnes choisissent de lui donner.

Il ne coûte rien, ne produit aucun déchet et peut offrir un instant de proximité dans des journées parfois trop rapides. À condition d’être désiré des deux côtés, voilà sans doute l’un des gestes les plus simples pour entretenir la tendresse.

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Article mis à jour août 2026



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