Les deux tiers des grands cours d’eau du globe sont entravés par l’Homme

Sur les 246 plus longs fleuves de la planète, seuls 90 disposent encore d’un écoulement libre, selon une vaste étude récemment parue dans la revue Nature.

Rédigé par Paul Malo, le 12 May 2019, à 8 h 00 min

Il fut un temps où les fleuves et les rivières coulaient en liberté. Mais ça, c’était avant, avant les humains.

Les rivières, le système sanguin de notre planète

Aujourd’hui, sur les 246 plus longs fleuves de la planète comptant plus de 1.000 km d’eaux vives, seuls 90 disposent encore d’un écoulement libre, selon une étude récemment parue dans la revue Nature(1).

Pourquoi cette étude sur l’état des rivières, menée durant dix ans par l’université McGill de Montréal et les chercheurs du WWF de Washington, s’est-elle concentrée sur ces cours d’eau ? Parce que, du fait de leur longueur, à commencer par le Mississippi et le Nil, ce sont ceux dont l’impact écologique est le plus important sur notre planète.

Vue aérienne du Nil ©Johan Wollwerth

En effet, « les rivières sont les vaisseaux sanguins de notre planète », confie Michele Thieme, scientifique en charge des eaux vives au sein du WWF et l’un des 34 chercheurs derrière cette étude.

En croisant données satellites et modèles informatiques, les scientifiques ont analysé près de 12 millions de kilomètres de fleuves et rivières à travers le monde. Ils ont ainsi créé la première cartographie mondiale de l’impact des constructions humaines sur ces cours d’eau. Les résultats montrent que seuls 37 % des 246 cours d’eau dépassant les 1.000 km demeurent « à courant libre », c’est-à-dire libres d’aménagements entravant leur cours naturel.

Au final, seuls 90 fleuves gardent encore un cours ininterrompu entre leur source et la mer.

Il faut dire que ces cours d’eau épargnés se trouvent dans les régions les plus isolées du globe, éloignées de l’activité humaine, en Amazonie, en Arctique et dans le bassin du Congo. Ailleurs, ils sont entravés par des constructions humaines, barrages et autres usines hydroélectriques. Des constructions qui menacent l’écosystème de ces fleuves, « les cours d’eau à courant libre étant tout aussi importants pour les humains que pour l’environnement », estime Günther Grill, de l’université canadienne McGill.

L’essor de l’énergie hydroélectrique en question

Déjà, on recense 2,8 millions de barrages à travers le monde, dont 60.000 barrages d’au moins 15 mètres de haut, selon l’étude. À cela s’ajoutent plus de 3.700 barrages hydroélectriques en cours de construction ou en projet, du fait de la volonté de se passer des énergies fossiles.

Le barrage de Kurobe au Japon. © beersonic

Dans ces conditions, quel avenir pour les cours d’eau à écoulement libre ? Aux États-Unis, en Europe et dans les régions les plus développées du globe, il n’existe déjà plus de rivières longues et à écoulement libre. Or, selon le WWF, dans une rivière ou un fleuve dont le cours a été entravé, les plantes et les animaux d’eau douce déclinent deux fois plus vite que les populations terrestres et marines.

Si cette étude souligne les dangers pour les écosystèmes des cours d’eau des barrages et entraves mis en place par les hommes, elle devrait aussi permettre de mieux les mener et d’affiner les projets d’implantation et leurs conséquences.

Dans un contexte de lutte contre le réchauffement climatique, afin de réduire les rejets de gaz à effet de serre, l’hydroélectricité ne peut en effet qu’être appelée à se développer au détriment du pétrole et du charbon.

Cette évaluation cartographiée, qui peut encore être affinée, pourrait ainsi être appliquée à un niveau plus local afin de localiser et supprimer les barrages les plus problématiques et maintenir et restaurer autant que faire se peut les flux libres.

Préserver ce qui peut encore l’être

Au-delà, le WWF préconise également de revoir, dans la révolution en cours des énergies renouvelables, le mix énergétique entre énergie solaire, éolienne et hydroélectrique. Selon l’association, « bien planifiés », solaire et éolien peuvent constituer des « options plus viables pour les cours d’eau » et les populations qui en dépendent.

Barrage sur la rivière Volta au Ghana. ©Sopotnicki

Réduire le nombre de barrages hydroélectriques pourrait aider à protéger certaines zones, telles le delta du Mékong en Asie ; un bassin où plus de 60 % de la population dépend encore de la pêche et où plus d’un million de tonnes de poissons d’eau douce sont pêchées, chaque année. Mais les nombreux barrages prévus sur le Mékong ne peuvent qu’avoir un impact négatif sur de nombreuses espèces de poissons.

C’est pourquoi certains pays commencent à prendre conscience de la valeur des rivières et de l’importance qu’il y a à les préserver. Au Myanmar (Birmanie), le WWF et la Banque mondiale ont ainsi oeuvré à préserver les rivières Irrawaddy et Salween, deux des principales voies navigables du pays.

Ils contribuent également à la surveillance de base de la qualité de l’eau de la rivière Liard au Canada, qui relie le Yukon aux Territoires du Nord-Ouest et est l’un des derniers cours d’eau « libre » du pays. La Slovénie a pour sa part cessé de développer de l’énergie hydroélectrique sur le fleuve Mura, l’un des derniers refuges pour les loutres et le saumon du Danube.

Illustration bannière : Barrage de Hoover dans le Nevada – © superjoseph
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