Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons la salamandre

La biodiversité ne se résume pas à toutes les espèces qui sont en danger critique d’extinction ou qui vivent à l’autre bout de la planète, elle se décline aussi tout autour de nous. Nous pouvons tous faire quelque chose, nous pouvons tous être les porte-drapeaux de ces espèces que l’on observe au quotidien : à vous de jouer pour les salamandres !

Rédigé par Julien Hoffmann, le 24 Jun 2020, à 18 h 10 min

On peut dire d’une certaine manière que toutes les espèces vivantes ont quelque chose de fascinant ne serait-ce que parce qu’elles ont mis des millions d’années à arriver jusqu’à nos jours. Mais tout de même… La salamandre a un petit quelque chose digne des oeuvres d’Arthur Conan Doyle qui le rend pas si ordinaire que cela. Mettons la main à la pâte pour protéger efficacement ces espèces fascinantes comme la salamandre avant qu’elles ne soient au bord de la disparition.

La salamandre, un amphibien fascinant mais trop méconnu

La salamandre tachetée (Salamandra salamandra) appelée couramment « salamandre », fait partie de la famille des urodèles, comme les tritons de toutes crêtes. Elle a une taille et un poids variable à la fois entre les sexes et durant l’année mais cela va en règle générale de 20 à 30 cm de long pour 35 à 50 g.

la salamandre

Point de vue de la salamandre © Brum

Animal majoritairement nocturne et crépusculaire, la salamandre adapte néanmoins sa coloration en fonction du milieu et du type de sol ou de couvert où elle évolue… non pas instantanément comme un caméléon, mais à l’échelle de sa vie entière.

Animal des milieux humides, la salamandre respire en partie par la peau même si elle a des organes respiratoires normaux.
Elle possède également un organe olfactif en plus de son nez… Sorte de longue bosse dont les récepteurs sont reliés aux nerfs du nez, il servirait à la recherche de partenaires sexuels ou à l’orientation.

La salamandre est munie de nombreuses glandes réparties sur toute la surface de sa peau et qui sécrètent des alcaloïdes inoffensifs pour les humains à partir du moment où le contact est limité et la peau en bonne santé. Ces sécrétions lui permettent d’éloigner de nombreux prédateurs.

Enfin, elle possède une glande à venin tout à fait spécifique à l’arrière de la tête et appelée glande parotoïde qui a pour objectif d’empoisonner les prédateurs ou autres manipulateurs de notre genre.

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Les points noir sur la tache jaune derrière la tête ne sont autres que des glandes à venin © Marek R. Swadzba

Particularités de la salamandre

La salamandre est sans nul doute une des espèces les plus étranges peuplant notre territoire. Une salamandre qui perd une patte ? Une salamandre qui perd une queue ? Une salamandre qui perd un oeil ? Qu’à cela ne tienne, elle fera repousser tout ça !

En effet la salamandre à la capacité assez incroyable et particulièrement étudiée pour des raisons que l’on imagine, de refaire pousser de nombreuses parties de son corps, le tout sans séquelles.

Aussi étudiée soit-elle pour des applications qui pourraient nous servir directement en matière de régénération cellulaire, elle l’est bien moins pour son mode de vie et son écologie. Ainsi on ne lui connait pas, à l’heure actuelle, de prédateur pour la simple et bonne raison que toutes les observations en la matière ont montré des prédateurs potentiels vomir l’animal… certainement à cause de ses glandes à venins.

Statut actuel de l’espèce

Classée en « préoccupation mineure » par l’UICN (Union Internationale de la Conservation de la Nature), la salamandre tachetée est également classée en Annexe III de la convention de Bernes sur la protection des espèces en Europe.

En réalité la salamandre régresse autant dans ses effectifs que dans son aire de répartition et ce depuis plus d’un siècle déjà.

Les menaces qui planent sur la salamandre

La disparition des zones humides

Comme pour toutes les espèces qui évoluent dans les zones humides, les salamandres sont sous pression du fait de leur milieu de vie qui disparaît. Les zones humides ont une importance cruciale pour une gigantesque part de la biodiversité dans le monde, mais aussi en France.

Ceci est peut-être d’autant plus vrai que, comme pour les rainettes vertes, elles ont également un grand besoin de petits points d’eau dispersés pour effectuer des voyages vers de nouveaux territoires, de nouvelles reproductions.

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Les zones humides sont vitales pour les salamandres © Bildagentur Zoonar GmbH

La pollution aux pesticides

Comme tous les amphibiens, la salamandre est très sensible à son milieu. Les changements qui y surviennent ont alors rapidement un impact sanitaire sur l’animal et ce à plus forte raison quand il s’agit de pollution aux pesticides.

Les nombreux échanges, dans un sens ou dans l’autre, que la salamandre effectue à travers sa peau font qu’elle assimile très rapidement les éléments chimiques de son environnement avec les conséquences funestes que l’on sait.

Les « collisions » routières

Autant, comme on a pu le voir plus haut, les salamandres n’ont apparemment pas de prédateurs et ce grâce à leurs si particulières glandes à venin, autant cela les a incité à développer un comportement « tranquille ».

En effet, forte de leur conviction qu’elles ne peuvent être attaquées, les salamandres se déplacent lentement pour économiser leur énergie et ne sont pas stressées à se déplacer à découvert pour gagner du temps. La stratégie n’est cependant pas du tout payante face aux voitures.

Non contente de ne pas saisir le risque que représentent les véhicules, les salamandres apprécient également les routes chaudes et humides après une pluie

Lire aussi : Rencontrez la salamandre qui fonctionne au solaire

La fragmentation du paysage

La taille des parcelles agricoles et forestières ou encore les routes qui balafrent les paysages font que les déplacements entre milieux favorables à l’espèce sont de plus en plus complexes et difficiles.

Si le milieu bocager n’est pas son milieu de prédilection, il est cependant clair que la disparition des haies et des différents points d’eaux, même petits, qui s’y trouvaient à eu un impact général sur la dynamique de l’espèce.

Maladie importée

Un champignon venu d’Asie (Batrachochytrium salamandrivorans) et importé à travers les tritons d’aquarium a un impact de plus en plus important sur les populations de salamandres sans pour autant que d’étude poussée ne soit encore lancée en la matière.

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Gardons un oeil sur la salamandre, elle le mérite bien ! © Ryan M. Bolton

Les pièges

On ne parle pas ici de chasseurs piégeant la salamandre mais bien de pièges du quotidien que nous tous pouvons éviter de tendre à l’animal. Arrosoir dont elle ne peut plus sortir, piscine, mare mal élaborée, citernes à eau, fosse sceptique et toutes formes de trous aux parois lisses sont des pièges mortels pour les salamandres autant que pour les lézards  des murailles par exemple.

Comment aider la salamandre

Comme pour toute la biodiversité ordinaire, son observation, la transmission aux jeunes publics et le soutien aux associations de protection de la faune sauvage est essentiel.

La salamandre a l’avantage de bénéficier d’une forme de fascination d’une part, et d’être facilement observable d’autre part. Chaque région ou presque a ainsi son association spécialisée dans les amphibiens en général et qui connait de fait la salamandre.

Faire remonter des informations de présence, participer à des comptages ou montrer du doigt des destructions de milieux sont autant de petites actions auxquelles vous pouvez apporter votre pierre.

Illustration bannière : Salamandre dans son milieu de prédilection © Marek R. Swadzba
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