Les forêts tropicales sont elles-mêmes devenues source de CO2

On dit qu’elles sont les ‘poumons de la planète’ et pourtant, depuis quelques années la tendance s’inverse et les forêts tropicales émettent aujourd’hui plus de CO2 qu’elles n’en emmagasinent.

Rédigé par Anton Kunin, le 7 Mar 2020, à 8 h 00 min

Les derniers résultats d’une collaboration scientifique internationale, dirigée par l’Université de Leeds, viennent confirmer que les forêts tropicales du monde ne sont plus des puits de carbone, en raison de l’activité humaine. Au contraire, elle émettent désormais plus de carbone dans l’atmosphère qu’elles ne peuvent en absorber, en raison des doubles effets de la déforestation et de la dégradation des terres.

La dégradation des forêts par l’activité humaine a un impact fort sur les émissions de CO2

Le suivi de pas moins de 300.000 arbres sur une période de 30 ans a permis de révéler que la capacité des forêts tropicales du monde à éliminer le carbone de l’atmosphère diminue. Pire encore, en combinant les données de deux grands réseaux de recherche d’observations forestières en Afrique et en Amazonie et les fruits d’expéditions dans les coins les plus reculés, ils sont arrivés à la conclusion suivante : de puits de carbone, les forêts tropicales vierges autour du globe proches de la saturation – face notamment à l’augmentation des émissions d’origine humaine – commencent à devenir des sources (supplémentaires) de carbone(2).

Les forêts tropicales, de nouvelles sources de carbone ? © Eva Kali

Incendies, sécheresses, déforestation font disparaitre les arbres à la vitesse grand V, ce qui entame également la capacité des forêts à séquestrer le carbone par photosynthèse. Ce phénomène est plus rapide en Amazonie qu’en Afrique subsaharienne.

Les projections faites pas les chercheurs estiment que la capacité des forêts tropicales africaines à séquestrer le CO2 va diminuer de 14 % d’ici 2030. L’Amazonie quant à elle tombera à zéro avant 2035 !

Lire aussi : Une surface de forêts tropicales primaires grande comme la Belgique a disparu en 2018

Une première alerte dejà en 2017

Dès 2017, une étude de terrain menée par six chercheurs américains tendaient déjà à montrer que les forêts tropicales avaient arrêté de capter le CO2 contenu dans l’atmosphère. Une légère production de ce gaz par les forêts avait même été constatée.

Les conclusions de 11 années de travaux avaient amené les chercheurs à une conclusion alarmante : sur la période étudiée les forêts de notre planète ont libéré plus de CO2 qu’elles n’en ont emmagasiné. La masse de CO2 émise par les forêts s’est établie à 860 téragrammes (unité de mesure équivalente à 1 million de tonnes), alors que sa consommation par le feuillage s’est élevée à 430 téragrammes, soit deux fois plus.

Cette hausse de la consommation de CO2 s’explique par la croissance des forêts, alors que la hausse des émissions est due à la déforestation et à une réduction des capacités de stockage de CO2 des arbres existants. 69 % de la baisse des capacités de stockage sont d’ailleurs attribuables à cette dernière cause.

Coucher de soleil sur la forêt en Thaïlande © Kunlaphat Raksakul

Lire aussi : Un hectare de forêt vaut 1080 dollars, une ruche en vaut 1050 : la valeur de la biodiversité

Un cinquième des émissions de CO2 serait dû à la déforestation

Afin d’inverser la tendance, il est nécessaire de réduire de manière significative les émissions de CO2 à travers le monde et de replanter des arbres dans les zones touchées par la déforestation. « Les forêts sont la seule ‘technologie’ de captage et de stockage de CO2 qui soit sûre, bon marché, universellement disponible et porteuse d’autres bénéfices, de la régulation des pluies à la fourniture de moyens de subsistance à des communautés indigènes », a déclaré Alessandro Baccini, l’auteur principal de la première étude du genre.

En moyenne mondiale, 18 % des émissions de gaz à effet de serre sont dues à la déforestation ou autre changement d’usage de terres. La politique des gouvernements en matière de gestion des forêts est donc un pilier crucial de la lutte pour la réduction de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Toutes ces conclusions mènent à une seule évidence : il faut réviser à la baisse de la quantité de carbone que l’humanité peut produire pour respecter l’objectif de l’Accord de Paris de limiter à moins de 2 degrés la hausse de la température mondiale moyenne ! Un pari loin d’être gagné quand on voit que la France a déjà consommé tout son capital CO2 de l’année 2020 ! Et que la pression est de plus en plus forte sur les forêts…

Article mis à jour et republié

Illustration bannière : Les forêts tropicales vont bientôt perdre leur capacité à capter le CO2 – © Cocos.Bounty

Références :
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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

2 commentaires Donnez votre avis
  1. Le CO2 a-t-il tellement d’importance. Le réchauffement climatique n’est-il pas dû à une évolution naturelle entre deux glaciations?

  2. Effectivement, lorsque la forêt n’est pas exploitée, le carbone fixé par le bois retourne dans l’atmosphère sous forme de CO2 (suite à la décomposition du bois mort qui retombe au sol). C’est le cycle du carbone…

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